La Porte du Soi. Chapitre six

Chapitre six: Sursaut des ombres et révélation

Ensemble, ils traversèrent les hauts plateaux au galop. Arielle goûtait à l’ivresse dont elle avait toujours rêvé. Le vent fouettait sa chevelure rousse et pour une fois, elle était heureuse de mettre sa confiance dans quelqu’un d’autre dont elle ne redoutait pas d’être d’être déçue.

Ils atteignirent les premiers contreforts de la chaîne montagneuse sans que le cheval d’Aedan ne montre le moindre signe de fatigue. Le soleil déclinait sur l’horizon quand le roi s’arrêta devant un immense champ de statues de pierres brisées.

– Nous y sommes, dit-il en sautant à terre. Autrefois, il y avait ici un mur formé de statues innombrables, toutes à l’image des hommes et des femmes qui ont foulé ce versant du monde.

Les effigies de pierre étaient d’un réalisme époustouflant. Arielle reconnut certains visages qui lui parurent familiers, d’autres inconnus venant d’un autre âge.

Le roi pressa le pas et s’arrêta devant une statue brisée gisant sur le sol au milieu des autres. Quand Arielle la vit, elle eut un choc. Une douleur vive parcourut sa colonne vertébrale et lui noua les entrailles.

– C’est moi !, murmura-t-elle d’une voix blanche.

– Oui, c’est toi. Tu vois, la muraille qui s’élevait ici bloquait l’accès du Royaume sans Nuit. Nul ne pouvait franchir le mur de pierre. Celui-ci était fait de tous ces « moi » rebelles et endurcis. Même les braves gens, ceux qui pensaient faire quelque bien, se trouvaient parmi les obstacles au Royaume, car aucun ne connaissait le chemin qui mène au Souverain. Dans les temps Anciens, il y a eu des hommes et des femmes avec qui j’ai fait une alliance et ce sont eux qui ont vécu ici, en Hautes Landes. Ils ont attendu le jour où j’ai ouvert le chemin que tu vois ici pour que tous ceux qui mettent leur confiance en moi puissent entrer dans le Royaume de beauté.

Les terres de beauté

– Et comment ce mur a-t-il pu être détruit ? risqua la jeune femme.

– Il a fallu que je meure sur l’Arbre du Pendu. Le Félon, que vous appelez Chambellan, a cru célébrer sa victoire car j’étais l’unique menace pour son emprise sur le monde. Mais il ignorait que ma mort allait ouvrir un passage que nul ne peut fermer. Il ne s’attendait pas à ce que je revienne à la vie.

– Alors, que veulent dire toutes ces statues de pierre ? Pourquoi suis-je là, fracassée ?

– Parce que cette statue n’est rien d’autre que ce « moi » qui colle à ta peau et dont tu as besoin de te défaire.

Arielle demeura pensive un moment.

– Est-ce que tu parles de mon désir d’être quelqu’un d’autre ?

– Je sais que tu penses être prisonnière d’un corps de femme, imaginant être tellement plus en paix si tu étais un homme. Mais non, ce « moi » qui fait obstacle à la vie que je veux te donner, c’est l’entier de ta personne. C’est la petite bergère blessée qui lutte pour survivre, c’est le rêve d’être un guerrier, c’est la jeune Arielle qui erre dans le palais des glaces à la recherche de son identité. Je voudrais que tu puisses renaître à la vie à travers moi.

– C’est étrange, remarqua la jeune femme. Tu parles de renaître à travers toi comme si c’était aussi simple que de passer la porte du Soi dans ce palais des illusions. J’ai peur d’échanger une chimère contre une autre….

– Je comprends, mais il est nécessaire que tu aies confiance en moi. Tu as raison, Arielle, je suis la porte qui mène à la vie, Je suis le chemin qui conduit aux terres immortelles, et il est facile de passer la porte. Cependant il est difficile pour les hommes et les femmes de laisser leur « moi » sur ce tas de décombres et d’embrasser la vie nouvelle que je leur donne. Ce qui rend cela difficile, c’est que la confiance engendre l’obéissance. Et l’obéissance est un mot qui fait peur dans le monde d’en bas.

– Oui, c’est vrai, j’ai peur… Si j’accepte, je prends le risque de passer une éternité à souffrir dans un corps qui me semble étranger…. C’est comme si tu me demandais de faire un pas à l’aveugle avec le risque de tomber dans le néant.

– Il n’y a pas de néant où je suis. Je suis la plénitude, la vie, le chemin. Un jour, vous passerez avec moi la frontière des terres de beauté et tous les tracas de ce monde ne seront plus qu’un vieux souvenir. Tu as entendu ce que j’ai dit à Adeline. Son fils aura oublié l’étroitesse de ce corps qui le tient captif d’une certaine manière. Tout sera restauré. Il n’y aura plus de larmes.

– Mais d’ici là….

– Le Félon use encore du droit que les hommes lui ont donné pour les gouverner. Toi, tu peux choisir de recevoir l’identité que mon Père le Souverain au-delà des montagnes t’a donnée. En bas, ils disent qu’on te l’a assignée. Non. C’est un langage qui sent la geôle et les serrures, le contrôle et la révolte. Dans le Royaume de mon Père, on n’assigne pas. On donne. Il t’a donné la vie et tu as reçu le don de la féminité.

– Arrête ! Je ne peux pas entendre ce mot sur moi, objecta Arielle avec une soudaine violence. Je ne peux pas, entends-tu ? Je ne veux pas être enfermée dans ce cocon. Reprends-toi ma grande, ne laisse pas ces bergers des Hautes Landes et leur roi te mettre sous leur coupe ! Tu étais partie en quête de toi-même et tu y étais presque… Non, Aedan est tout ce que je veux… Laisse-moi tranquille,,,, J’ai besoin d’air…

En écoutant le combat que se livraient Arielle et l’ombre qui l’habitait, Aedan savait qu’elle était liée dans son esprit par quelque chose de plus fort que sa propre volonté. Cette force obscure n’était autre que les ombres du Félon lui hurlant leurs odieux mensonges dans un dernier effort pour la posséder. Alors il fit ce que tout roi devrait faire quand l’un de ses sujets est en danger. Il dégaina son épée et la planta aux pieds d’Arielle.

– Ceci est mon territoire et j’ai payé de mon sang pour que cette jeune femme puisse vivre. Toi, Félon et ta cohorte de serviteurs de l’ombre, je t’ordonne de la laisser partir à l’instant.

Puis, de sa main, il déchira l’invisible cocon tissé de fils d’amertume, de douleurs, de peurs et de rébellion qui tenait captive la jeune femme.
Arielle ne pouvait voir ce qui se passait uniquement avec les yeux de son esprit. Elle sentit l’étau se desserrer et la lumière lui parut soudain plus vive.

– Maintenant, dit le Roi, c’est à toi de choisir si tu veux me faire confiance. Tu goûtes à la paix que j’apporte, mais il est nécessaire que tu choisisses la confiance et l’obéissance, sans te soumettre à ce que tu ressens. Ton ressenti te tient prisonnière. Laisse-le ici sur ce tas de débris et sois libre.

Cette demande allait à l’encontre de tout ce qu’elle avait entendu. La sagesse du monde d’en bas proposait d’être à l’écoute de soi et de rejeter comme toxique tout ce qui pouvait contredire la vérité des sentiments. Pourtant Arielle sentait bien que c’était l’unique façon de sortir de ce marasme intérieur.

Elle avait tenté de concilier son moi blessé avec un rêve qui n’était qu’une illusion.

Maintenant, elle pouvait laisser ce « moi » sur ce tas de ruines et embrasser la nouvelle identité que lui donnait le Roi. Aedan lui dit encore :

– Chaque être humain qui appartient au Royaume sans Nuit a dû laisser ici cette nature humaine qui fait obstacle à la vie du Royaume. Aucun n’a jamais pu entrer sans comprendre que son « moi » doit mourir. Il s’agit de passer la porte du Soi en sens inverse. Quitter le monde d’en bas pour entrer sur mes terres : je t’y accueille, bien-aimée Arielle, fille du Royaume au-delà des montagnes. Tu étais étais une bergère, et tu as pris soin des agneaux. C’est une noble tâche. Tu es aussi une lionne, qui rugit pour protéger les petits, comme tu l’as fait dans le palais des glaces où tu t’es dressés contre l’ignominie.

Tu as longtemps ressenti en toi cet appel à te dresser et rugir contre l’injustice, mais le Félon t’a fait croire qu’il te fallait devenir quelqu’un d’autre pour y parvenir. Il a utilisé tes blessures pour te faire mal et te faire douter de la beauté ta personne.

Moi je dis que tu es Arielle, puissante comme une lionne et douce comme la bergère. Regarde-toi désormais avec mes yeux. Je t’aime.

Une joie nouvelle inondait le cœur d’Arielle. C’était comme une aube nouvelle, l’espérance d’une vie qui ne lui était pas assignée, mais offerte, avec pour débouché l’immensité des terres immortelles et la plénitude intérieure.

De tous, ce furent ses parents qu’elle alla trouver, qui se réjouirent au-delà des mots de cette transformation. Quand sa mère la vit, elle la serra de toutes ses forces dans ses bras

et laissa la peine qui l’avait taraudée depuis des années. « Ils n’ont pas pu me prendre ma petite fille » furent ses premiers mots. Arielle avait hâte de leur parler du Roi.

