IIIe partie du thème réalité versus monde virtuel
Bonjour,
Pour cette troisième et dernière partie du thème consacré au rapport entre réalité et imaginaire, je vous invite à suivre Dilico, le jeune conteur originaire du royaume d’Illiac et narrateur de la deuxième partie des Fils d’Orbios. Formé par son maître Dallo, aveugle mais d’une grande clairvoyance, Dilico entreprend le voyage qui le mène en Hautes Landes auprès du peuple dissident d’Alaunos. Ce dernier avait conclu jadis une alliance avec le Souverain des terres immortelles. Dilico est résolu à découvrir Aiucumba, la Combe d’éternité, qui a vu la naissance d’Orbios et de Sentice, les premières créatures du Souverain bienveillant. Ce paradis perdu par leur obstination à écouter le Félon plutôt que leur père, était une terre abritée et luxuriante. Son souvenir laisse dans le cœur des hommes une indicible tristesse.
Dilico entreprend une exploration des Hautes Landes en se basant sur le descriptif des anciens chants et poèmes relatés par les scribes depuis la nuit des temps. Mais après de longues recherches infructueuses, il commence à perdre espoir quand il découvre l’entrée du gouffre de Berreth Um, l’antre d’une sorcière bannie par le peuple des Hautes Landes. Cette dernière l’assure que le paradis perdu d’Aiucumba existe bel et bien et qu’elle a le moyen de l’y faire entrer, moyennant sa bourse. Méfiant, Dilico l’interroge tout en goûtant à la soupe de champignons que lui sert la maîtresse des lieux.

Une fois franchie la porte de ce monde hors du temps, Dilico est en extase : « Les couleurs vives de ce monde enchanteur m’éclaboussaient les yeux. Les chants d’oiseaux tombaient en pluie comme autant de gouttes scintillantes que je recueillais dans mes paumes ouvertes. Comme je comprenais le regret d’Orbios et de Sentice ! (…) Je me laissais glisser dans les herbes hautes et m’abandonnais à la caresse du vent sur ma peau nue. Sous une lune bleue, les joncs frissonnaient doucement. J’étais l’un d’eux. J’entendais leur musique, je la comprenais. Elle me transperçait l’âme. J’étais entre douleur et ravissement, J’étais le ruisseau qui s’écoule et qui s’oublie, le cerf dont le brame enveloppe la nuit, J’étais la libellule à fleur d’eau, le loup hurlant solitaire, le roi d’un monde sans ennemi . » Mais soudain son pouls s’accélère, son corps s’engourdit. Dilico est poussé vers la sortie et s’éveille dans la caverne nauséabonde de la sorcière de Berreth Um. « Était-ce réel ? », demande-t-il ? « Tu l’as vécu, c’est donc réel », répond la vieille ensorceleuse. Dilico comprend rapidement qu’il a été le jouet d’une illusion magnifique produite par les champignons hallucinogènes qu’il a payés de sa bourse. L’attraction est si forte qu’il pourrait se laisser prendre à la dépendance de ce voyage, mais son bon sens lui commande de fuir pour ne pas finir comme l’une de ces épaves qui vient mendier un voyage illusoire à l’entrée de la grotte.
« Le retour avait un goût amer, car j’étais profondément déçu de n’avoir rien trouvé d’autre qu’un reflet du monde que je cherchais. Mais il fallait se soumettre à l’évidence : le seul moyen de combler ce vide immense d’une âme inassouvie était de se procurer du rêve, sans perdre pied. (…) J’allais me rendre maître de mes rêves et en tirer profit. J’allais étudier les mythes des Hautes Landes pour ce qu’ils étaient : des fables fantastiques, irréelles, mais si belles qu’il valait la peine de faire semblant d’y croire.»
C’est sur ce constat triste et cynique que Dilico repart sans intention de ne jamais revenir en Hautes Landes.
Quelles sont nos aspirations profondes ? Notre soif de reconnecter avec la conviction intime d’un paradis perdu, d’un lieu de sécurité et de beauté pure qui puisse répondre à cette faim existentielle? Dilico, déçu de ne pas avoir découvert Aiucumba en conclut que cette terre appartient aux fables des scribes eux-mêmes mystifiés ou créateurs de mythes.
Où en suis-je dans ma quête de sens ? Y aurait-il une réalité qui puisse combler mon cœur profond ? Une sorte de Combe d’éternité, dont je porte l’empreinte sans l’avoir jamais connue ?Suis-je désabusé, fatigué par des années de recherches sans réponse ?
C’est pourtant un épisode marquant qu’il a vécu à son arrivée en Haute Landes qui va rappeler à Dilico qu’il existe bien une réalité à découvrir. Sa déception avait presque étouffé la force de ce qu’il avait vu de si près. A bien y réfléchir, nous lui ressemblons parfois. Nous sommes les témoins de l’irruption du surnaturel et de la vérité qui vient d’une dimension autre, éternelle et profondément bienveillante et nous doutons d’elle quand la réalité matérielle de ce versant du monde est par trop oppressante. Heureusement, Dilico se remettra en marche, trois sans plus tard, pour découvrir qu’il se trompe de quête, en fouillant le passé, mais que la réalité est infiniment plus belle, plus puissante et plus proche qu’il ne se l’imagine pour l’heure. Cette réalité capable d’assouvir son âme assoiffée d’éternité aura un nom et un visage. C’est une personne, non un paradis perdu. N’est-il pas temps de se remettre en route, avec lui ? De sortir de nos cavernes et de leurs illusions pour partir à sa recherche ? Et comment reconnaître, entre les mythes et les légendes, les traditions culturelles et spirituelles, celle qui saura ouvrir le passage vers les terres de beauté ? « L’univers a l’accent de la vérité chaque fois que vous le mettez loyalement à l’épreuve », écrivait CS Lewis.
Même s’il est encore loin de trouver la raison de sa quête, Dilico va poursuivre ses recherches, se tromper, persévérer jusqu’au jour où il saura qu’il a trouvé ce qu’il cherchait depuis toujours, non dans un monde de substitution, mais bien dans sa réalité.
Prochainement, je reprendrai chronologiquement certains des thèmes de la trilogie fantastique pour poser quelques balises aux compagnons de la Communauté d’Aedan.
Paix et Bienfaits !
