Je publie ici une nouvelle inédite qui tient en quelques chapitres et qui sera publiée dans les articles suivant intégralement. N’hésitez donc pas à passer d’un article à l’autre.
Inspirée de l’univers fantastique et allégorique du Royaume au-delà des montagnes, cette nouvelle aborde la question de l’identité profonde à travers plusieurs prismes, notamment la pensée woke, le transhumanisme et plus particulièrement la transidentité. Touchée de très près par cette question dans mon entourage, j’ai mis du temps à la publier sur ce blog et je l’ai écrite avec mon cœur, ma souffrance et mon espérance. Je prie qu’elle puisse toucher ceux qui en ont besoin.
Chapitre un: Le labyrinthe aux reflets de soi
Le dédale de glaces offrant des jeux de miroirs n’en finissait plus. Sous les arches gothiques, entre les nervures de pierres entrelacées, Arielle découvrait son reflet d’une précision étonnante. La qualité du verre était au-delà de tout ce qu’elle avait pu contempler jusqu’ici. Mais en Astériath, le palais du Grand Chambellan était connu des lieues à la ronde pour son luxe et ses innovations ingénieuses. La clarté de son image était, pour la jeune femme, source d’émerveillement autant que de confusion. Dans les méandres de ce palais des glaces, son reflet lui était renvoyé de mille manières, toutes différentes, si bien qu’elle éprouvait à la fois la sensation délicieuse d’être au seuil de possibilités infinies et l’angoissant vertige d’oublier qui elle était vraiment.
Et là, précisément, était toute la question.
Elle avait quitté son petit village de pêcheurs surplombant les falaises des Côtes Blanches, pour se rendre dans la grande cité médiévale d’Astériath. Laissant ses troupeaux de moutons, sa quenouille et la famille qui l’avait vue grandir, la jeune femme avait rassemblé ses maigres économies pour entreprendre ce voyage dont elle attendait une révélation. La renommée de la cité s’était frayée un chemin à travers les tavernes, les villages et les ports marchands, pour échouer sur les rivages de ce pays. Ses habitants perpétuaient, depuis la nuit des temps, les gestes immuables de ce peuple de pêcheurs et de bergers. Elle avait entendu dire que la grande cité, malgré ses ombres et ses embûches, resplendissait telle un flambeau lumineux, de par sa richesse, son faste et une impression de liberté. Quiconque se voulait éveillé devait s’y rendre.
Éveillé… le mot était tombé dans une oreille attentive et il avait résonné jusque dans ses entrailles, là où se nichait cette sourde douleur qui la tenaillait depuis plusieurs années et dont elle n’osait parler à personne.
Face aux reflets d’elle-même que lui renvoyaient les miroirs du palais, Arielle se sentait fébrile. Ce n’était pas simplement l’effet de miroirs déformants, comme on en voit d’ordinaire. Ces miroirs étaient incomparables. Ils avaient, disait-on, le pouvoir de révéler les diverses facettes de celui qui prenait le risque de s’y mirer. Le visiteur était invité à s’éveiller à d’autres réalité du Soi. Aussi, Arielle se prit-elle au jeu de ces reflets inattendus. Comme elle l’espérait, le reflet de la petite bergère enfermée dans ce corps de femme astreint à de durs travaux s’estompa pour laisser place à des reflets qui semblaient lui parler.
Le premier lui révéla une autre Elle-même, débarrassée de ses frusques campagnardes, et vêtue d’une soie fine. Son visage était plus régulier, sans trace de fatigue et sans imperfection. Ses traits semblaient avoir été redessinés pour la faire ressembler à ces gravures des étoiles montantes d’Astériath. Maintes filles restaient captives de ce reflet flatteur et artificiel qu’elles prenaient soin de faire peindre et d’exposer. Mais une fois la surprise passée, Arielle s’en détourna avec une sensation de nausée. « Miroir aux alouettes», pensa-t-elle, avec un sourire narquois. « Je n’ai nulle envie de ressembler à ce reflet mensonger et si lisse qu’il en est mortellement ennuyeux. »
Le long des couloirs, sous les voûtes d’ogive, elle rencontra d’autres curieux décidés à s’ouvrir aux conquêtes d’un Soi sans limite, pour être bien sûre de gravir tous les échelons de la société astère et de briller au sommet.
Une fois passée la galerie des flatteries en tous genres, elle trébucha bientôt devant un miroir qui lui renvoyait une image inattendue. Son reflet lui était familier, mais il avait les traits des filles du Sud à la peau brune. Ses cheveux étaient noir de jais, sa silhouette remodelée selon des normes qui lui étaient étrangères. Arielle en fut d’abord choquée, quoique fascinée.
« Et quoi, lui dit le reflet, cela te peine-t-il donc tant de retrouver dans la peau hâlée d’une fille du Sud ? » Arielle tenta de s’excuser, arguant qu’elle avait seulement été surprise, mais le reflet la dévisageait avec insistance. Il insinuait qu’elle était imprégnée de préjugés datant de l’époque lointaine où les peuples du Nord et du Sud s’étaient brouillés lors de la fondation antique de la ville. La honte s’empara de la jeune femme qui se prit à croire que la blancheur de sa peau était un crime en soi, autant que ses cheveux roux. Le reflet lui disait qu’elle aurait pu naître ailleurs, sous d’autres traits, et qu’elle aurait compris alors l’arrogance intrinsèque à cette nation dominatrice à laquelle elle appartenait. « Je ne suis qu’une fille de bergers », lança Arielle, que ce procès heurtait. « Je n’ai rien à voir avec les conquêtes et les crimes dont tu m’accuses. » Le reflet demeura interdit, prisonnier de ce miroir où il s’était laissé piégé au nom de l’injustice. Arielle lui tourna le dos avec le sentiment de manquer de compassion. Elle avait fait tout ce chemin pour se trouver elle-même et non pour être l’otage d’un reflet prisonnier de son amertume.
Toutefois, la pensée d’être elle aussi, peut-être, la victime d’une oppression, se fit un chemin dans son esprit tourmenté. Elle était née avec la peau blanche, elle n’en était pas moins une femme, et une femme pauvre. Que cherchait-elle ici dans ce palais des glaces, si ce n’était la révélation d’un Soi libre et détaché de toutes les entraves qui la tenaient à quai, quand elle rêvait de grand large ?
Elle déambula, un moment, d’un miroir à l’autre, partagée entre l’ivresse de la découverte et la déception de ne pas se trouver telle qu’elle l’espérait. A aucun moment, elle ne vit le maître des reflets orchestrant les jeux de miroirs. Elle était persuadée d’être la maîtresse de son destin, en quête de la vraie Arielle.
Et c’est là, au détour d’un méandre de ce gigantesque labyrinthe, qu’elle vit le reflet de cet homme aux cheveux roux, au regard franc, et aux yeux verts. Elle en eut le souffle coupé. C’était Elle. Ou plutôt, c’était ce Lui qu’elle pressentait depuis longtemps au plus profond de ses entrailles. Il incarnait tout ce qu’elle aspirait à être : il paraissait posé, serein, débarrassé de toutes ces peurs sourdes qui la faisaient douter d’elle-même depuis si longtemps. C’était comme une révélation. La pensée qu’il la regarde et l’attire à lui dans une douce étreinte ne l’effleura même pas. Elle savait qu’il était elle et qu’elle était lui.