Il faudrait aussi tout l’amour de Vanya, l’épouse de Joachim, et le soutien des habitants de Landemiel pour la conforter dans cette transformation, surtout les jours où elle n’entendait pas la voix d’Aedan et que les mensonges du Félon se frayaient un passage dans son esprit.

Mais Arielle apprit à les reconnaître et à leur imposer le silence… Surtout, elle apprit à s’aimer. Quand l’image que lui renvoyait le miroir la heurtait, elle se disait que le Roi avait une affection sans limite pour cette jeune femme qu’elle apprivoisait petit à petit. Alors elle se disait :

« Bonjour Arielle, fille du Roi, qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? » Elle entendait la douce approbation du Souverain des montagnes. Puis elle attachait à sa ceinture l’épée que le Roi lui avait donnée, et elle partait d’un pied ferme sur les chemins qu’il avait tracés pour elle, flamboyante, humble et courageuse.

En la voyant passer, d’aucun se disait : « Quelle femme extraordinaire ! »

Fin

La Porte du Soi. Chapitre cinq

Chapitre cinq: Aedan

C’est par un matin d’été qu’ils se mirent en route. Thibault était rentré retrouver l’enfant qu’il avait laissé aux bons soins de Vanya, la femme de Joachim. Adelane accepta l’invitation de Joachim à se joindre à eux. Il pensait quel la présence rassurante d’une femme serait la bienvenue.

Et puis elle sentait bien qu’elle avait besoin de retourner à l’Arbre du Pendu. Le Roi Aedan n’avait jamais passé la porte du Soi. Il s’était offert à ses bourreaux, comme l’ultime don de ce soi qui retient tant d’hommes sur le versant sombre du monde. Il leur avait ouvert un chemin.

Malgré l’impression de la jeune Arielle, cette marche n’avait rien d’un pèlerinage ordinaire. L’Arbre n’était pas une relique d’un lointain passé. Et lorsqu’ils atteignirent le lieu sacré, elle fut surprise de voir que l’arbre frissonnait dans la brise du matin. Des oiseaux s’agitaient dans ses ramures. Rien ne rappelait la mort, mais des bouquets de fleurs étaient déposées ça et là en guise de reconnaissance.

Joachim promena son regard aux alentours, inspira un grande bouffée d’air et s’agenouilla en silence pour remercier le Roi et lui demander de se révéler à la nouvelle venue.

Une certaine anxiété émanait d’Adelane qui semblait un peu nerveuse de revenir en ce lieu pourtant familier. Elle s’approcha de l’arbre et promena sa main sur l’écorce centenaire, pleine d’aspérités rugueuses.

– Pardonne-moi, mon Roi, dit-elle en se laissant fléchir sur les racines ancrées profondément dans le sol des Hautes Landes. Pardonne-moi. J’ai besoin de revenir à toi.

Arielle regardait l’arbre en s’efforçant d’imaginer la mort de ce jeune homme, alors connu sous le nom d’Aedan, et qui était devenu le Roi des Hautes-Landes. Mais comment saisir cette ferveur qui les animait tous, alors qu’elle ne voyait rien d’autre qu’une prairie ondulant sous la brise, avec, au milieu, un arbre plein de vie ? De plus, le Roi qu’ils aimaient tant était reparti, depuis longtemps, vers les terres immortelles dont elle ne savait presque rien. Ils disaient qu’il reviendrait, un jour, les emmener avec lui, mais rien ici ne laissait présager d’une réalité autre que celle que ses yeux percevaient.

Elle pensa qu’elle faisait fausse route et qu’il valait mieux rentrer, lorsque Joachim pointa quelque chose en mouvement à l’horizon. On vit bientôt une bannière blanche et or flotter dans le lointain.

– C’est lui, dit Joachim, avec un sourire réjoui. Je savais qu’il viendrait.

Aedan, dessin réalisé par Océane Boschung

La troupe d’Arios qui accompagnait le Roi s’arrêta à quelque distance et le souverain mit pied à terre.

Il était magnifique, au-delà de tout ce qu’Arielle aurait pu imaginer. Il rayonnait de l’intérieur de telle façon que tout le reste semblait terne en comparaison.

– Joachim, dit le Roi, je t’ai entendu. Je suis venu pour vous rencontrer. Merci, mon ami, d’être toujours à l’écoute et prompt à ramener vers moi ceux qui se perdent sur les routes d’Astériath.

L’accolade que le Roi donna à Joachim sembla effacer toute la fatigue que ce dernier avait accumulée durant son service pour le Roi. Ce dernier s’approcha d’Adeline dont il percevait l’embarras.

– Je suis heureux que tu sois revenue, commença-t-il.

– Pardonne-moi, murmura-t-elle dans un sanglot. J’ai été prise d’une sorte de folie que je regrette amèrement. Mes yeux se sont ouverts et j’ai vu que ce que je prenais comme un droit n’était en fait qu’une rébellion insensée contre toi.

– Éprouves-tu de la colère envers moi ? demanda-t-il avec douceur.

– J’ai eu l’impression que tu avais été injuste envers Thibault et moi, car nous étions à ton service et tu ne nous a pas épargné la naissance d’un enfant infirme. Je sais que je ne devrais pas ressentir cette amertume, mais certains de tes serviteurs nous avaient pourtant dit que tu exaucerais les désirs de notre cœur pour autant qu’ils soient bons. Ils nous avaient dit que nous serions prospères….

Une expression de colère traversa le visage d’Aedan. Elle n’était pas dirigée contre cette femme qui osait enfin exprimer l’amertume qui l’avait rongée depuis longtemps.

– Il y a des gens qui parlent en mon nom, mais que je n’ai pas envoyés avec un message trompeur. Ceux-ci vous invitent à passer la porte du Soi en prétendant qu’elle est ancrée dans mon royaume. Mais elle ne l’est pas ! dit-il en appuyant chaque mot. Quand comprendrez-vous que mon Père est bon et qu’il sait exactement ce qu’il fait ? Quand cesserez-vous de vouloir vous accomplir en profitant de ma mort pour vous construire un empire bâti sur votre égoïsme et vos mensonges ?

En disant ces mots, Aedan parlait d’une voix forte, en direction de la plaine où s’étendaient les royaumes des hommes. La troupe d’Arios qui était restée en retrait salua ces paroles de leurs voix fortes. Ils savaient que le temps où le Roi reviendrait prendre autorité sur le monde des hommes approchait. Et ils savaient que ceux qui trompaient les hommes au nom du Roi seraient jugés les premiers.

Aedan se retourna vers Adeline et lui parla avec douceur.

– Ton enfant, Aedo, est accueilli au nombre de mes valeureux soldats au même titre que toi, Thibault ou Joachim.

– Mais il ne peut pas combattre, reprit la femme que cette parole étonnait.

– N’ai-je pas dit que celui qui veut entrer dans le royaume de beauté doit être semblable à un petit enfant ? Il doit avoir confiance. Aedo me connaît. Je lui rends visite quand tu n’es pas là. Il sait qui je suis. Sur ce versant du monde, il est le témoin de la valeur que je vois en tout être humain. Il est la joie confiante qui réjouit mon cœur. Et toi, tu es appelée à l’honorer comme tel. Je veux te donner mon regard afin que tu puisses ouvrir les yeux des aveugles. Écoute ces voix funestes qui s’élèvent en Astériath. Ces voix orgueilleuses qui prétendent faire de l’homme un demi-dieu…. Ils essaient de rebâtir la tour astère, non avec des briques, comme autrefois, mais avec leur connaissance stérile et égoïste. Et pour cela, ils sont prêts à sacrifier des enfants. Toi, ma fille, mets ton espérance dans le Royaume qui vient. Regarde, ton fils sera debout, fort et vaillant dans l’armée qui viendra reprendre ce que le Félon a volé. Il saura que c’est moi qui l’affermirai. Peux-tu accepter, pour un peu de temps, de remplir cette mission que je t’ai confiée, afin que mon amour envers ceux qui souffrent soit manifesté et que chacun puisse savoir que le Roi les aime et viendra les chercher ?

– Oui, mon Seigneur, répondit Adeline avec détermination.

Son visage était baigné de larmes, mais c’était la joie du soulagement. Aedan la serra contre lui et ajouta :

– Je vois chaque geste que tu accomplis jour après jour, à l’écart des autres, dans le secret de ta maison. Je vois le soin que tu prends de lui. Gestes sans gloire, dis-tu ? Non, ils sont les gestes d’amour qui reflètent ma tendresse mieux que bien des discours. Si tu savais combien je t’aime et combien j’aime Thibault ! Il est maintenant avec votre enfant et j’entends les chants qu’il lui chante et le rire de ton petit. Va les rejoindre en paix.

Le Roi s’approcha d’Arielle qui n’avait rien perdu de ses paroles. Il était majestueux. Une bonté mêlée d’une extraordinaire pureté émanait de toute sa personne. Elle sut instantanément qu’il était digne qu’elle reçoive de lui la raison même de son existence. Le reflet flamboyant qui l’avait attirée dans le palais des glaces paraissait fade et vide en comparaison. Il n’avait plus d’emprise en face de ce Roi qui incarnait tout ce qu’elle aurait voulu être.

