Communauté d’Aedan, bonjour! Quête 3

Chapitre 4 Alauda

Alauda, « petite alouette », une Aria débordante de vie.

Ce chapitre a été assez difficile à écrire puisqu’il met en scène la chute tragique d’Alauda, une jeune Aria proche du roi au-delà des montagnes avec lequel elle a des liens si forts qu’ils sont ceux d’une relation rêvée entre un père bienveillant et une Aria qu’il considère comme sa fille. En tant que romancière, il m’était pénible de donner la vie à une jeune Aria féconde de vie et attachante et de devoir l’abîmer, en décrivant les mécanismes de sa perte, pour enfin la transformer en ce monstre cynique qu’elle devient au fil des chapitres et des livres. Et je me suis dite que nos éloignements, nos errances et nos rébellions sont aussi source de peine et de souffrance pour ceux qui nous ont donné la vie, aimé, laissé grandir. Pourtant, au commencement, il n’y avait aucune ombre au tableau… L’Aria grandit avec l’assurance parfaite d’être aimée.

Intriguée par le monde des hommes, elle demande la permission de porter au-delà des montagnes le chant d’éveil du printemps inspiré par la bienveillance du Souverain.

«  Qu’elle était belle et pure, Alauda, le jour où elle laissa derrière elle les vallées fertiles de sa patrie ! Le Souverain lui confia Adalwin, son fidèle coursier, afin qu’elle traverse les montagnes sans se fatiguer. L’herbe des prairies ondoyait sous la brise et les arbres frémissaient de plaisir à son approche, car elle était vive comme un ruisseau des collines et son chant était doux. » (p.53)

Comment décririez-vous Alauda lorsqu’elle se met en route ? Quelles sont ses motivations ? Comment comprend-elle son rôle ?

Vulnérable, mais pourtant invicible

« A l’approche de la frontière, elle sentit le vent fraîchir. Ce n’était plus le souffle bienveillant de son pays, mais un vent glacé qui venait de la plaine en aval. (…) Pour la première fois de sa longue vie, Alauda se sentit gagnée par un sentiment étrange qui lui glaçait le coeur et nouait ses entrailles. Elle était seule, loin de son peuple, loin de son roi. »(p.54)

Le sentiment de crainte qui pourrait l’envahir est refoulé par sa confiance. « Car j’emporte avec moi la chaleur de mon pays, car je porte sur moi l’empreinte de ma patrie. Dans le froid de l’hiver, je murmure un chant qui me vient de mon père et réveille le printemps ».

Alauda est de fait invulnérable. Du moins tant qu’elle demeure dans cette attitude de fidélité à son souverain. Lors de sa première rencontre avec le Félon, elle a le pouvoir de le repousser, aussi s’éloigne-t-il sans pouvoir lui faire de mal. Pourquoi ? Quels sont les garants de sa protection ?

Le Chant d’Alauda

https://youtu.be/i_6vroads3U

Du premier faux-pas au point de non-retour.

Mais vient le moment où Alauda, émue par la dévotion des hommes, s’attarde un peu trop longtemps… Son destin est sur le point de basculer. Cet échange avec le Félon illustre bien l’enjeu :

Alauda:- Je ne suis pas une traîtresse à la maison du roi. J’ai seuelement commis un écart de conduite, mais je compte rentrer à l’aube.

Le Prince Noir : – Bien sûr… Tu es venue chercher une dernière fois le frisson de la gloire. Oh Alauda, ce serait tellement dommage de t’en aller sans avoir goûté à l’adoration absolue…

Alauda : -Ils me vénèrent… Ils ne devraient pas, mais ils m’aiment comme si j’étais une déesse. »

Quels sont les choix qui vont la conduire à perdre la protection du roi et à se perdre ?

Quel sentiment la pousse à se laisser « voir » et convoiter ?

Si vous deviez définir par un mot la racine de sa chute, quel serait-il ?

Pouvez-vous voir une similitude entre la chute du Grand Chantre qui devient le Prince Noir ( Dubumaglos) et celle d’Alauda ? Et quelles sont leurs différence ?