Elle ferma les yeux et sentit une main se poser sur son épaule.
« Te voilà éveillée, Arielle. Tu as enfin trouvé ton « Soi », déclara une voix timbrée et presque autoritaire. « J’ai le pouvoir de te le donner aujourd’hui. Il te suffit de glisser dans le miroir translucide pour embrasser la nouvelle personne que tu es appelée à devenir ».
La tentation était extrême. Arielle aspirait de toutes les fibres de son corps à devenir ce « lui », qui n’avait pas encore de nom et qui semblait pouvoir lui ouvrir tous les possibles dont elle rêvait.
« Tu peux devenir ton propre créateur, dit la voix dans son dos. Tu te choisiras un prénom, tu deviendras lui et il sera toi. Tu forgeras son destin. A vous deux, vous serez ce que tu as toujours voulu être et que la nature t’a refusé. »
« Que dira ma famille ? » murmura Arielle tremblante, en se retournant pour regarder le Chambellan drapé dans sa duperie.
« Il faudra bien qu’ils acceptent que ton choix est le meilleur. Qui donc saurait mieux que toi ce qu’il te faut vraiment ? »
« Mais ils m’aiment…cela leur ferait mal »
« Vraiment ? »
Le chambellan la conduisit devant un miroir déformant qui lui fit voir et revisiter ses souvenirs d’enfance. Le miroir connaissait bien les failles de la mémoire humaine face à la souffrance et il savait combien il est aisé de tordre les souvenirs pour justifier les pires décisions et creuser des fossés entre les gens. Elle revit les disputes, les instants de grandes solitudes où ceux qui prétendaient l’aimer n’avaient pas su la rejoindre. Le miroir força le trait du pire en estompant les instants les plus heureux dans une sorte de brouillard qu’elle appelait « illusion ». Arielle se revit petite fille souffrante. Elle ne pouvait supporter ces images d’elle-même que lui renvoyaient ce corps, ce maintien, cette voix qu’elle ne supportait plus. Même les gestes les plus tendres de ses parents devenaient des pièges pour lui arracher la liberté qu’elle était sur le point de saisir, comme une héroïne, pour s’affirmer enfin.
« Ils sont des milliers dans ton cas, reprit le Chambellan, prisonniers des normes héritées d’un autre temps. Quel obscurantisme ! »
Et sans s’en rendre compte, l’amertume du reflet de la fille du Sud la saisit par un autre biais, non celui de sa couleur et de son origine, mais celui de ce corps de femme dans lequel elle était enfermée contre son gré. Femme, bergère, destinée à ramasser le crottin des moutons… Elle n’allait pas faire partie du troupeau et suivre passivement la voie tracée par sa naissance. Elle allait franchir les obstacles, se réaliser… Arielle avait raison sur un point. Elle était appelée à une destinée bien plus glorieuse que ce présent pénible qu’elle cherchait à fuir. Mais cet avenir ne se trouvait pas dans la révolte et les illusions d’Astériath. Il était, pour l’heure, au-delà de toute imagination.
« Passe la porte du Soi », murmura le Chambellan d’une voix suave qui paraissait suivre le fil de ses pensées.
La vive émotion que lui procurait cette révélation provoqua un vertige intense. Arielle avait besoin d’air. Qui était-elle ? Un reflet ? Y avait-il autant « d’Arielles » que de jeux de miroirs ?
Pour faire suite à mon dernier article (intitulé » En solidarité avec nos frères juifs », j’aimerais parler des Hautes Landes, la terre promise d’Alaunos, que l’on retrouve au fil des trois volumes de la trilogie fantastique: Le Royaume au-delà des montagnes. Et cela aura un lien direct avec notre actualité. Il faudra, pour cela, naviguer entre le monde de six nations et celui que nous connaissons bien: notre bonne vieille Terre. Afin de mieux comprendre les temps dans lesquels nous vivons et leurs enjeux, je vous propose une escale à Landemiel, la capitale des Hautes Landes. Accrochez vos ceintures et mettons le cap sur les Hautes Landes.
Carte illustrée par Kyran Boschung
Nichée au pied de la chaîne montagneuse qui sépare le Royaume immortel du monde des hommes, Les Hautes Landes sont la terre promise par l’Ancien à Alaunos et sa descendance dont nous avons parlé dans l’article précédent. C’est là que va se développer le peuple dissident avec lequel l’Ancien a fait alliance. C’est une terre « mise à part » pour une vocation particulière, celle d’accueillir tous ceux qui choisissent de quitter les royaumes de Myr, d’Illiac, des Côtes Blanches ou encore des royaumes du Sud.
Le hameau du Lac au Nord de Landemiel, en Hautes Landes
Un terre, un choix du coeur
Dès le début, les Hautes Landes rassemble des hommes et des femmes de différentes ethnies. Leur point commun est le ralliement à un appel intérieur et la volonté de se détacher de l’influence du Félon qui siège en Astériath et dont l’ambition est d’asservir les fils d’Orbios en tissant des pactes avec les peuples auxquels ils appartiennent.
Dans le tome 2 de la trilogie, les Héritiers d’Aedan, les habitants de Landemiel, ce petit village au cœur des Hautes Landes, se trouvent pourtant confrontés à une situation épineuse. En raison d’une guerre qui déchire le Royaume de Myr et le Royaume d’Illiac, un afflux de réfugiés va chercher asile dans cette vallée à l’abri des troubles de la plaine. Cette fois, les nouveaux arrivants ne sont pas simplement des dissidents qui cherchent à faire alliance avec le Roi, mais des hommes, des femmes et des enfants fuyant la tragédie d’une guerre pour trouver un refuge. Les citoyens de Landemiel sont, pour la première fois, confrontés à l’immigration de masse avec tous les risques que cela comprend. En effet, si leur désir est de prendre soin de ceux qui sont dans le besoin, ils n’ignorent pas le risque élevé de laisser rentrer dans leur territoire des agents du Prince Noir et de s’exposer à la terreur. Un meurtre commis en Hautes Landes va profondément diviser ceux qui pensent qu’il faut d’abord assurer la sécurité de cette terre promise et ceux qui pensent qu’il faut faire confiance et accueillir sans discrimination tous les réfugiés. Aedan est depuis longtemps reparti sur les terres immortelles. Ses héritiers regrettent son absence à un moment où ils auraient tant besoin de savoir ce qu’il ferait dans cette situation difficile.
Retour sur notre versant du monde. A l’époque où j’ai écrit ce roman, l’Europe faisait face à l’immigration des Syriens fuyant les conflits sanglants du Moyen-Orient. Pour de nombreux pays, et également pour la communauté de ceux qui se réclament de Jésus-Christ, le dilemme n’était pas facile. Il y avait d’un côté la misère de familles souhaitant fuir des régimes autocratiques et violents, et de l’autre un risque réel de laisser entrer des islamistes dangereux. Je n’ai pas voulu trancher la question politique pour laquelle je n’ai pas de réponse définitive.