– Arielle, je voulais te rencontrer, commença-t-il.Je sais que c’est grâce à toi que Thibault et Adeline n’ont pas franchi la porte du Soi, cette porte maudite qui ouvre sur une geôle dont le Félon a le secret. Tu as été, sans le savoir, ma messagère à cet instant précis où la tentation était si forte. Je t’en remercie, dit-il avec bonté. Je t’ai vue comme une guerrière, te lever avec courage face à cette femme aux ordres du Félon qui, comme une araignée, tente d’attraper des proies dans sa toile de persuasion. Mais tu as tranché les fils, par le courage de ta parole. J’ai vu en toi ce que le Souverain mon père t’a donné et qu’il veut utiliser si tu acceptes de lui confier ton existence.

– Tu ne le sais pas, mais je t’ai aussi vu pleurer. Je t’ai connue avant même que tu ne viennes au monde. Quand tu étais tissée dans le ventre de ta mère, mon Père et moi nous réjouissions de cette petite fille qui allait voir le jour et pour laquelle nous formions de merveilleux projets. Et puis je t’ai vue grandir… Il y a eu cette personne que nous avons envoyée dans ton village pour vous inviter à me connaître, mais tu n’es pas venue. Tu gardais les moutons.

Aedan s’arrêta.

– Il faut que je prenne du temps avec cette jeune femme, annonça-t-il à Joachim et Adeline.

Il y a des choses qui ne peuvent être exprimées qu’entre elle et moi. Joachim, attends-nous ici. Je te la confierai à notre retour et ta femme, Vanya, saura prendre soin d’elle.

Puis Aedan emmena Arielle pour une marche dans la prairie. Ils écouta les moments douloureux que la jeune femme avait connus et les pulsions qui s’étaient peu à peu installées si profondément en elle qu’il lui semblait maintenant impossible de s’en défaire. Aedan connaissait bien cette douleur et les combats intérieurs que la jeune femme avaient menés tant et si bien qu’elle était épuisée. Il savait aussi la part de rébellion qu’elle avait nourrie plus ou moins consciemment envers sa famille et le Souverain des montagnes.

– Sais-tu que j’étais prince du royaume sans nuit avant de venir sur ce versant du monde ? demanda Aedan. Devant l’ignorance d’Arielle, il poursuivit. J’étais là quand mon père et moi avons dessiné ces montagnes et ces vallées, la clarté du soleil et la profondeur de la nuit. Nous avons jubilé en créant ce monde rempli de couleurs et de diversité. Et notre joie fut à son comble quand nous avons donné le souffle de vie à Orbios et Sentice, les premiers êtres humains à fouler cette terre. Ils étaient destinés à régner sur ce royaume avec nous. Lorsque nous les avons formés, nous leur avons donné à chacun un trésor et un appel de vie bien distinct. L’un était homme et l’autre femme, pour refléter la plénitude de notre image. Mais le Prince Noir, ce félon tortueux, n’a eu de de cesse de tenter de briser cette harmonie depuis qu’il s’est lui-même rebellé. Et l’une des nombreuses ruses dont il use est de vouloir brouiller le jour et la nuit, le clair et l’obscur, le bien et le mal. Il irait faire croire à un poisson qu’il est fait pour vivre hors de l’eau et persuader un papillon que sa place est dans la rivière. Il a même réussi à vous faire croire que vous n’avez pas reçu de moi votre identité. Je les entends, en ce moment, revendiquer leur droit à se choisir leur destinée, comme s’ils n’avaient pas besoin de se trouver en nous.

– La plupart d’entre nous pensons que tu n’es qu’un roi de légende, implacable garant d’une morale qui ne sert que les puissants pour dominer les faibles et tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans l’ordre du monde. Nous pensons qu’il faut nous éveiller afin de sortir du carcan des constructions sociales qui nous sont imposées depuis des siècles. C’est en tout cas ce que je pensais jusqu’à aujourd’hui…

– L’ordre du monde tel que tu le vois n’est pas l’ordre vivant, juste et merveilleux que nous avons voulu. Cependant nous vous laissons libres de choisir. Nous aurions pu établir Orbios et Sentice dans une combe sans porte de sortie. Or nous les avons laissé choisir et ils ont préféré écouter le Félon. Le Prince Noir leur promettait précisément de s’éveiller, de découvrir le dieu qui sommeille en chacun d’eux… Il n’a fait que distiller la mort et le mensonge. Ils ne se sont pas éveillés. Ils se sont laissé piquer par la morsure du serpent. Et rien n’est nouveau sous le soleil. La vieille ruse fonctionne toujours. Si tu choisis de repartir et de passer la porte du Soi, je te laisserai partir. J’en éprouverai un immense chagrin, parce que je sais dans quel néant, sous quelle emprise, tu te placeras de ton plein gré. Mais si tu restes et si tu me fais confiance, alors je t’ouvrirai un horizon nouveau, je te conduirai jusqu’au jour où tu passeras le col qui mène sur les terres de beauté où tout sera réconcilié, tout sera guéri, à jamais.

Il regardait vers les montagnes où le passage était ouvert depuis qu’il s’était offert à l’Arbre du Pendu. Son sourire reflétait la lumière de ce pays sans nuit où la lumière douce et bienfaisante caressait un monde qu’il connaissait bien.

– Je voudrais te montrer quelque chose, reprit Aedan. Permets-tu que je t’emmène avec moi ?

– Oui, je voudrais voir par tes yeux, répondit humblement Arielle qui ne doutait plus pouvoir lui faire confiance.

Il lui présenta son cheval, et Arielle sauta en croupe à la manière d’une guerrière. Le roi savait qu’elle n’aurait pas besoin d’aide pour se hisser prestement sur la monture royale, car elle était telle que son père l’avait imaginée, une guerrière pour la justice, un peu à l’étroit dans son rôle de bergère.

La Porte du Soi. Chapitre quatre

Chapitre quatre: Rowan

Arielle se réveilla à l’aube et constata que les autres étaient debout.

  – Nous allons partir avant le lever du soleil, dit Joachim en souriant. Cela vaudra mieux pour éviter les patrouilles astères.

  -Que risquons-nous vraiment ? Nous n’avons rien fait que de visiter le palais des glaces et d’en ressortir…

  -Oui, mais notre départ nous rend suspects, fit Thibault qui venait de terminer ses ablutions. Tu as vaillamment tenu tête à Opale et je ne pense pas qu’elle ait aimé ça.

  -Et puis ils ont identifié Adelane et Thibault comme des dissidents des Hautes-Landes, poursuivit Joachim.

  -Et cela fait-il de vous des hors-la-loi ?

  -Tu ne crois pas si bien dire ! Quiconque n’adhère pas aux valeurs du Grand Chambellan est un traître en puissance pour ce pouvoir impie, reprit Joachim. Le simple fait d’avertir quelqu’un du danger de passer la Porte du Soi est déjà un crime de « lèse-majesté ».

Arielle ne répondit rien, mais elle avait entendu décrier ces passeurs qui avaient encouragé des gens comme elle à les suivre en Hautes-Landes. Certains étaient revenus brisés, disaient-ils. Arielle ne savait pas au juste pourquoi, mais les exigences du roi semblaient inatteignables et cause de désespoir. Le Chambellan voulait protéger ses citoyens et il interdisait aux dissidents de venir en Astériath promettre les terres de beauté quand la liberté se trouvait dans sa ville, avec pour seule exigence, celle de franchir la porte du Soi sans se laisser entraver par l’obscurantisme de ce peuple des hauts plateaux.

  -Tu viens avec nous ? demanda Joachim.

Arielle regarda le chemin qui l’aurait ramenée à Aigues-Vertes, dans son pays natal. Elle pensa à sa famille et eut envie de les revoir, mais elle ne pouvait envisager de rentrer comme elle était partie. Il fallait aller de l’avant, d’un côté ou de l’autre, mais choisir sa direction. Astériath allait se réveiller sous un soleil étincelant. Le palais des glaces ouvrirait bientôt ses portes et la tentation était forte d’y retourner pour retrouver ce reflet séduisant qui allait calmer son mal. Elle craignait de suivre ses compagnons et de se trouver piégée, aliénée, entravée dans la liberté de sa conscience.

Mais Joachim, Thibault et Adelane attendaient sa réponse sans la moindre pression. Elle était forcée de reconnaître que c’était le pouvoir astère qui mettait tout en œuvre pour retenir dans ses filets ceux qui voulaient s’aventurer en Hautes Landes. Non l’inverse.

Alors elle décida de prendre le risque de suivre la troupe. Elle pourrait toujours revenir sur ses pas, si jamais cela tournait mal.

C’est ainsi que la petite troupe se mit en marche aux premières lueurs de l’aube. L’air était vivifiant. Une chaude journée d’été s’annonçait et tous avaient hâte d’emprunter le sentier qui les mènerait vers les hauts plateaux où la chaleur était moins pesante et l’atmosphère plus fraîche.

Ils atteignirent rapidement les premiers contreforts des montagnes par un chemin serpentant entre les bouleaux et les sapins, à l’abri des regards. C’était encore tôt le matin lorsqu’ils arrivèrent au Pas du Rocher, cet étroit défilé menant en Hautes Landes. Les trois compagnons savaient que ce passage incontournable était dangereux. C’était un point de passage férocement gardé par les patrouilles astères qui tentaient d’empêcher les citoyens de la Cité de gagner la terre des rebelles au pouvoir d’Astériath.

Joachim l’avait franchi maintes fois et il en connaissait les moindres failles et saillies dans le roc. Il équipa Arielle d’une cape de feutre gris et chacun s’enveloppa de la sienne, de sorte à se fondre dans la grisaille des parois rocheuses. Le guide évita le sentier tout tracé pour les conduire dans un dédale de rocs et prit garde de rester en dehors de la vision des rares sentinelles qui étaient à leur poste à cette heure matinale. Ils passèrent sans encombre le défilé rocheux.