Alauda aurait-elle pu se ressaisir et regagner sa patrie ? A quel moment son destin est-il joué ?

Qu’est-ce qui l’empêche de rentrer et de demander pardon au roi dans l’espoir de retrouver le Royaume de beauté ?

Alauda change de nom pour marquer le changement de son identité profonde. Le Félon lui donne le nom d’Archane. Le subtil désir d’être admirée, presque innocent la première fois où elle rencontre un regard admiratif, se mue en une soif de domination qui la ronge. Et son sentiment d’injustice après que le Félon l’ait abusée se transforme en une amertume source de violences.

Archane, Alauda des années après sa rébellion.

Dans l’intimité de votre jardin secret…

Dans l’intimité de votre jardin secret, vous pourriez prendre un moment pour réfléchir à ces mécanismes dans votre existence. Y a -t-il eu des blessures non guéries qui engendrent un peu d’amertume ? Vous arrive-t-il de prendre conscience que cette amertume vous contrôle par moments ? Y a t-il un besoin peut-être légitime, d’être reconnu(e) ? Ou même adulé(e), admiré(e) et que cela est devenu si important qu’il vous est nécessaire ? Et si vous pouviez rebrousser chemin et rentrer à la « maison », retrouver l’innocence perdue, non par un retour à l’enfance, mais par le pardon et la guérison intérieure ?

« On raconte qu’Archane ne s’est jamais remise de sa folie. Elle est déchirée entre la soif de domination et l’amertume d’avoir dilapidé son héritage pour une illusion. Quant à savoir si elle regrette l’Ancien et le royaume de beauté, je ne saurais le dire. Il y a là un mystère si noir que je ne puis le percer, Au-delà des montagnes, on a pleuré la mort d’Alauda, Mais Archane ne cessera jamais d’être une ennemie et je sais, pour ma part, quelle peut être sa cruauté ».

Dilico, entre mythes et quête d’un paradis perdu.

IIIe partie du thème réalité versus monde virtuel

Bonjour,

Pour cette troisième et dernière partie du thème consacré au rapport entre réalité et imaginaire, je vous invite à suivre Dilico, le jeune conteur originaire du royaume d’Illiac et narrateur de la deuxième partie des Fils d’Orbios. Formé par son maître Dallo, aveugle mais d’une grande clairvoyance, Dilico entreprend le voyage qui le mène en Hautes Landes auprès du peuple dissident d’Alaunos. Ce dernier avait conclu jadis une alliance avec le Souverain des terres immortelles. Dilico est résolu à découvrir Aiucumba, la Combe d’éternité, qui a vu la naissance d’Orbios et de Sentice, les premières créatures du Souverain bienveillant. Ce paradis perdu par leur obstination à écouter le Félon plutôt que leur père, était une terre abritée et luxuriante. Son souvenir laisse dans le cœur des hommes une indicible tristesse.

Dilico entreprend une exploration des Hautes Landes en se basant sur le descriptif des anciens chants et poèmes relatés par les scribes depuis la nuit des temps. Mais après de longues recherches infructueuses, il commence à perdre espoir quand il découvre l’entrée du gouffre de Berreth Um, l’antre d’une sorcière bannie par le peuple des Hautes Landes. Cette dernière l’assure que le paradis perdu d’Aiucumba existe bel et bien et qu’elle a le moyen de l’y faire entrer, moyennant sa bourse. Méfiant, Dilico l’interroge tout en goûtant à la soupe de champignons que lui sert la maîtresse des lieux.