Tandis que les citoyens des Hautes Landes confrontaient leurs opinions sans parvenir à trancher, un réfugié dissimulé sous un vieux manteau et mêlé à la foule des affamés attend de recevoir le bol de soupe qui va lui être servi. Un homme le suspecte d’être un agent infiltré et le rudoie, lorsque le mystérieux personnage se défait de sa pèlerine. Tous reconnaissent Aedan, le Roi et tombent à genou. Ce dernier leur révèle qu’il est s’est mêlé à la foule des nécessiteux afin de voir comment son peuple traiterait les nouveaux arrivants. Sans leur reprocher leur vigilance nécessaire, le Roi leur rappelle que tout ce qu’ils font pour l’un de ces réfugiés. c’est à lui-même qu’il le font.
Aujourd’hui, dans notre monde, les dissidents qui ont fait alliance avec le Créateur, appartiennent à une terre promise que Jésus-Christ appelle le Royaume de Dieu. C’est un lieu sans frontière physique, ni ethnique, qui regroupe tous ceux qui reconnaissent sa royauté. En même temps, les Hautes Landes sont aussi une figure allégorique de la terre d’Israël, terre promise à Abraham et à ses descendants. Cette terre-ci a des frontières concrètes et elle a été donnée à un peuple en particulier, le peuple d’Israël. Dans l’actualité dramatique de ce mois d’octobre 2023, dont je ne sais pas ce qu’il adviendra, il faut reconnaître que se jouent des enjeux à plusieurs niveaux. L’un est politique, l’autre spirituel. Ils sont pourtant intimement liés. Nos pays occidentaux sont également en prise avec ces deux réalités, même si la plupart des gens n’en sont pas conscients.
En Hautes Landes, les guerres entre les peuples avaient une face cachée. Le Félon excitait les peuples les uns contre les autres afin de diviser pour mieux régner. Le Prince de ce monde cherche encore à dresser les ethnies les unes contre les autres. En ce moment, nous assistons à une résurgence de l’antisémitisme et parmi ceux qui descendent dans la rue brandir le drapeau palestinien, beaucoup croient choisir le camp du faible contre un État fort. Mais souvenons nous de l’alliance du Créateur avec le peuple Juif, et par extension avec tous ceux qui mettent leur confiance en Jésus de Nazareth, le Messie. Le Félon, que la Bible appelle Satan, ou l’Ennemi, connaît les projets merveilleux et éternels de Dieu pour l’humanité et il continue de faire tout ce qui est en son pouvoir pour les faire échouer, que ce soit à l’échelle des peuples ou de nos vies personnelles. Nous sommes appelés à discerner que nous ne sommes pas appelés à « combattre la chair et le sang, » mais bien des puissances spirituelles. Il y a à la fois une réponse nécessaire et armée du peuple d’Israël qui doit pouvoir garantir sa survie et la protection de sa population, et une guerre qui se livre sur le terrain et de la prière et des actes d’amour pour les personnes en souffrance, quelle que soit leur origine ethnique. Choisir uniquement la voie de la défense armée ne résoudra pas le fond du conflit, ni la haine du Félon pour le peuple de l’Alliance, et d’ailleurs pour les hommes de toutes les nations. La misère dans laquelle le peuple palestinien se trouve aujourd’hui est d’abord due à la dureté de ses propres chefs et des peuples qui n’ont pas voulu leur offrir leur hospitalité. Pourquoi? Parce que ces derniers sont animés de l’espirt du Félon qui par nature asservit et fait du mal. Au milieu de ce peuple, il y a des gens qui ont choisi le Royaume de Dieu et qui se trouvent aujourd’hui tiraillés de toutes parts. ils sont aussi nos frères.
Du côté d’Israël, on trouve cette même tension: D’un côté ceux qui perçoivent la nature spirituelle du combat. Ils comprennent que l’ Ennemi qui veut leur peau s’incarne sous les traits du Hamas comme il l’a fait en les personnes d’Hitler, de Staline et même de l’Église institutionnelle chaque fois qu’elle s’est éloignée du Christ.
Alors quel espoir pour notre monde pris dans les filets d’une humanité meurtrie et meurtrière? Seule une intimité avec le Roi permet de comprendre et d’agir comme il l’aurait fait. son Esprit, qui vit en nous, va nous inspirer la bonne attitude. Sa parole, La Bible, nous donner l’instruction nécessaire pour connaître sa pensée. Notre solidarité avec le peuple juif est une évidence. Cela ne veut pas dire que nous devons cautionner tout ce que fait l’Etat d’Israël sur le plan politique. Mais il est important de discerner les manœuvres du Félon. Jésus disait qu’on reconnaît un arbre à ses fruit. Cela devrait faire partie de notre observation. Ensuite, prions pour que le Prince de Paix se révèle à tous ceux qui cherchent la vérité. Un jour, il reviendra établir un royaume de paix et soumettre les nations. En attendant, la Bible nous dit qu’il est comme une épée à deux tranchants. Il n’apporte pas une paix factice, celle qui évite les conflits et prétend mettre tout le monde d’accord. Au contraire, il sépare ce qui appartient au Félon et ce qui lui appartient. Jusqu’au fond de nous même, cette épée va trancher ce qui vient de lui et ce qui s’élève contre lui. Il arrive que nous ne soyons pas en paix et que cela soit salutaire car c’est l’Esprit de Dieu qui nous montre que quelque chose en nous appartient encore au Félon et qu’il faut trancher le lien pour être libres.
Nous voyons déjà l’accomplissement des prophéties anciennes se réaliser avec une précision époustouflante. Nous pouvons dès lors mettre notre confiance dans le dénouement salutaire qu’elles annoncent.
Pour terminer, j’aimerais vous inviter à regarder le témoignage d’un homme qui était un activiste du Hezbollah. (La vidéo étant en anglais, je vous donne un résumé ci-dessous. Le lien se trouve un peu plus bas. Afshin Javid haïssait les Juifs sans pourtant les avoir rencontrés. Il était assidu à la lecture du Coran, la prière et croyait véritablement plaire à Allah, y compris dans ses actions djihadistes violentes. Mais un jour, alors qu’il était en prison en Malaisie, un homme éclatant de lumière est entré dans sa cellule. Il a su instantanément que cet homme était saint. Sa présence lui a révélé l’horreur de sa propre condition. Il se réfugia dans le fond de sa cellule, le visage caché entre ses mains, pensant qu’il allait mourir. « Pardonne-moi, pardonne-moi « , implora-t-il. L’homme s’est approché et a posé sa main sur son épaule. « Je te pardonne », lui a-t-il dit. Puis l’homme s’est présenté comme le Chemin, la Vérité et la Vie. Ne comprenant pas ce que cela signifiait, le condamné a compris qu’il devait être Dieu pour pouvoir ainsi lui pardonner. Mais ce Dieu-là n’était pas semblable au dieu qu’il croyait servir. Alors l’homme de lumière lui a dit: « Je suis Jésus-Christ ». Cette rencontre a radicalement transformé la vie de cet islamiste violent. Aujourd’hui, plus de dix ans après cette rencontre, il fait partie du peuple des « Hautes Landes,. » Il a fait alliance avec le Dieu d’Israël et l’un des fruits de cette rencontre, c’ est qu’il aime les Juifs et les arabes. Il a compris qui son véritable ennemi et il le combat désormais sans autre arme que la vérité, la foi et l’amour.