  -Bienvenue en Hautes Landes, annonça Joachim avec un franc sourire.

Arielle lui répondit par une expression mitigée où se mêlait le soulagement d’avoir échappé à la garder astère et l’appréhension d’une terre nouvelle contre laquelle on l’avait largement prévenue.

Pourtant la beauté sauvage des Hautes Landes la captiva dès les premiers pas. Le torrent bondissant dans la verte vallée, les hautes herbes parsemées de fleurs aux couleurs vivres, le ciel limpide et le parfum des sapins, tout l’incitait à découvrir cette contrée dont
se moquaient les Astérians si fiers de leur civilisation.

Ils s’arrêtèrent en chemin vers une cabane faisant office de relais sur la route vers Landemiel. Les pèlerins pouvaient s’y reposer et reprendre des forces.

Étrangement, parmi les voyageurs, le regard d’Arielle fut attiré par un jeune homme androgyne dont elle perçut immédiatement qu’il avait quelque chose en commun avec elle. Comme Joachim et ses compagnons de route conversaient avec des connaissances, elle en profita pour s’asseoir à la table du jeune homme. Il s’appelait Rowan et semblait accueillant. Si les traits de son visages étaient résolument ceux d’un homme, Rowan cherchait à l’évidence à maintenir le flou, tant par ses vêtements que par son allure générale.

La conversation s’engagea rapidement entre les deux jeunes gens qui savaient décrypter les codes dont ils partageaient plus ou moins consciemment la clé.

Joachim n’avait rien perdu de la scène, mais il décida de ne pas s’immiscer de suite dans la conversation d’Arielle et de Rowan.

-Est-ce ton premier voyage en Hautes Landes ? questionna le jeune homme.

-Oui, nous venons juste de passer la frontière, répondit Arielle. Je n’avais pas du tout prévu de venir ici, ajouta-t-elle en riant. C’est une drôle d’histoire…J’étais dans ce Palais des glaces et….

– Merveilleux palais, coupa Rowan. Un vrai labyrinthe avec ses pièges et ses trésors ! Le tout est de ne pas s’y perdre.

-Tu y es allé ?

-A plus d’une reprise… Il m’a fallu du courage pour redescendre en Astériath et oser me confronter à moi-même. J’ai grandi dans ce pays de bergers et j’ai éprouvé le besoin de me trouver, loin des ombres des héros d’antan. Ceux qui sont venus ici ont dû braver les leurs pour oser partir et fonder ce pays. Aujourd’hui, je sens que c’est à moi de suivre leur exemple et de m’affranchir de ce manteau qu’on m’a attribué à la naissance, pour devenir ce que je veux être, sans avoir de compte à rendre à quiconque.

-Mais votre roi, qu’en dit-il ? Te laisse-t-il partir sans te retenir ?

-Aedan est un roi merveilleux et incompris. Je l’aime énormément, reprit Rowan enhardi.

-Alors pourquoi pars-tu ?

-Je pars pour mieux revenir. Cette terre a besoin de se réveiller. Ces gens ne comprennent pas. Aedan est venu pour nous affranchir de l’asservissement à Astériath et certains ici semblent croire qu’il veut nous enfermer dans un système de lois écrasantes. Le seul désir d’Aedan est de nous voir heureux et libres. Il sait que je ne suis pas taillé pour être l’un des hommes de ce pays. Tout me porte à devenir autre chose. Pourquoi voudrait-il que je reste enfermé dans cette apparence qui n’est qu’une illusion mensongère. Le roi chérit la vérité. Ma vérité c’est que je ne peux pas être l’homme que tous croient voir en moi.Je serai tellement plus libre et tellement plus heureux si je pouvais l’aimer en étant la femme que je voudrais être.

Arielle était troublée par ce qu’elle venait d’entendre. En plaine, chacun disait que ce peuple de bergers des Hautes Landes était soumis à un Roi dont les lois intransigeantes étaient certes imprégnées de bonté, mais très exclusives. Or Rowan lui disait qu’il n’en était rien.

-Je suis entré dans le palais des glaces, la première fois, chargé de honte et de remords. J’avais l’impression de transgresser un interdit et de m’exposer au souffle du dragon, se souvint-il en riant. En fait, j’ai vu le reflet d’Aedan dans l’un de ces miroirs. Il m’a dit de franchir la porte qui me tenait du mauvais côté de mon existence. Il était aussi doux qu’un agneau. Sa voix était cependant différente de celle que je connaissais de mon enfance. Il me disait que les temps avaient changé et qu’il était temps de relire les manuscrits anciens avec un esprit plus ouvert et un œil critique. Le reflet d’Aedan m’a rappelé combien j’avais souffert. Il m’a dévoilé tous les manquements du peuple des Hautes Landes et j’ai vu combien j’étais rempli d’amertume pour toutes les fois où j’avais été blessé. Alors il m’a dit qu’il ne tenait qu’à moi de franchir la porte et m’en affranchir. Aedan n’est plus en Hautes Landes. Tout ce qui cherche à te culpabiliser est un poison toxique pour toi, Arielle.

-Es-tu en train de me dire que votre Roi est en Astériath ? Ses sujets y sont traqués… J’ai vu les ombres malfaisantes de ce palais des glaces, objecta Arielle.

-Non, ce que je suis en train de te dire, c’est que l’ennemi est autant dans les geôles d’Astériath que dans ce pays engoncé dans des lois et des coutumes qui font le jeu du pouvoir astère. Le Prince Noir, que tu appelles encore le Grand Chambellan, se cache autant dans les mensonges de la civilisation astère que dans la bienséance de ce peuple pétri de principes et de dogmes. Aedan est ailleurs. Il pardonne, il accepte, il ouvre le chemin des terres de beauté et il t’invite à suivre la vérité que tu ressens au plus profond de toi-même, celle qui ne te déchire pas entre ce que tu es et ce que tu voudrais être… La vérité qui t’apporte la paix du non jugement.

Arielle aspirait de toutes ces forces à cette paix qui lui manquait cruellement. Elle aurait voulu la saisir au vol, la respirer et faire enfin la paix avec elle-même. Elle se dit que peut-être le Roi des terres immortelles avait permis cette rencontre imprévue pour la libérer et lui donner la liberté de retourner dans le palais des glaces, avec sa bénédiction, et de franchir la porte du Soi en sachant que c’était sa volonté pour elle et que rien ne devait la retenir.

Or Joachim, qui avait surpris la conversation, s’approcha et posa un pichet de cidre sur table de chêne.

-Je te rejoins sur un point, Rowan, dit-il. Il y a, en Hautes-Landes, des bastions contrôlés par le Prince Noir. Nous ne sommes pas à l’abri de son pouvoir malfaisant. Et il est vrai que certains lieux se barricadent dans les dogmes et les traditions sans laisser le Roi entrer et venir bouleverser ce qui doit l’être. Cependant, le Roi n’est jamais revenu sur sa parole. Il ne fait pas d’erreur. Ce reflet qui semblait doux comme un agneau dans le palais des glaces et qui se cachait derrière son reflet n’était pas Aedan. C’était un artifice du Félon. Pour en avoir le cœur net, mes amis, il vous faudrait rencontrer le Roi lui-même. Je voudrais emmener Arielle avec moi à l’arbre du Pendu, là où Aedan s’est révélé à moi la première fois.

Arielle s’enquit du regard des intentions de Rowan.

-Vas-y, dit-il. Cet arbre n’est pour moi que le symbole d’une horrible mise à mort. Si Aedan y est mort, c’est pour te donner le droit d’être libre et de choisir ta destinée. Joachim, tu sais l’estime que j’ai pour toi. Mais pourquoi retournes-tu constamment à l’Arbre du Pendu alors qu’Aedan est vivant et qu’il nous lègue un héritage de liberté ? N’a-t-il pas ôté toute condamnation ? Que fais-tu de sa grâce ?

-Pour être gracié, il faut précisément faire face au jugement, face à nos fautes et notre orgueil. Nous avons tous failli et si nous sommes honnêtes, nous le savons. C’est à l’Arbre du Pendu que commence le chemin vers la liberté. De ta liberté, ajouta-t-il à l’attention de la jeune fille qui l’écoutait attentivement.

Quelque chose en elle lui disait de choisir le chemin le plus facile. Elle avait déjà tant souffert qu’elle craignait que la vision de l’Arbre du Pendu anéantisse le peu de confiance en elle qui lui restait. Elle voulait se protéger, s’enrober d’une épaisse couche de sécurité grâce à laquelle personne ne pourrait jamais plus la blesser. Il lui suffirait de suivre Rowan et de se laisser guider par son assurance pour passer la porte du Soi.

Mais il émanait de Joachim une sorte d’assurance dénuée d’arrogance qui lui faisait pressentir que peut-être, la sécurité se trouvait sur le chemin qu’il arpentait depuis bien des années. Alors elle décida de le suivre.

La Porte du Soi. Chapitre trois.

Chapitre trois: Joachaim et les clandestins

Comme Arielle était une fille de bon sens, elle décida de ne rien précipiter et de prendre un peu de recul pour réfléchir. Elle sortit du palais des glaces. L’air était étouffant. Un étalage de fruits frais lui rappela qu’elle avait faim. Elle avait passé des heures dans ce labyrinthe sans même s’en rendre compte. Le jour déclinait déjà. Comme elle achetait quelques fruits au marchand, Arielle aperçut qu’un homme au visage hâlé, aux cheveux noir de jais, et aux yeux d’un beau brun sombre, la regardait avec insistance. Il finit par s’approcher.