Une fois franchie la porte de ce monde hors du temps, Dilico est en extase : « Les couleurs vives de ce monde enchanteur m’éclaboussaient les yeux. Les chants d’oiseaux tombaient en pluie comme autant de gouttes scintillantes que je recueillais dans mes paumes ouvertes. Comme je comprenais le regret d’Orbios et de Sentice ! (…) Je me laissais glisser dans les herbes hautes et m’abandonnais à la caresse du vent sur ma peau nue. Sous une lune bleue, les joncs frissonnaient doucement. J’étais l’un d’eux. J’entendais leur musique, je la comprenais. Elle me transperçait l’âme. J’étais entre douleur et ravissement, J’étais le ruisseau qui s’écoule et qui s’oublie, le cerf dont le brame enveloppe la nuit, J’étais la libellule à fleur d’eau, le loup hurlant solitaire, le roi d’un monde sans ennemi . » Mais soudain son pouls s’accélère, son corps s’engourdit. Dilico est poussé vers la sortie et s’éveille dans la caverne nauséabonde de la sorcière de Berreth Um. « Était-ce réel ? », demande-t-il ? « Tu l’as vécu, c’est donc réel », répond la vieille ensorceleuse. Dilico comprend rapidement qu’il a été le jouet d’une illusion magnifique produite par les champignons hallucinogènes qu’il a payés de sa bourse. L’attraction est si forte qu’il pourrait se laisser prendre à la dépendance de ce voyage, mais son bon sens lui commande de fuir pour ne pas finir comme l’une de ces épaves qui vient mendier un voyage illusoire à l’entrée de la grotte.

«  Le retour avait un goût amer, car j’étais profondément déçu de n’avoir rien trouvé d’autre qu’un reflet du monde que je cherchais. Mais il fallait se soumettre à l’évidence : le seul moyen de combler ce vide immense d’une âme inassouvie était de se procurer du rêve, sans perdre pied.  (…) J’allais me rendre maître de mes rêves et en tirer profit. J’allais étudier les mythes des Hautes Landes pour ce qu’ils étaient : des fables fantastiques, irréelles, mais si belles qu’il valait la peine de faire semblant d’y croire.»

C’est sur ce constat triste et cynique que Dilico repart sans intention de ne jamais revenir en Hautes Landes.

Quelles sont nos aspirations profondes ? Notre soif de reconnecter avec la conviction intime d’un paradis perdu, d’un lieu de sécurité et de beauté pure qui puisse répondre à cette faim existentielle? Dilico, déçu de ne pas avoir découvert Aiucumba en conclut que cette terre appartient aux fables des scribes eux-mêmes mystifiés ou créateurs de mythes.

Où en suis-je dans ma quête de sens ? Y aurait-il une réalité qui puisse combler mon cœur profond ? Une sorte de Combe d’éternité, dont je porte l’empreinte sans l’avoir jamais connue ?Suis-je désabusé, fatigué par des années de recherches sans réponse ?

C’est pourtant un épisode marquant qu’il a vécu à son arrivée en Haute Landes qui va rappeler à Dilico qu’il existe bien une réalité à découvrir. Sa déception avait presque étouffé la force de ce qu’il avait vu de si près. A bien y réfléchir, nous lui ressemblons parfois. Nous sommes les témoins de l’irruption du surnaturel et de la vérité qui vient d’une dimension autre, éternelle et profondément bienveillante et nous doutons d’elle quand la réalité matérielle de ce versant du monde est par trop oppressante. Heureusement, Dilico se remettra en marche, trois sans plus tard, pour découvrir qu’il se trompe de quête, en fouillant le passé, mais que la réalité est infiniment plus belle, plus puissante et plus proche qu’il ne se l’imagine pour l’heure. Cette réalité capable d’assouvir son âme assoiffée d’éternité aura un nom et un visage. C’est une personne, non un paradis perdu. N’est-il pas temps de se remettre en route, avec lui ? De sortir de nos cavernes et de leurs illusions pour partir à sa recherche ? Et comment reconnaître, entre les mythes et les légendes, les traditions culturelles et spirituelles, celle qui saura ouvrir le passage vers les terres de beauté ? « L’univers a l’accent de la vérité chaque fois que vous le mettez loyalement à l’épreuve », écrivait CS Lewis.

Même s’il est encore loin de trouver la raison de sa quête, Dilico va poursuivre ses recherches, se tromper, persévérer jusqu’au jour où il saura qu’il a trouvé ce qu’il cherchait depuis toujours, non dans un monde de substitution, mais bien dans sa réalité.

Prochainement, je reprendrai chronologiquement certains des thèmes de la trilogie fantastique pour poser quelques balises aux compagnons de la Communauté d’Aedan.

Paix et Bienfaits !