Cette histoire n’est pas un cas isolé. La question qui se pose pour chacun d’entre nous aujourd’hui est la suivante: As-tu rencontré le Roi? As-tu choisi de faire dissidence pour faire alliance avec Jésus-Christ? Le Royaume au-delà des Montagnes est à portée de main. Il suffit de le choisir avec son cœur.
A l’heure où j’écris ces lignes, le 11 octobre 2023, le peuple israélien vient de subir des attaques terroriste sans précédent sur son territoire: des personnes âgées, parfois survivantes de la Shoah, enlevées et traînées hors de leur logement. Des enfants pris en otages et subissant les jeux cruels de leurs ravisseurs. Des centaines de personnes assassinées. Des femmes violées et mises à mort. Des bébés arrachés à leurs parents et décapités. L’indicible se produit sous nos yeux et les voix qui s’élèvent pour dénoncer un massacre rappelant les pogroms des siècles derniers restent étonnamment rares… L’indécence de ce silence semble irrationnel car nul désaccord avec la politique d’Israël ne saurait être une excuse.
Tout ceci m’amène à une réflexion en lien avec le roman ( Tome III) de la trilogie fantastique : Le Royaume au-delà des montagnes. Vous vous souvenez sans doute de l’histoire du peuple des Hautes Landes, mené par la figure héroïque d’Alaunos, le dissident. Homme droit, assoiffé de justice et de vérité, Alaunos avait pressenti le dessin funeste du Félon qui avait su séduire Orbios et Sentice. Par ses mensonges et sa ruse, il avait éloigné leur descendance de leur Créateur, le Seigneur du Royaume au-delà des montagnes. La figure allégorique d’Alaunos fait bien évidemment référence aux pères fondateurs du Judaïsme que sont Abraham et Moïse (voir Les Fils d’Orbios). Le peuple des Hautes Landes est dès lors un peuple dissident, vivant sur les contreforts de la chaîne montagneuse séparant le monde des hommes des terres immortelles. C’est un peuple mis à part, au bénéfice d’une alliance avec le Seigneur des terres de beauté. Dès sa fondation, ce peuple va devenir l’objet de la haine du Prince Noir, le Félon, appelé aussi Dubumaglos à l’époque des anciens. Ce dernier s’acharne contre lui pour détruire cette nation qui se tourne résolument vers le Souverain des Montagnes et qui fait alliance avec lui.
Lors de la venue d’Aedan, le peuple des Hautes Landes s’interroge et se divise quant à l’identité de ce jeune homme qui dit venir du Royaume au-delà des Montagnes . Certains voient en lui le fils du Souverain Suprême et d’autres un usurpateur. La figure messianique d’Aedan va chambouler la vie en Hautes Landes.
Aedan, le Roi venu du Royaume au-delà des montagnes
Suite à des événements politiques, une partie des dissidents des Hautes Landes va se disperser dans les six nations des peuples environnants, gardant au plus profond d’eux-mêmes, l’attente du secours du Souverain Créateur.
Les siècles passent et l’histoire des Hautes Landes est marquée par les exploits de ceux qui restent attachés à Aedan le Roi et les dérives de ceux qui prétendent agir en son nom, mais le discréditent à cause de leurs motivations obscures ( voir Les Héritiers d’Aedan). Finalement, après une période de faste en Astériath durant laquelle le Félon masqué règne en coulisse sous l’identité du Grand Chambellan, la vraie nature de ce dernier apparaît. Il entame une guerre sans répit contre les alliés du Roi et les descendants des dissidents des Hautes Landes.
Au chapitre « Résistance » du Royaume au-delà des Montagnes, Joachim, le personnage principal du livre, est jeté dans un chachot obscur en attendant sa mise à mort. C’est là qu’il rencontre Ian, fils de Michaïl, un descendant exilé d’Alaunos. Dans l’obscurité du cachot, une amitié indéfectible va naître entre Joachim, pêcheurs des Côtes Blanches, devenu un ami proche du Roi et Ian, qui jusqu’ici ne pouvait reconnaître Aedan comme l’Envoyé promis par le Souverain des Montagnes. Ensemble, ils sont devenus la cible des attaques du Félon car tous deux sont porteurs d’une alliance avec le Souverain des terres immortelles. Ensemble, ils se tournent vers lui dans un moment si sombre qu’il semble n’y avoir plus d’espoir. Ensemble, ils placent leur attente dans la bonté du Souverain qui ne saurait les avoir oublié. C’est le chant de Joachim et de son compagnons Amnas qui va dévoiler leur identité. Ian reconnaît ce chant écrit par ancien roi des Hautes Landes.
Joachim des Hautes Landes
Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de penser que dans l’obscurité des temps que nous vivons, caractérisés par une emprise de plus en plus ouvertement vindicative du Félon que la Bible appelle le Prince de ce monde, nous allons voir le rapprochement des descendants d’Abraham et des disciples de Jésus de Nazareth. Les seconds, je l’espère, se tiendront aux côtés des premiers, conscients des enjeux spirituels. Comme dans le récit allégorique, le Félon cherche à empêcher les fils d’Adam de retrouver leur vocation de fils de Dieu. Il veut les voir mordre la poussière. Il leur offre des pains et des jeux pour calmer la souffrance existentielle des hommes, des femmes et des enfants coupés de leur Père et de leur vraie destinée. Ma prière est que les fils d’Abraham, ébahis par le silence coupable d’une grande partie de l’opinion publique, blessés par les injures une fois encore, puissent en venir à se rassembler autour de celui que nous reconnaissons comme le Messie, Jésus (Yeshua en hébreux) de Nazareth. Comme Aedan, il se révèlera à eux: » Soyez les bienvenus en Hautes Landes », disait ce dernier. « Je vous ai attendu depuis le premier jour et j’ai langui après vous ».
Malgré les ténèbres, le jour du Grand Pardon est proche. La terre des Hautes Landes va réunir sous une même bannière les descendants d’Alaunos et ceux qui sont venus des nations voisines se rassembler autour du Roi.
Bonjour et bonne année 2023 à chacun! Cela faisait longtemps que je souhaitais écrire un conte sur un sujet délicat et parfois difficile à aborder. Je le publie aujourd’hui sur cette page avec l’espoir qu’il sera lu et utilisé comme base de discussion, de partage et de prévention dans les familles, les couples, les groupes de jeunes… N’hésitez donc pas à le partager. Je demande seulement que son intégralité soit respectée et que mon nom d’auteur soit mentionné. J’ai repris l’univers du Royaume au-delà des Montagnes. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu les livres pour comprendre le conte. Bonne lecture!