  – Pardonne-moi, Damoiselle, j’ai cru te voir sortir, il y a un instant, du palais des glaces.

A son accent, Arielle, devina qu’il devait être originaire, comme elle, des Côtes Blanches. Mais son parler était mêlé d’intonations différentes qu’elle ne connaissait pas.

  -Oui, j’en viens, concéda-t-elle, surprise par sa question.

  -Je suis à la recherche d’un couple d’amis… Un homme, assez grand et jeune, habillé comme un paysan, et sa femme. Elle porte un châle, je crois.

  -Je les ai vus, répondit Arielle, bouleversée car la description ne laissait planer aucun doute. Il s’agissait de ce couple qu’elle avait supplié de ne pas céder aux invitations d’Opale.

 – Il me faut les retrouver, je les crois en danger dans ce palais des mensonges, dit l’homme. Mais pardonne-moi, je ne me suis pas présenté. Je suis Joachim des Hautes Landes.

Voilà d’où venait cet accent qui se mêlait à celui de son pays.

  -Et moi Arielle, des Côtes Blanches.

  -Tu as bien l’accent chantant de mon pays d’origine, dit Joachim avec un sourire engageant. Cela fait longtemps que tu es en ville ?

  -Non, je suis arrivée ce matin. C’est une longue histoire. Ce couple, que tu recherches, vient des Hautes Landes, à ce que j’ai compris. J’espère que tu ne leur cherches pas d’histoire.

  -Bien au contraire, rassura Joachim. Je voudrais seulement leur parler. Je sais pourquoi ils sont ici. Ma femme garde leur petit enfant et je voudrais les dissuader de passer cette maudite porte du Soi.

  -On dit que votre Roi l’interdit…. Existe-t-il vraiment, ce roi qui dicte à ses sujets ce qu’ils devraient faire et ne pas faire ?

  -Il est bien vivant, rétorqua Joachim sans se laisser désarçonner par le ton ironique de la jeune fille. Mais Il n’est pas le tyran que tu sembles imaginer. Cela ne vient que de la propagande astère. Cependant il est roi, en effet, et son royaume est régi par des lois qui nous protègent des filets de ce Félon qui se fait appeler « Grand Chambellan ».

Joachim n’eut guère le temps d’en dire davantage. Le paysan et sa femme sortaient à l’instant même du palais des glaces. Ils avaient l’air perdus, comme un couple de renégats qui auraient commis un crime de lèse-majesté et qui cherchaient à se fondre dans la foule des badauds.

  -Voilà mes amis, il faut que je les retrouve, s’excusa Joachim qui se levait prestement.

Puis se ravisant, il invita Arielle à le suivre. L’homme et la femme semblèrent partagés entre l’embarras et le soulagement de le revoir.

  -Vous voilà, mes amis ! lança-t-il. Je suis heureux de vous retrouver. J’espère qu’il n’est pas trop tard.

L’homme fut surpris de voir Arielle, mais répondit sans détour.

  -C’est grâce à cette jeune femme que nous sommes ici, sains et saufs. Je te raconterai plus tard, mais je crois que nous sommes suivis. Adelane est encore bouleversée, et moi je me sens beaucoup mieux. Cependant nous ne devrions pas nous attarder ici.

   -En effet, répliqua Arielle aux aguets. Trois cavaliers astères viennent de sortir de la cour du palais des glaces. Je ne sais pas ce qu’ils nous veulent, mais je pense qu’ils sont à notre recherche.

   -Je sais trop bien ce qu’ils cherchent, renchérit Joachim. Ne perdons pas un instant !

Le petit groupe s’engouffra dans une ruelle étroite. Personne ne dit mot, mais tous suivirent Joachim pour qui les dédales de la capitale astère n’avaient pas de secret. Les cavaliers s’étaient dispersés pour ratisser les environs, à leur recherche, vraisemblablement. Comme le claquement des sabots d’un cheval résonnait dans leur dos, ils entrèrent dans la cour intérieure d’une vieille bâtisse abandonnée. Ils prirent un escalier qui les mena au canal d’évacuation des eaux, longèrent ce dernier jusqu’à une porte cochère à l’abri de laquelle se trouvait une vieille embarcation dissimulée sous un ponton vermoulu. Joachim retira prestement les cordages du piquet d’amarrage et fit grimper ses compagnons à bord. D’un pied ferme, Arielle repoussa l’embarcation que les deux hommes manœuvraient maintenant avec agilité.

  -C’est une barque de passeurs, expliqua Joachim comme si Arielle pouvait deviner ce dont il pouvait bien parler.

La curiosité de la jeune fille l’emporta sur sa crainte de se trouver mêlée à une sombre histoire. Ses compagnons lui inspiraient confiance. En tout cas davantage que les discours tortueux d’Opale et du Chambellan dont elle pressentait maintenant la fausseté.

La barque glissa sans bruit sur le canal qui disparut bientôt sous la ville. Les quatre fugitifs entendirent le galop des trois gardes astères qui cherchaient sans doute à vérifier l’identité de ces visiteurs importuns. Ils naviguèrent dans les égouts de la ville où se déversaient les déchets pestilentiels d’une cité prospère.

 – Personne ne viendra nous chercher ici, dit Joachim qui semblait sûr de son affaire. Les gardes n’aiment pas les dissidents des Hautes Landes, mais je ne pense pas qu’ils se fatigueront à nous poursuivre bien longtemps.

Adelane, emmitouflée dans son châle de laine bleue, souriait timidement à la jeune Arielle qui éprouvait de la compassion devant ses yeux encore rougis de larmes.

Bientôt, ils émergèrent de l’obscurité nauséabonde et peuplée de rats pour se retrouver à l’air libre, loin de la cité, dans une zone marécageuse au pied des premiers contreforts rocheux qui devaient conduire en Hautes Landes.

  -Nous devrions camper ici cette nuit. Il y a une petite cabane que nous utilisons souvent lorsque nous menons des gens clandestinement en Hautes Landes. Thibault, aide les femmes à descendre pendant que j’attache la barque.

Arielle éprouvait toujours un sentiment étrange lorsqu’on se référait à elle comme faisant partie du groupe des femmes ou qu’on l’appelait Damoiselle. C’était un peu comme si on parlait de quelqu’un d’autre sans qu’elle ne se sentît concernée. Cependant, elle nota que Joachim et l’homme qu’il appelait Thibault la traitaient avec respect et confiance.

La cabane était propre quoique d’un confort rudimentaire. Il y avait un âtre, une table, quelques tabourets et des paillasses sur le sol pour accueillir les visiteurs en tout temps.

Adelane se hâta d’allumer un feu et Thibault sortit de sa besace un peu de pain et de fromage de chèvre qu’il avait emportés des Hautes Landes. Joachim avait lui aussi de quoi sustenter la faim de ses amis. Sa femme Vanya avait soigneusement emballé un peu de porc salé et du pain. Arielle ajouta les fruits qu’elle s’était procurés à la sortie du palais. Ils mirent tout en commun, puis Joachim remercia le roi, comme s’il était présent, pour sa protection et les aliments qu’ils allaient partager.

En quittant les Côtes Blanches, Arielle était loin d’imaginer qu’elle se retrouverait, à la nuit tombée, dans une cabane de passeurs en compagnie de dissidents des Hautes Landes.

Mais cette aventure inattendue lui plaisait d’une certaine façon. Elle avait pourtant le sentiment d’être bien éloignée de ce palais qui exerçait sur elle un attrait mêlé d’un malaise évident. Elle se demandait tout de même comment y retourner, sans froisser ses compagnons, pour retrouver ce reflet qui lui avait donné l’espoir de devenir enfin ce flamboyant jeune homme qu’elle tenait secrètement enfoui au plus profond d’elle-même, comme un passager clandestin.

Le feu crépitait dans l’âtre. Les fugitifs étaient rassasiés. Adelane reprenait des couleurs.

  – Je suis reconnaissante que tu sois venu nous chercher, Joachim. Comment va mon petit Aedo ?

  -Il va bien, répondit son ami. Vanya prend bien soin de lui et lui rappelle que vous serez bientôt de retour.

 – Je l’aime tant, confessa la pauvre femme. J’ai tellement honte d’avoir eu si peur et d’avoir cru pouvoir ainsi fuir le regard du Roi. A toi aussi, Arielle, je suis reconnaissante au-delà des mots.C’est toi qui m’as ouvert les yeux. Sans tes paroles, je serais sans doute passée à travers ce miroir …

  Il me rappelait quelque chose, ajouta Thibault, les yeux perdus dans les flammes. Je ne sais pas quoi exactement, mais la porte du Soi me semblait familière et quelque chose me disait de ne pas la franchir.

  -Vous souvenez-vous de nos ancêtres, Orbios et Sentice ?

L’homme et la femme acquiescèrent et un éclair lumineux passa dans le regard de Thibault qui venait de comprendre ce que cette porte lui rappelait.

Devant l’ignorance d’Arielle, Joachim poursuivit.

