Depuis toujours, l’être humain a eu besoin d’histoires, de fables, de contes et de merveilleux. Chaque culture est riche en récits fondateurs et bien souvent avec une portée symbolique importante. L’histoire ancrée dans l’imagination joue plusieurs rôles: elle divertit d’une part, et permet, d’autre part, de donner un sens à la réalité bien complexe qui nous entoure.
Divertir, éthymologiquement parlant, fait réflérence à la diversion de l’esprit qui trouve une échappatoire à la réalité. La valeur symbolique, quant à elle, comprend un aspect didactique. Les cultures tribales racontaient des histoires aux enfants pour transmettre un sens, une vision de la vie et préparer leurs esprits à adhérer aux valeurs communes.
On trouve également, dans la Bible, les nombreuses paraboles laissées par Jésus, avec une intention de faire réfléchir, d’illustrer une vérité spirituelle, mais de la laisser suffisamment ouverte pour que l’auditeur doive faire un effort afin de se l’approprier.
Le genre fantastique oscille entre ces deux pôles, celui du divertissement qui extrait momentanément le lecteur d’une réalité parfois monotone pour lui ouvrir un univers, un metavers dirons-nous aujourd’hui, qui lui permette de se projeter dans une réalité parallèle. Les jeux en ligne sont venus s’ajouter à la lecture et permettre aux joueurs de devenir les artisans de leur univers parallèle.
A l’époque de CS Lewis déjà, le spleen de l’adolescent en quête de merveilleux travaille ce jeune homme déraciné de sa verte Irlande et confiné entre les murs d’un internat. Dans son livre « Surpris par la joie », l’écrivain se souvient de sa recherche de merveilleux et du plaisir addictif qu’il trouve à ses échappées littéraires. Mais il fait aussi le constat du retour cruel à une réalité qui le blesse encore davantage. « Jusqu’alors, chaque visite de la Joie avait fait du monde ordinaire un désert momentané. Le premier contact que je reprenais avec la terre était presque toujours meurtrier. Même losrque des nuages ou des arbres avaient été à l’origine de la vision, ils avaient jusqu’alors servi seulement à me rappeler un autre monde, et je n’avais pas aimé me retrouver dans le nôtre. » Cette perception, nous l’avons tous vécue quel que soit notre âge et les moyens d’évasion à notre portée. Je reviendrai d’ailleurs sur ce sujet dans un prochain post en lien avec les Fils d’Orbios (La Communauté d’Aedan).
Mais un jour, le jeune Lewis entre en contact avec un livre apparemment proche de ceux de Malory, Spenser, Morris et Yeats qu’il affectionne. Il s’agit d’un conte fantastique écrit par le révérend et romancier Georges McDonald, qui eut à son époque un retentissement comparable à Charles Dickens. A la différence des autre oeuvres dont Lewis était féru, ce livre était imprégné de valeurs positives allant bien au-delà de l’héroïsme, de la bravoure et de la beauté. Son auteur avait voulu transmettre quelque chose que le jeune Lewis allait pleinement comprendre plus tard, tout en étant profondément influencé par ce qu’il lisait. « Les aventures, les bois et forêts, les spectres ennemis, les dames bonnes ou mauvaises, que je découvrais dans ce roman étaient suffisamment voisins de l’imagerie à laquelle j’étais habitué pour m’entraîner sans que je perçoive un changement quelconque, écrit CS Lewis (…) Mais dans un autres sens, tout avait changé. Je ne connaissais pas encore (et je mis du temps avant d’apprendre) le nom de cette chose nouvelle, de cette ombre scintillante qui planait sur les voyages d’Anodos. Je le connais maintenant. C’était la sainteté. »
Le jeune Lewis expérimente alors la présence de la Joie comme quelque chose qui se tient près de lui et l’appelle. La beauté de ce qu’il lit, loin de le laisser désenchanté au retour à la réalité, vient embellir celle-ci, l’appeler à « être », à voir le monde avec des yeux nouveaux.
« Mais maintenant je voyais cette ombre éclatante sortir du livre et planer sur le monde réel, transformant toutes les choses ordinaires tout en demeurant elle-même inchangée. Ou plus exactement, je voyais les choses ordinaires attirées par l’ombre éclatante. Unde hoc mihi? Au milieu de mes infamies, dans l’ignorance alors invincible de mon intelligence, tout cela m’était donné sans l’avoir demandé, sans même y avoir consenti. Cette nuit-là mon imagination fut, en un certain sens, baptisée; pour le reste de ma personne, il fallut, naturellement, plus de temps. Je n’avais pas la moindre idée de ce qui m’attendait lorsque javais acheté Phantastes,» écrit-il encore.
La puissance du récit imaginaire est bien réelle et peut marquer profondément l’esprit pour le meilleur ou le pire, bien entendu. Ce genre littéraire, resté longtemps l’apanage des Anglos-saxons, s’est répandu en francophonie avec le succès rencontré par les oeuvres de Tolkien (Le Seigneur des Anneaux, le Silmarilion) et la série de Narnia écrite par CS Lewis et dont on comprend bien la portée en lisant ses propos. Il s’adresse d’ailleurs aussi aux lecteurs adultes dans d’autres romans, comme la Trilogie cosmique pour n’en citer qu’un.
Les rayons des librairies sont se garnis de centaines de livres fantastiques et les jeux en ligne ne sont pas en reste. Dans ma modeste démarche d’auteur, c’est bien la vision de Lewis qui m’anime. La trilogie du Royaume au-delà des montagnes permet de rejoindre cette soif d’aventure épique et de merveilleux tout en proposant un reflet de notre réalité. Toi, le lecteur, tu peux devenir l’un des héros de ton histoire, à la suite de Joachim, Vanya, Dilico, Elanis, Gweled ou Ninatis. Le retour à la réalité , je l’espère, sera enthousiasmant, porteur de défis, et interpellant.
A l’image du lecteur de l’épilogue du Royaume au-delà des Montagnes, tu seras peut-être tenté de suivre Joachim sur l’autre versant du monde, à la frontière des terres immortelles. Et comme lui, te dire qu’il n’y a rien de passionnant autour de toi, rien qu’une ville ordinaire, sans Roi ni royaume; rien hormis ce décor quotidien, cette inertie. Inertie… c’était là le sentiment précis de Joachim à l’aube de sa quête.
Alors si mon récit t’invite à te mettre en route, ou à retrouver les forces pour ton chemin de vie, s’il crée une étincelle, un désir de partir à la découverte du Royaume au-delà des montagnes, j’en serai heureuse.