Tristan, Maïwenn et le marais maudit.
Par un soir d’hiver où les nuits sont longues et les soirées propices aux récits des anciens, Elija rassembla quelques jeunes garçons dans la Maison du Pain.
C’était avant les grands événements qui devaient bouleverser la vie en Haute Lande et conduire au retour d’Aedan, le roi tant attendu.
Mais ce soir-là, les jeunes auditeurs, à la frontière entre l’enfance et l’âge d’homme, attardaient leur regard sur le feu crépitant dans l’âtre. Le vieux sage de la Compagnie des Écoutants y jeta quelques branches de sapin qui embaumèrent la salle cossue, où les habitants de Landemiel aimaient à se rassembler. Dans les yeux gris du vieillard, on lisait cette bienveillance que tout le monde lui connaissait, mais aussi le souci d’un homme qui avait vu beaucoup de victoires et de défaites au cours de sa longue vie.
« Laissez-moi vous conter l’histoire d’un jeune homme que j’ai bien connu jadis, et qui arpentait, comme vous, les sentiers des hauts plateaux où poussent les bruyères et coulent les ruisseaux.
C’était un soldat du roi, un homme vaillant. Il ne craignait pas les longues veillées de garde pour assurer la protection des villageois contre les raids ennemis. Nous l’appellerons Tristan. Il avait épousé une fille du village, dont il était tombé amoureux. Je l’appellerai Maïwenn, le temps que durera notre conte. Pour elle, il avait construit une bonne maison de bois au toit herbeux, un peu à l’écart du village, mais suffisamment proche pour qu’elle puisse rendre visite à sa famille quand il partait en mission.
Aux yeux de Maïwenn, Tristan était un prince. Peu lui importait qu’il fût un simple soldat. Elle s’était donnée à lui, de tout son cœur. Je me souviens encore de la noce et des guirlandes de fleurs. Je les revois danser sous la lune au son des flûtes et des tambours. Ils s’étaient promis l’un à l’autre avec toute la candeur des gens qui s’aiment et qui ne doutent pas qu’il en soit toujours ainsi.
Quand il partait patrouiller le long de la frontière, Maïwenn le guettait depuis la corniche qui surplombait leur maison. Elle tremblait pour lui, guettait son retour, et se nourrissait de la pensée de leurs étreintes et des mots tendres qu’il chuchotait à son oreille.
Tristan parcourait les chemins de ronde avec le souvenir de sa bien-aimée et il se hâtait de rentrer, dès sa mission terminée, pour retrouver celle qui avait ravi son cœur. Il évitait de passer trop de temps avec les autres soldats du Roi, une fois le devoir fini. S’il s’arrêtait en route, c’était pour lui ramener un petit cadeau, comme un gage de son amour pour elle.
Pourtant, un jour, le départ de Tristan fut assombri par une stupide querelle comme en ont tous les couples. D’ordinaire, les jeunes gens se réconciliaient avant la nuit tombée, et en tous les cas avant le départ de Tristan. Mais ce jour-là, il en fut autrement. Maïwenn était d’humeur chagrine et s’était sentie blessée par une remarque de Tristan. Elle lui tournait le dos, enroulée dans une couverture et faisant mine de dormir. Tristan comprit qu’elle n’avait pas envie de lui parler. Piqué, il boucla son ceinturon, se saisit de sa besace et de ses armes, puis sortit sans un mot, dans la brume du petit matin.
Il était parfois fatigué par ce qu’il appelait les « sensibleries » de sa femme, et il était bien décidé à lui donner une petite leçon. »
Quelques rires sous capes répondirent au récit du vieil Elija. Le conteur aux yeux rieurs se doutait bien que son histoire n’était pas de nature à capter l’attention des jeunes garçons qui attendaient sans doute une bataille ou un fait d’armes, dignes d’un soldat de valeur. Mais il poursuivit son récit sans ciller.
« Au fur et à mesure que les heures s’écoulaient, Tristan sentait monter en lui la tension qui tient le soldat aux aguets, mais celle-ci était renforcée par le sentiment d’être injustement traité, quand il prenait tant de risques pour assurer la sécurité des Hautes Landes. Il se demandait si sa femme était encore à se plaindre d’une remarque sans importance, à l’abri d’une maison qu’il avait construite de ses mains, tandis qu’il chevauchait dans un défilé obscur où l’ennemi pouvait surgir à tout moment. Et plus le temps passait, plus cette amertume l’irritait, et moins il souhaitait rentrer chez lui.Aussi, quand le soleil déclina derrière les crêtes des montagnes, Tristan décida de faire un détour pour profiter un peu de la douceur d’un soir d’été et d’un moment de solitude.Son chef le remercia pour son rapport détaillé et lui souhaita « paix et bienfaits », ainsi qu’un bon retour chez lui.
Le cavalier suivit la piste, dont il connaissait tous les contours et les moindres détails, et qui devait le ramener chez lui. Maïwenn le guettait sur la corniche, comme elle le faisait chaque soir, encore toute alourdie par ce départ sans adieux qui avait terni sa journée. Elle regrettait de ne pas s’être levée pour partager le moment qu’ils avaient coutume de passer ensemble de bonne heure. Elle avait redoublé d’efforts pour compenser sa froideur par un travail acharné, où tout ce qu’elle entreprenait était empreint d’amour profond.
Tristan se demandait comment prolonger un peu ce moment d’éloignement qui exprimait mieux que des mots sa colère mêlée de tristesse. Quelque chose lui disait de galoper vers elle et de la prendre dans ses bras. Mais il y avait autre chose qui s’y opposait, quelque chose de plus obscur et d’étranger, qui exerçait sur lui une attraction étrange à laquelle, pour une fois, il avait envie de céder.
Alors il tira sur la bride de son cheval et suivit le sentier à peine visible qui coupe par la prairie, et mène en dehors des Hautes Landes, à ce marécage insalubre dont nous n’aimons pas évoquer le nom. »
Cette fois, Elija vit passer un malaise sur le visage des jeunes gens. Quelques-uns baissèrent les yeux, d’autres froncèrent les sourcils. Jamais le vieux conteur n’avait évoqué l’existence de ce marécage dans ses récits d’aventure.
« Lorsqu’il revint chez lui, plus tard que de coutume, la belle Maïwenn était pétrie d’inquiétude, mais elle éprouva un tel soulagement, qu’elle ne fit aucun reproche à son bien-aimé. Elle se blottit dans ses bras, heureuse de retrouver la chaleur de son corps et elle lui demanda pardon pour cette stupide querelle et son attitude qu’elle regrettait vivement.