   -Au commencement des temps, l’Ancien qui règne au-delà des montagnes, donna naissance à un homme et une femme, les premiers que notre monde ait connus. Ils s’appelaient Orbios et Sentice. Ils vivaient libres et heureux dans la Combe d’Éternité, Aiucumba, dans la langue ancienne. Ils auraient pu y grandir et explorer avec l’Ancien de nouveaux territoires, sur l’autre versant du monde. Mais un Félon vint les tromper. Il leur fit miroiter des rêves de gloire et leur fit croire qu’ils n’étaient que de gentils animaux de compagnie pour le Souverain Suprême. Afin de les éveiller à la « réalité », il fit germer en eux le désir de passer une porte que le Souverain avait strictement interdite. Orbios et Sentice tentèrent d’oublier cette porte, mais l’idée de se forger leur propre destinée, à l’écart de la présence du Roi, les obséda tant et si bien qu’ils cédèrent à la tentation.

Une fois franchie, la porte se referma pour toujours derrière eux. Ils ne trouvèrent qu’un pays aride en guise de terre promise et la beauté de Sentice se flétrit avec le temps.

Ils ne devinrent jamais les dieux qu’ils espéraient être. Ils connurent le goût amer du regret et la mort. Mais ce qui leur manqua plus que tout, ce fut la présence bienveillante du Souverain qui avait voulu faire d’eux ses héritiers.

Il avait fallu que le Souverain retrouve le chemin du cœur des hommes pour se frayer un passage jusqu’à leur esprit encombré des mensonges du Prince Noir, ce félon qui avait joui de leur déroute et qui comptait bien se les aliéner pour longtemps.

Arielle écoutait ce récit pour la première fois. Elle avait bien sûr entendu parler de ce couple mythique, mais sous un jour bien différent. Elle commençait à entrevoir la triste réalité qui avait plongé les hommes dans une faim permanente.

  – La porte du Soi n’est qu’une réplique de cette porte qu’Orbios et Sentice n’auraient jamais dû franchir, commenta Thibault, qui comprenait enfin. Et dire que nous avons failli tomber dans le même piège !

   Chaque fois que quelqu’un cherche à s’accomplir en dehors de la présence du Souverain des terres de beauté, il perpétue cette faute des origines qui nous tient depuis la nuit des temps… ce vieux rêve illusoire que la liberté est en dehors de l’obéissance à un Souverain qui nous aime au point d’avoir envoyé son fils, Aedan, pour nous ouvrir le chemin du retour à la maison.

Arielle les écoutait évoquer ces temps immémoriaux et le Roi qu’ils paraissaient connaître personnellement. Adelane ne cessait de dire combien elle était malheureuse d’avoir douté de lui et de son secours. Joachim finit par se tourner vers Arielle et lui demanda si elle souhaitait leur dire ce qu’elle était venue chercher dans ce palais des glaces.

La question semblait la mettre à nu et Arielle allait esquiver la question pour protéger ce passager clandestin qu’elle cachait tout au fond d’elle depuis des années. Mais il y avait dans cette cabane, une sorte de quiétude et chez ces gens une telle authenticité qu’elle se surprit à leur faire confiance.

Alors elle leur raconta son voyage, ses espoirs et ses souffrances.

Il y eut un silence.

  -Pour moi, passer la porte du Soi est une question de vie ou de mort, finit-elle par dire. Je ne sais plus quoi faire.

  -Il faudrait que tu rencontres Aedan, notre Roi, dit Joachim. Si tu le rencontrais lui, tu saurais qui tu es.

À supposer qu’il fût réel, Arielle avait du mal à croire que ce roi puisse avoir un quelconque effet sur sa personne. Elle avait, par le passé, bien essayé de se forcer à correspondre à ce que l’on attendait d’elle. Elle avait même essayé de suivre des modèles pour éviter les faux-pas, mais c’était un échec. Elle ressentait toujours ce décalage douloureux entre ce qu’elle était sensée être et ce qu’elle voulait vraiment.

C’est sur ces doutes et une curiosité néanmoins avivée qu’elle s’endormit, exténuée par cette journée mouvementée.

La Porte du Soi. Chapitre deux

Chapitre deux: La Porte du Soi

Arielle s’éloigna furtivement pour reprendre ses esprits, quand elle tomba sur un homme et une femme, venus, eux aussi, dans ce palais des glaces où tout paraissait possible.

La femme était en grande souffrance et l’homme qui l’accompagnait paraissait mal à l’aise de se trouver là. Devant eux, un immense miroir en forme de porte ouvragée attendait leur requête. Une femme d’une blancheur de nacre, au visage parfaitement symétrique et aux yeux froids, les encouragea à déposer leur requête. Arielle reconnut sa longue chevelure noire et ce visage incontournable. C’était Opale, l’une des courtisanes les plus en vue d’Astériath. Piquée par la curiosité, Arielle se tapit dans l’ombre et observa la scène.

–  Nous sommes venus, contre mon avis, dit l’homme emprunté, car ma femme est éprouvée plus que je ne le peux supporter. Nous avons perdu un enfant, et celui que nous avons est né avec une malformation qui l’empêche d’être comme les autres. »

« Nous l’aimons, s’empressa d’ajouter la femme, mais je voudrais tant que nous ayons un enfant … normal. »

– Votre attente est bien légitime , acquiesça Opale avec un ton compatissant de commerçant sur le point de faire une affaire. « Il n’y a aucune raison de vous sentir coupable de vouloir le meilleur pour votre enfant. »

Un soupir de soulagement s’échappa de la pauvre femme qui lança un regard rassuré à son mari.

–  Il vous suffit de le créer vous-même, poursuivit Opale en dévoilant la surface lisse du mystérieux miroir.

La femme prononça quelques mots et l’esquisse d’un visage apparut sur la glace. Au fur et mesure qu’elle prononçait ses souhaits, le dessin de l’enfant se précisait. La forme de son visage, la couleur de ses yeux, les capacités dont il devait être pourvu et les intérêts qui seraient les siens. Son mari la corrigeait parfois. Ils hésitaient, mais ils s’enhardissaient, se piquant au jeu délicieux d’être les créateurs de leur future progéniture. L’homme pourtant, pris de doutes, fit mention d’un Royaume au-delà les montagnes où ce jeu de miroir aurait été interdit.

– Je ne sais pas si nous devrions aller jusque là, dit-il. 

– Vous n’êtes pas les premiers à transgresser les lois restrictives de ce pays reculé, coupa Opale avec un sourire indéniablement méprisant.  S’il plaît à votre Roi de légende de laisser venir au monde des petits êtres malades et infirmes, telle n’est pas la volonté de notre bon Chambellan. Il aime la perfection et vous offre la liberté de franchir la porte du Soi afin que vous soyez maîtres de vos choix.

Arielle assistait clandestinement à la création d’une image d’enfant sur mesure. Elle savait que quelque chose sonnait faux dans les paroles de cette femme froide et hautaine qui n’avait rien d’une mère. Elle imagina, un instant, ce que ses parents auraient pu faire d’elle, s’ils avaient eu le désir et le pouvoir de la dessiner selon leur bon vouloir. Elle qui se sentait prisonnière de son identité, ne put en supporter davantage.

– Ne faites pas ça !, cria-t-elle en sortant de la pénombre. Croyez-vous vraiment avoir le droit de décider à sa place ? Que dira-t-il lorsqu’il se regardera dans un miroir et qu’il y verra votre main-mise tous les jours de sa vie ?

L’hôtesse perdit son sourire affecté et ne laissa pas le temps aux parents de répondre.

– Ces parents créent les meilleures conditions pour la naissance de leur enfant. De quel droit osez-vous vous interposer ? Que savez-vous de leur souffrance et de leurs deuils ?

Elle avait raison sur ce point. Mais Arielle rencontra le regard des parents maintenant tenaillés par le doute.

– Elle a raison. Ce que nous sommes en train de faire est une ignominie. Merci Damoiselle, dit le père que ces mots venaient de réveiller. Profondément bouleversée par ce qu’elle venait de voir, Arielle éprouva le besoin de sortir de cet endroit et de retrouver l’air de la ville, aussi chargé d’odeurs fut-il.

Elle parcourut rapidement, en sens inverse, les couloirs de ce palais des glaces, et ce n’est que lorsqu’elle passa devant le reflet de ce Soi, flamboyant et magnifique, qu’elle ralentit le pas avec l’irrésistible envie de passer de l’autre côté du miroir. « Lui et moi pourrions faire de tant de choses ensemble », se dit-elle. Elle n’avait qu’à pousser la glace et passer la porte du Soi pour devenir ce qu’elle avait toujours rêvé d’être. Du moins le croyait-elle.

« Flamboyant », se dit-elle, en choisissait le prénom qui devrait désormais définir sa nouvelle identité. Comme elle se sentait aspirée par ce reflet ! Comme il lui aurait été facile de franchir la porte et se fondre dans cette image qui lui criait que son identité n’était qu’un mauvais rôle dans lequel elle était piégée.

Arielle aurait sans doute franchi le pas, si la scène dont elle avait été la témoin ne l’avait glacée d’horreur, semant le doute quant aux intentions véritables du pouvoir astère.

Elle savait que le Chambellan n’hésitait pas à promouvoir l’élimination de milliers d’enfants hors norme dont Astériath ne voulait pas. Elle se demandait maintenant ce qui advenait de ceux qui franchissaient la porte du Soi.

Elle avait bien vu les étoiles montantes de ce monde prétendu libre, briller pour un temps au firmament de la ville, pour retomber ensuite dans l’oubli après avoir vendu leur âme. Elle avait croisé des gens qui avaient passé la porte du miroir translucide dans l’espoir de se fondre dans un reflet comme elle aurait aimé le faire. Mais la transformation n’était, au final, qu’une illusion plus ou moins crédible, marquée par des mutilations, des cicatrices indélébiles et une affirmation du Soi nouveau sur un ton de fausset. Astériath n’avait cure des illusions, puisqu’elle professait que la réalité n’est nullement objective, mais que chacun possède sa vérité.

Tout, en Astériath, était fondé sur l’illusion, depuis la première pierre de fondation et le pacte que le Chambellan masqué, qui n’était autre que l’Astre Éteint, le prince Noir, avait signé avec les hommes, dans un passé lointain.

La Porte du Soi: Chapitre un

Inspirée de l’univers fantastique et allégorique du Royaume au-delà des montagnes, cette nouvelle aborde la question de l’identité profonde à travers plusieurs prismes, notamment la pensée woke, le transhumanisme et plus particulièrement la transidentité. Touchée de très près par cette question dans mon entourage, j’ai mis du temps à la publier sur ce blog et je l’ai écrite avec mon cœur, ma souffrance et mon espérance. Je prie qu’elle puisse toucher ceux qui en ont besoin.

Chapitre un: Le labyrinthe aux reflets de soi

Le dédale de glaces offrant des jeux de miroirs n’en finissait plus. Sous les arches gothiques, entre les nervures de pierres entrelacées, Arielle découvrait son reflet d’une précision étonnante. La qualité du verre était au-delà de tout ce qu’elle avait pu contempler jusqu’ici. Mais en Astériath, le palais du Grand Chambellan était connu des lieues à la ronde pour son luxe et ses innovations ingénieuses. La clarté de son image était, pour la jeune femme, source d’émerveillement autant que de confusion. Dans les méandres de ce palais des glaces, son reflet lui était renvoyé de mille manières, toutes différentes, si bien qu’elle éprouvait à la fois la sensation délicieuse d’être au seuil de possibilités infinies et l’angoissant vertige d’oublier qui elle était vraiment.

Et là, précisément, était toute la question.

Elle avait quitté son petit village de pêcheurs surplombant les falaises des Côtes Blanches, pour se rendre dans la grande cité médiévale d’Astériath. Laissant ses troupeaux de moutons, sa quenouille et la famille qui l’avait vue grandir, la jeune femme avait rassemblé ses maigres économies pour entreprendre ce voyage dont elle attendait une révélation. La renommée de la cité s’était frayée un chemin à travers les tavernes, les villages et les ports marchands, pour échouer sur les rivages de ce pays. Ses habitants perpétuaient, depuis la nuit des temps, les gestes immuables de ce peuple de pêcheurs et de bergers. Elle avait entendu dire que la grande cité, malgré ses ombres et ses embûches, resplendissait telle un flambeau lumineux, de par sa richesse, son faste et une impression de liberté. Quiconque se voulait éveillé devait s’y rendre.

Éveillé… le mot était tombé dans une oreille attentive et il avait résonné jusque dans ses entrailles, là où se nichait cette sourde douleur qui la tenaillait depuis plusieurs années et dont elle n’osait parler à personne.

Face aux reflets d’elle-même que lui renvoyaient les miroirs du palais, Arielle se sentait fébrile. Ce n’était pas simplement l’effet de miroirs déformants, comme on en voit d’ordinaire. Ces miroirs étaient incomparables. Ils avaient, disait-on, le pouvoir de révéler les diverses facettes de celui qui prenait le risque de s’y mirer. Le visiteur était invité à s’éveiller à d’autres réalité du Soi. Aussi, Arielle se prit-elle au jeu de ces reflets inattendus. Comme elle l’espérait, le reflet de la petite bergère enfermée dans ce corps de femme astreint à de durs travaux s’estompa pour laisser place à des reflets qui semblaient lui parler.

Le premier lui révéla une autre Elle-même, débarrassée de ses frusques campagnardes, et vêtue d’une soie fine. Son visage était plus régulier, sans trace de fatigue et sans imperfection. Ses traits semblaient avoir été redessinés pour la faire ressembler à ces gravures des étoiles montantes d’Astériath. Maintes filles restaient captives de ce reflet flatteur et artificiel qu’elles prenaient soin de faire peindre et d’exposer. Mais une fois la surprise passée, Arielle s’en détourna avec une sensation de nausée. « Miroir aux alouettes», pensa-t-elle, avec un sourire narquois. « Je n’ai nulle envie de ressembler à ce reflet mensonger et si lisse qu’il en est mortellement ennuyeux. »

Le long des couloirs, sous les voûtes d’ogive, elle rencontra d’autres curieux décidés à s’ouvrir aux conquêtes d’un Soi sans limite, pour être bien sûre de gravir tous les échelons de la société astère et de briller au sommet.

Une fois passée la galerie des flatteries en tous genres, elle trébucha bientôt devant un miroir qui lui renvoyait une image inattendue. Son reflet lui était familier, mais il avait les traits des filles du Sud à la peau brune. Ses cheveux étaient noir de jais, sa silhouette remodelée selon des normes qui lui étaient étrangères. Arielle en fut d’abord choquée, quoique fascinée.

« Et quoi, lui dit le reflet, cela te peine-t-il donc tant de retrouver dans la peau hâlée d’une fille du Sud ? » Arielle tenta de s’excuser, arguant qu’elle avait seulement été surprise, mais le reflet la dévisageait avec insistance. Il insinuait qu’elle était imprégnée de préjugés datant de l’époque lointaine où les peuples du Nord et du Sud s’étaient brouillés lors de la fondation antique de la ville. La honte s’empara de la jeune femme qui se prit à croire que la blancheur de sa peau était un crime en soi, autant que ses cheveux roux. Le reflet lui disait qu’elle aurait pu naître ailleurs, sous d’autres traits, et qu’elle aurait compris alors l’arrogance intrinsèque à cette nation dominatrice à laquelle elle appartenait. « Je ne suis qu’une fille de bergers », lança Arielle, que ce procès heurtait. « Je n’ai rien à voir avec les conquêtes et les crimes dont tu m’accuses. » Le reflet demeura interdit, prisonnier de ce miroir où il s’était laissé piégé au nom de l’injustice. Arielle lui tourna le dos avec le sentiment de manquer de compassion. Elle avait fait tout ce chemin pour se trouver elle-même et non pour être l’otage d’un reflet prisonnier de son amertume.

Toutefois, la pensée d’être elle aussi, peut-être, la victime d’une oppression, se fit un chemin dans son esprit tourmenté. Elle était née avec la peau blanche, elle n’en était pas moins une femme, et une femme pauvre. Que cherchait-elle ici dans ce palais des glaces, si ce n’était la révélation d’un Soi libre et détaché de toutes les entraves qui la tenaient à quai, quand elle rêvait de grand large ?

Elle déambula, un moment, d’un miroir à l’autre, partagée entre l’ivresse de la découverte et la déception de ne pas se trouver telle qu’elle l’espérait. A aucun moment, elle ne vit le maître des reflets orchestrant les jeux de miroirs. Elle était persuadée d’être la maîtresse de son destin, en quête de la vraie Arielle.

Et c’est là, au détour d’un méandre de ce gigantesque labyrinthe, qu’elle vit le reflet de cet homme aux cheveux roux, au regard franc, et aux yeux verts. Elle en eut le souffle coupé. C’était Elle. Ou plutôt, c’était ce Lui qu’elle pressentait depuis longtemps au plus profond de ses entrailles. Il incarnait tout ce qu’elle aspirait à être : il paraissait posé, serein, débarrassé de toutes ces peurs sourdes qui la faisaient douter d’elle-même depuis si longtemps. C’était comme une révélation. La pensée qu’il la regarde et l’attire à lui dans une douce étreinte ne l’effleura même pas. Elle savait qu’il était elle et qu’elle était lui.

Elle ferma les yeux et sentit une main se poser sur son épaule.

« Te voilà éveillée, Arielle. Tu as enfin trouvé ton « Soi », déclara une voix timbrée et presque autoritaire. « J’ai le pouvoir de te le donner aujourd’hui. Il te suffit de glisser dans le miroir translucide pour embrasser la nouvelle personne que tu es appelée à devenir ».

La tentation était extrême. Arielle aspirait de toutes les fibres de son corps à devenir ce « lui », qui n’avait pas encore de nom et qui semblait pouvoir lui ouvrir tous les possibles dont elle rêvait.

« Tu peux devenir ton propre créateur, dit la voix dans son dos. Tu te choisiras un prénom, tu deviendras lui et il sera toi. Tu forgeras son destin. A vous deux, vous serez ce que tu as toujours voulu être et que la nature t’a refusé. »

« Que dira ma famille ? » murmura Arielle tremblante, en se retournant pour regarder le Chambellan drapé dans sa duperie.

« Il faudra bien qu’ils acceptent que ton choix est le meilleur. Qui donc saurait mieux que toi ce qu’il te faut vraiment ? »

« Mais ils m’aiment…cela leur ferait mal »

« Vraiment ? »

Le chambellan la conduisit devant un miroir déformant qui lui fit voir et revisiter ses souvenirs d’enfance. Le miroir connaissait bien les failles de la mémoire humaine face à la souffrance et il savait combien il est aisé de tordre les souvenirs pour justifier les pires décisions et creuser des fossés entre les gens. Elle revit les disputes, les instants de grandes solitudes où ceux qui prétendaient l’aimer n’avaient pas su la rejoindre. Le miroir força le trait du pire en estompant les instants les plus heureux dans une sorte de brouillard qu’elle appelait « illusion ». Arielle se revit petite fille souffrante. Elle ne pouvait supporter ces images d’elle-même que lui renvoyaient ce corps, ce maintien, cette voix qu’elle ne supportait plus. Même les gestes les plus tendres de ses parents devenaient des pièges pour lui arracher la liberté qu’elle était sur le point de saisir, comme une héroïne, pour s’affirmer enfin.