A la vue de sa femme, si belle et si tendre, il passa doucement sa main dans sa longue chevelure et murmura à son tour qu’il était désolé. Il laissa son regard se promener dans la petite pièce où elle avait allumé des chandelles et disposé des bouquets de fleurs cueillies autour de la maison. Il réalisa qu’il était rentré les mains vides, quand il aurait pu lui apporter une attention pour lui témoigner son amour. Mais l’amertume avait si bien étouffé sa tendresse qu’il était forcé d’admettre qu’il n’y avait pas pensé. Au lieu de cela, il rentrait tard, les bottes boueuses, et même s’il tentait de donner le change, il savait bien d’où il revenait.
Bien qu’elle sentît l’odeur âcre qu’il ramenait avec lui, elle ne fit aucune remarque et s’enquit de sa journée qu’il raconta dans les moindres détails, sans évoquer le détour tardif au marécage. C’était la première fois qu’il lui cachait quelque chose. Et cela lui fut pénible.
Les jours suivants, il fit de son mieux pour rentrer de bonne heure et répondre à ses attentions.Elle était belle, Maïwenn, belle et pure comme un ciel d’été, même avec ses orages, ses larmes et ses mystères. Cependant ce n’était plus tout à fait comme avant. Ce détour par les marécages avait changé quelque chose dans le regard de Tristan. Il se demandait si elle s’en apercevait. Il se disait qu’on peut toujours se tromper de chemin et que cela n’a pas de réelles conséquences tant qu’on retrouve la route de la maison.
Il y avait bien ce sentiment de dégoût pour ce lieu glauque, si éloigné de ce qui faisait la beauté des Hautes Landes. Il avait besoin de se convaincre qu’il n’était pas affecté et qu’il n’y avait pas de quoi en faire toute une histoire… D’ailleurs il était bien notoire qu’en dépit du fait que personne ne prononçait jamais le nom du marécage, ceux qui s’y rendaient à l’insu de tous n’étaient pas rares. Ilavait même reconnu quelques silhouettes familières, et parmi elles des gens à l’abri de tout soupçon. S’ils s’y rendaient en cachette, tout en maintenant leur rang, leur image et leur réputation, c’est qu’il n’était pas pire que les autres. « Les autres » devinrent cet argument rassurant qui lui fit baisser la garde.
L’odeur âcre du marécage exerçait sur ses sens une attraction qu’il ne s’expliquait pas vraiment, un mélange de dégoût pour l’insalubrité et une délectation envoûtante parce que le marécage offrait précisément l’image opposée de tout ce pour quoi il vivait. Il y retourna un jour où il avait essuyé une défaite et se sentait découragé. Puis il céda le jour suivant, et à chaque fois, le mépris qu’il éprouvait pour lui-même était doublé d’une sorte de résignation face à ce qu’il appelait maintenant « sa faiblesse ».
Maïwenn restait silencieuse, mais elle sentait bien que quelque chose avait changé. Il y avait cette odeur désagréable qu’il tentait de dissimuler, et qui pourtant collait à sa peau. La pestilence du marais le suivait jusque dans l’intimité de leur chambre à coucher. Elle lui fit remarquer une odeur inhabituelle et désagréable qu’elle ne s’expliquait pas. Il contourna la question en lui parlant des risques de son métier de soldat, des territoire hostiles et parfois nauséabonds, qu’il était forcé de traverser pour assurer leur sécurité à tous. Elle y crut d’abord, mettant l’humeur maussade de son mari et la distance qu’il marquait entre eux, sur le compte des préoccupations d’un époux dévoué et d’un soldat fatigué.
Pourtant, plus le temps passait, plus elle était hantée par une sourde angoisse. Des pensées lui venaient, qu’elle ne voulait pas accueillir, car le soupçon que son bien-aimé puisse lui mentir ou trahir leur amour lui paraissait odieux. Elle se sentait terriblement coupable de ses doutes et faisait son possible pour trouver des explications à ses gestes plus brusques, son désintérêt pour elle, ses effluves repoussantes qui émanaient de sa personne. Parfois, il les compensait par un excès soudain d’attentions et de mots tendres qui la rassuraient momentanément. Alors elle éprouvait du remord à se faire des idées mensongères au sujet de celui qu’elle regardait comme un prince des Hautes Landes.
Mais les femmes sentent les choses », continua le vieux conteur en jetant un regard oblique au couple qui était entré depuis quelques instants dans la Maison du Pain, afin de s’y réchauffer en bonne compagnie.
« Les nuits de Maïwenn étaient agitées par des cauchemars pleins d’ombres furtives et de dangers menaçants. Son ventre se nouait à tout moment. Son âme n’avait plus de repos. Elle avait beau faire le ménage, laver les draps, décrotter ses bottes, l’odeur fétide imprégnait leur maison et elle savait , au fond d’elle-même, d’où venaient ces relents qui lui donnaient la nausée.
Un jour, n’y tenant plus, elle le suivit, de loin, dans la pénombre du crépuscule. C’était la fin de l’automne. Ses pas la conduisirent sur le chemin qu’elle redoutait, hors des frontières des Hautes Landes.
Son cœur battait à tout rompre. Elle espérait encore se tromper. Elle souhaitait de toutes ses forces qu’il ait une bonne raison de venir jusqu’à ce marais maudit, dont elle avait entendu parler sans jamais y être allée.
Mais ce qu’elle vit la glaça. Le marais était aussi sordide que les rues basses d’Astériath. Dans les eaux troubles du marécage, des créatures, hommes et femmes, se donnaient en spectacle sans pudeur ni respect de soi. Maïwenn avait entendu dire que les créatures du marais étaient parfois des esclaves embourbés dans les sols mouvants d’un lieu où ils étaient enchaînés de force. Mais il y avait aussi ceux qui s’y trouvaient de plein gré et qui rivalisaient d’une bestialité repoussante.
Elle le vit, au bord de l’étang, les yeux rivés sur ce spectacle dont il ne faisait aucun doute qu’il exerçait sur une lui une fascination malsaine. Maïwenn ne regardait pas le marais, elle le regardait lui, ce prince englué dans la boue, et ce qu’elle vit sur son visage et dans ses yeux lui rappela ces regards qu’elle ne lui connaissait pas jadis, et qui l’avaient transformé, au fil des semaines. Il lui sembla soudain que le prince était devenu un crapaud pour lequel elle éprouvait une répulsion aussi soudaine que violente.
Maïwenn se détourna et courut dans la nuit, perdue, anéantie. »
Les jeunes compagnons d’Elija écoutaient ce récit qui heurtaient les uns et embarrassaient les autres.
L’homme, qui était entré avec sa femme, lui fit remarquer qu’Elija racontait là une histoire sans éclat ni intérêt, et il s’empressa de la pousser dehors, car il en avait assez entendu.
Comme le vieil homme, fatigué, marquait une longe pause, l’un des garçons l’interpella.
– Si Tristan était allé au marais avant de devoir rendre des comptes à sa femme, cela n’aurait dérangé personne, affirma-t-il hardiment.
– Plusieurs des jeunes rassemblés tournèrent vers Elija des yeux inquisiteurs. Ce dernier perçut parfaitement l’enjeu de la question. Il avait choisi de leur partager cette histoire précisément parce qu’il devinaient l’attrait que le marais maudit exerçait sur certains d’entre eux et il en connaissait les dangers.
– Si Tristan y était allé avant de connaître Maïwenn, il n’aurait pas trahi sa confiance, mais il aurait traîné avec lui cette odeur qui imprègne peu à peu les vêtements et qui surtout salit le regard et les pensées. Quand le marais s’installe dans ta tête, il est difficile de s’en défaire. Les puissances d’Astériath le savent et c’est bien ce qu’elles espèrent : enchaîner des hommes, les avilir et détruire leur idée de l’amour.
– Et transformer des princes en crapauds, ajouta le plus jeune. Comme Elija lui souriait, il se risqua à demander la suite de l’histoire.
– Maïwenn ne rentra pas chez elle cette nuit-là, reprit Elija. Le lendemain, elle brûla tout ce qui était souillé, et elle confronta Tristan lorsqu’il revint au petit matin. Tristan était bouleversé. Il lui jura qu’il n’avait rien fait d’autre que de regarder ce spectacle navrant. Il était désolé et visiblement honteux. Il ne sentait plus digne de se rendre à la Maison du Pain. Il avait l’impression de traîner avec lui les effluves pestilentielles de ce marais qu’il aurait voulu ne jamais connaître. Il sentait combien il avait blessé Maïwenn. Il implora son pardon, avec un air de chien battu, mais elle ne pouvait plus le regarder comme avant. Elle se sentait trahie et elle souffrait.Tristan tenta de lui dire qu’elle était plus belle et plus pure que tout ce qu’il avait jamais vu et qu’il ne fallait pas qu’elle se croie moindre à ses yeux. Il lui dit qu’il ne s’expliquait pas vraiment cette fascination pour le marécage et ses créatures.La jeune femme, qui l’avait toujours aimé passionnément, se surprit à se demander ce qu’elle avait pu faire pour lui déplaire. Fallait-il qu’elle lui prouve son amour en lui donnant elle-même ce qu’il allait chercher dans cet endroit sordide ? N’avait-elle pas tout donné ? Mais elle comprenait que pour le satisfaire, elle devrait se renier elle-même et s’avilir. Car Tristan ne venait pas chercher davantage de beauté, mais bien l’étrange sensation que lui procurait la perversité des ombres du marécage. Elle ne pouvait pas, elle ne voulait pas le conquérir sur ce terrain glissant.Tout ce qui avait fait le charme et la beauté de leur intimité avait maintenant un arrière-goût malsain qui la repoussait.Comme il ne trouvait plus chez elle cette admiration éperdue et qu’il se sentait mis à nu, Tristan devint aigre et revendicateur. Il se mit à reprocher au roi, Aedan, les coups reçus au combat, les échecs et les blessures qui avaient fait de lui un soldat fatigué, en proie à la faiblesse. Il l’accusa elle, de ne pas avoir su le retenir, et il lui fit des reproches continuels sur tout ce qu’elle faisait de travers, comme s’il avait besoin de lui faire sentir qu’elle ne valait guère mieux que lui.Elle resta hésitante à se demander que faire. La honte et le chagrin la repliaient sur elle-même.Finalement, elle vint frapper à notre porte. Ma chère femme, qui était encore sur ce versant du monde, passa de longues heures à l’écouter et à la réconforter. Quant à moi, je suis allé trouver Tristan et nous avons parlé un peu. Je savais que tous les discours ne serviraient à rien, car j’avais déjà vu plusieurs de ses semblables s’endurcir au point de ne plus vouloir vivre en Hautes Landes. Alors, j’ai demandé à Tristan s’il voulait m’accompagner aux frontières du Royaume sans Nuit. Je savais qu’Aedan y viendrait. Il fallait qu’il le voie, qu’il lui parle, et qu’il retrouve le goût des terres de beauté.
– Est-ce que Tristan t’a écouté ? demanda un garçon aux cheveux en bataille, qui s’impatientait de connaître la fin du récit.
– Toutes les histoires ont les fins qu’on leur donne, répliqua le vieux maître. On ne choisit pas les événements qui nous frappent, mais on choisit la manière dont on les traverse. Tiens, Robin, voici deux clés. Chacune d’elles ouvre une porte, soit vers la lumière, soit vers les ténèbres. Choisis-en une et nous verrons. Perplexe, Robin désigna l’une des clés. Elija saisit un codex des annales des Hautes Landes et glissa la petite clé dans la serrure qui scellait le livre. Il y trouva des lignes tracées par la main d’un scribe, dont l’office était de tenir des comptes précis de tout ce qui touchait les habitants de Landemiel. Le vieux conteur entreprit de les lire. « Tristan répondit qu’il n’était pas prêt à un tel voyage. Il se sentait indigne de rencontrer son Roi. J’eus beau lui dire que le Roi serait heureux de le revoir, il remit la visite à plus tard et chaque fois que je lui adressais une invitation, il se rebiffait poliment derrière une nouvelle excuse. On avait besoin de lui aux frontières. Il était fatigué. Le marais avait perdu de son attrait, pourquoi aller déranger le Roi ? Sa femme ne comprendrait pas son absence. En réalité, Tristan ne voulait pas de cette rencontre avec un Roi dont il n’était plus sûr d’être encore le sujet. Maïwenn le pressa de m’accompagner aux frontières du Royaume au-delà des montagnes. Il n’en fit rien. Il se fit plus froid, jusqu’au jour où il lui fit comprendre qu’il n’était plus question de lui parler de son royaume et de son roi. Elle comprit ce jour-là qu’il était devenu étranger aux Hautes Landes et qu’il y vivait encore sans y être de son plein gré.Lui qui avait été l’un des sentinelles d’Aedan, lui qui protégeait les terres contre les incursions du Prince Noir et de ses troupes, il en était venu à nier le danger qu’ils représentaient. Ce n’était plus seulement le marécage et ses relents qui dressaient entre eux des tranchées profondes, mais la manière dont ils vivaient leur allégeance ou leur rébellion au Roi.Ils finirent pas se séparer.
Maïwenn en éprouva de la tristesse, mais aussi un soulagement. Cependant sa confiance avait été profondément meurtrie. Il lui fallut beaucoup de temps pour la retrouver. Elle quitta cette maison qui avait été construite avec amour et dans laquelle elle ne pouvait plus vivre désormais. Tristan s’éloigna de Landemiel, avec un mélange de regrets et d’amertume. Les annales racontent qu’il serait en Astériath. Je ne doute pas que le Roi Aedan continue de le chercher, car il n’est pas trop tard pour rebrousser chemin. Mais il a perdu Maïwenn. Elle a rencontré un homme des Hautes Landes qui lui a redonné courage et l’a épousée. Ils s’aiment et vivent dans un hameau non loin d’ici. Maïwenn est heureuse, mais il lui a fallu beaucoup de temps pour retrouver la confiance brisée. Il y a des blessures qui mettent du temps à cicatriser. »
– Et l’autre clé, qu’ouvre-t-elle ? demanda un autre garçon intrigué.
Elija ouvrit le deuxième codex. Celui-ci est d’un blanc immaculé, comme une page nouvelle où les ratures du passé sont effacées au fur et à mesure que l’histoire est écrite avec Aedan. Un sourire se dessina sur les lèvres du vieux conteur. Il reprit le récit là où il s’était arrêté, au moment où il avait invité Tristan à l’accompagner pour aller à la rencontre du Roi.
– Laquelle de ces fins ont-ils choisi de vivre ? se risqua le plus jeunes des garçons.
– J’ai connu bien des Maïwenn et des Tristan, répondit Elija. Leurs chemins ont été différents. Mais la vraie question, chers amis, c’est ce que vous ferez, vous.
Elija se releva avec un peu de peine, car son vieux corps était engourdi par les douleurs de l’âge. Il se calfeutra dans son épais manteau et ouvrit la porte de la Maison du Pain. Le vent froid et la neige s’engouffraient dans les ruelles de Landemiel. Le vieil homme se retourna et regarda ses jeunes amis qui le remerciaient pour cette histoire étrange aux deux versants.
– Le mieux, dit-il, c’est de garder votre cœur. Ne vous éloignez pas du Roi. Je ne l’ai jamais regretté.
Et il disparut au détour du chemin.
Un conte de Nathania Clark ( publiée précédemment sous le nom Nathania Boschung)
Alauda, « petite alouette », une Aria débordante de vie.
Ce chapitre a été assez difficile à écrire puisqu’il met en scène la chute tragique d’Alauda, une jeune Aria proche du roi au-delà des montagnes avec lequel elle a des liens si forts qu’ils sont ceux d’une relation rêvée entre un père bienveillant et une Aria qu’il considère comme sa fille. En tant que romancière, il m’était pénible de donner la vie à une jeune Aria féconde de vie et attachante et de devoir l’abîmer, en décrivant les mécanismes de sa perte, pour enfin la transformer en ce monstre cynique qu’elle devient au fil des chapitres et des livres. Et je me suis dite que nos éloignements, nos errances et nos rébellions sont aussi source de peine et de souffrance pour ceux qui nous ont donné la vie, aimé, laissé grandir. Pourtant, au commencement, il n’y avait aucune ombre au tableau… L’Aria grandit avec l’assurance parfaite d’être aimée.
Intriguée par le monde des hommes, elle demande la permission de porter au-delà des montagnes le chant d’éveil du printemps inspiré par la bienveillance du Souverain.
« Qu’elle était belle et pure, Alauda, le jour où elle laissa derrière elle les vallées fertiles de sa patrie ! Le Souverain lui confia Adalwin, son fidèle coursier, afin qu’elle traverse les montagnes sans se fatiguer. L’herbe des prairies ondoyait sous la brise et les arbres frémissaient de plaisir à son approche, car elle était vive comme un ruisseau des collines et son chant était doux. » (p.53)
Comment décririez-vous Alauda lorsqu’elle se met en route ? Quelles sont ses motivations ? Comment comprend-elle son rôle ?
Vulnérable, mais pourtant invicible
« A l’approche de la frontière, elle sentit le vent fraîchir. Ce n’était plus le souffle bienveillant de son pays, mais un vent glacé qui venait de la plaine en aval. (…) Pour la première fois de sa longue vie, Alauda se sentit gagnée par un sentiment étrange qui lui glaçait le coeur et nouait ses entrailles. Elle était seule, loin de son peuple, loin de son roi. »(p.54)
Le sentiment de crainte qui pourrait l’envahir est refoulé par sa confiance. « Car j’emporte avec moi la chaleur de mon pays, car je porte sur moi l’empreinte de ma patrie. Dans le froid de l’hiver, je murmure un chant qui me vient de mon père et réveille le printemps ».
Alauda est de fait invulnérable. Du moins tant qu’elle demeure dans cette attitude de fidélité à son souverain. Lors de sa première rencontre avec le Félon, elle a le pouvoir de le repousser, aussi s’éloigne-t-il sans pouvoir lui faire de mal. Pourquoi ? Quels sont les garants de sa protection ?
Mais vient le moment où Alauda, émue par la dévotion des hommes, s’attarde un peu trop longtemps… Son destin est sur le point de basculer. Cet échange avec le Félon illustre bien l’enjeu :
Alauda:- Je ne suis pas une traîtresse à la maison du roi. J’ai seuelement commis un écart de conduite, mais je compte rentrer à l’aube.
Le Prince Noir : – Bien sûr… Tu es venue chercher une dernière fois le frisson de la gloire. Oh Alauda, ce serait tellement dommage de t’en aller sans avoir goûté à l’adoration absolue…
Alauda : -Ils me vénèrent… Ils ne devraient pas, mais ils m’aiment comme si j’étais une déesse. »
Quels sont les choix qui vont la conduire à perdre la protection du roi et à se perdre ?
Quel sentiment la pousse à se laisser « voir » et convoiter ?
Si vous deviez définir par un mot la racine de sa chute, quel serait-il ?
Pouvez-vous voir une similitude entre la chute du Grand Chantre qui devient le Prince Noir ( Dubumaglos) et celle d’Alauda ? Et quelles sont leurs différence ?
Alauda aurait-elle pu se ressaisir et regagner sa patrie ? A quel moment son destin est-il joué ?
Qu’est-ce qui l’empêche de rentrer et de demander pardon au roi dans l’espoir de retrouver le Royaume de beauté ?
Alauda change de nom pour marquer le changement de son identité profonde. Le Félon lui donne le nom d’Archane. Le subtil désir d’être admirée, presque innocent la première fois où elle rencontre un regard admiratif, se mue en une soif de domination qui la ronge. Et son sentiment d’injustice après que le Félon l’ait abusée se transforme en une amertume source de violences.
Archane, Alauda des années après sa rébellion.
Dans l’intimité de votre jardin secret…
Dans l’intimité de votre jardin secret, vous pourriez prendre un moment pour réfléchir à ces mécanismes dans votre existence. Y a -t-il eu des blessures non guéries qui engendrent un peu d’amertume ? Vous arrive-t-il de prendre conscience que cette amertume vous contrôle par moments ? Y a t-il un besoin peut-être légitime, d’être reconnu(e) ? Ou même adulé(e), admiré(e) et que cela est devenu si important qu’il vous est nécessaire ? Et si vous pouviez rebrousser chemin et rentrer à la « maison », retrouver l’innocence perdue, non par un retour à l’enfance, mais par le pardon et la guérison intérieure ?
« On raconte qu’Archane ne s’est jamais remise de sa folie. Elle est déchirée entre la soif de domination et l’amertume d’avoir dilapidé son héritage pour une illusion. Quant à savoir si elle regrette l’Ancien et le royaume de beauté, je ne saurais le dire. Il y a là un mystère si noir que je ne puis le percer, Au-delà des montagnes, on a pleuré la mort d’Alauda, Mais Archane ne cessera jamais d’être une ennemie et je sais, pour ma part, quelle peut être sa cruauté ».