« Ils sont des milliers dans ton cas, reprit le Chambellan, prisonniers des normes héritées d’un autre temps. Quel obscurantisme ! »

Et sans s’en rendre compte, l’amertume du reflet de la fille du Sud la saisit par un autre biais, non celui de sa couleur et de son origine, mais celui de ce corps de femme dans lequel elle était enfermée contre son gré. Femme, bergère, destinée à ramasser le crottin des moutons… Elle n’allait pas faire partie du troupeau et suivre passivement la voie tracée par sa naissance. Elle allait franchir les obstacles, se réaliser… Arielle avait raison sur un point. Elle était appelée à une destinée bien plus glorieuse que ce présent pénible qu’elle cherchait à fuir. Mais cet avenir ne se trouvait pas dans la révolte et les illusions d’Astériath. Il était, pour l’heure, au-delà de toute imagination.

« Passe la porte du Soi », murmura le Chambellan d’une voix suave qui paraissait suivre le fil de ses pensées.

La vive émotion que lui procurait cette révélation provoqua un vertige intense. Arielle avait besoin d’air. Qui était-elle ? Un reflet ? Y avait-il autant « d’Arielles » que de jeux de miroirs ?

La rédemption d’un anti-héros

Troisième roman de ma trilogie historique  »L’Aube du dernier Empire, » Willibald se distingue des deux premiers tomes par deux caractéristiques principales: il s’agit d’un homme et c’est un anti-héros. Après avoir écrit et publié Eponina puis Gallia, j’avais le vague projet de terminer cette saga par l’apport missionnaire des moines irlandais dans nos contrées. Les deux premiers romans avaient permis de rendre hommage aux femmes anonymes qui ont porté le flambeaux de la Bonne Nouvelle sans que l’Histoire ne retienne leurs noms. Mères valeureuse ayant assuré la transmission de la foi au sein de la famille, elles méritaient, me semble-t-il, un acte de mémoire, bien loin des hagiographies que les récits anciens nous ont livrées. Le rôle des hommes avait également une place importante dans ces deux premiers romans, que ce soit Carvos ou Arnwald pour ne citer que les principaux. Mais lors d’une discussion, ma chère filleule m’a demandé si je me verrais écrire un récit figurant un anti-héros dans les bottes du personnage principal. Je me souviens de lui avoir répondu par la négative, car il me fallait aimer les personnages de mes récits. Et pourtant la question m’a fait réfléchir. Je me suis dite que Dieu lui-même ne cesse d’aimer les anti-héros que nous sommes. Le défi littéraire autant que l’intérêt pour la question éthique m’ont finalement piquée. En outre, le thème du livre était particulièrement propice à la présence d’un homme ordinaire, plein de bonne volonté mais irrésolu, pour illustrer l’impact des moines irlandais sur la population des campagnes encore largement païennes.

C’est ainsi qu’est né Willibald, dont le prénom allie la volonté et le courage, ce dont il semble un peu dépourvu. Il naît un jour de cataclysme, en 563, lorsqu’un pan du Mont Taurus ( le Grammont) s’effondre et provoque un choc d’une telle magnitude qu’un tsunami traverse le Léman et détruit une partie de Genève. La tragédie est rapportée dans les chroniques de Marius d’Avenches qui fait une brève et espiègle apparition dans le roman. (L’archéologie et la géologie ont récemment confirmé ce récit longtemps mis en doute par les historiens.) Le malheur qui frappe la ville de plein de fouet au moment où sa mère le met au monde, semble marquer le jeune enfant d’un sceau funeste qu’il portera comme une malédiction. Willibald est pourtant profondément attachant. Au fil des pages, on espère le voir enfin se libérer des entraves qui le lient et lui font prendre parfois des décisions qu’il regrette. 

J’ai voulu, à travers son récit de vie, décrire le contexte historique des hommes du Haut Moyen-Âge en proie aux difficultés d’une existence précaire, mais aussi raconter, à la manière d’une parabole, ce que l’apôtre Paul explique dans son épitre aux Romains, au chapitre 7 , verset 15. « Car je ne sais pas ce que je fais: je ne fais point ce que je veux, et je fais ce que je hais. » Au fond, Willibald nous ressemble. Il est sans doute plus aisément pris dans les filets de la compromission que la plupart d’entre nous, mais si nous y réfléchissons, nous trouverons nous aussi des concours de circonstances, des raisons plus ou moins claires qui nous ont poussés à faire des choix médiocres aux conséquences parfois lourdes.

Or il faudra qu’il rencontre ces moines en quête d’absolu, dont la vie est offerte à Dieu sans compromis, pour prendre la mesure de sa dérive et de ce que sa vie pourrait être. La rencontre, au lieu de l’éteindre et de l’écraser, ouvre de nouveaux possibles. Willibald se laisse interpeller.

Au contact des moines irlandais, il découvre un engagement sans faille, avec son ascèse parfois excessive. Ces moines irlandais pratiquent le martyre blanc, un exil missionnaire sans retour, au péril de leurs vies. Willibald va les suivre dans leur périple à travers les royaumes francs. Pour narrer ce voyage, je me suis largement basée sur la Vita Colombani, rédigée par Jonas de Bobbio entre 640 et 643, soit 25 ans après la mort de Colomban de Luxeuil. Willibald est introduit dans la narration historique en tant que membre de l’escorte des moines.

La troupe des moines est condamnée à l’exil par la reine Brunehild (Brunehaut). Au moment où barque s’éloigne du rivage et emmène ses compagnons de route, Willibald se expérimente le pardon. De son cœur jaillit cette chanson du bout du monde:

« Battue la mer, battue la côte,
Brisés mes rêves, noyées mes fautes,
Le vent emporte et la mer ôte
Ma honte d’homme pauvre et nu.

J’ai opposé un front d’airain
A l’appel du souffle divin,
Erré en vain jusqu’aux confins
Du monde que j’ai connu.

Et me voici, face à la mer
Seul enfin face à ma misère
A ta merci, mon Dieu, mon Père
Comme un homme pauvre et nu.

Hissée les voiles, brisés les liens
De ce vieil homme qui me retient.
Je quitte le port et je n’ai rien
Qu’une soif inattendue.

Battue la mer, battus les flots
Le vent du large, au grand galop,
Souffle ma barque sur les eaux
Vers une terre inconnue.

Et ce vertige, cette langueur
Est-ce l’aspiration de mon cœur
Ou le tourbillon de mes peurs
Devant tant d’inconnu?

Déjà l’océan se retire
Et ceux que j’ai laissé partir
S’en vont pour ne plus revenir
Vers une terre inconnue.

Pourtant de cet endroit désert,
Où j’attends triste et solitaire
Déjà je vois poindre la lumière
de l’aube tant attendue.

Mon âme revit, mon cœur espère
Que toi mon Dieu, mon Roi, mon Père
Ce soupir et cette prière,
Tu les aies entendus.


Échappant à l’implacable loi que Paul décrit dans Romains chap.7, il va découvrir la profondeur et la largeur de la rédemption offerte : « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. En effet, la loi de l’esprit de vie en Jésus-Christ m’a affranchi de la loi du péché et de la mort ». (Rom.8 versets 1&2) La grâce fait irruption dans sa vie, non pour banaliser ses fautes et faire taire le remord, mais pour armer sa lucidité d’espérance. Il va trouver dans l’Evangile de Jésus-Christ la rédemption et un appel à le suivre. Ce renouveau de vie lui permettra de faire face à son passé, sous forme d’une confession à son fils qui vient le trouver en terre alémane, dans l’ermitage de Gall. Mais bien plus, affranchi de la honte et du poids de ses manquements, il devient à son tour un agent de rédemption.

Aujourd’hui, les circonstances sont bien différentes. Cependant, malgré les siècles qui nous séparent, ne sommes-nous pas pétris de la même pâte? N’est-il pas temps de se laisser interpeller par les « Colomban » de notre temps et de choisir de suivre, sans réserve, Celui qui a les clés de la Vie? Alors nous serons affranchis.

Note : La trilogie historique de l’Aube du dernier empire retrace les premiers siècles durant lesquels l’Évangile s’est implanté dans la région de la Suisse actuelle et de la France environnante. Le premier tome « Eponina » fournit également un certain nombre d’informations sur la manière dont les premiers chrétiens ont été persécutés dans la partie de orientale de l’Empire pendant le règne de Dioclétien. A l’époque, l’Église était bien entendu catholique avec ses différents courants, puisque la Réforme n’interviendra qu’à partir du 16e siècle. Dans Willibald, les moines irlandais appartenaient à un courant monastique influencé par le monachisme égyptien et la tradition celtique qui toutes deux, impliquaient un forte discipline. J’aborde ces périodes avec un regard résolument protestant évangélique. En ce sens, j’ai choisi de relever surtout les aspects positifs de ces courants qui nous ont permis d’être les héritiers de ces pionniers plutôt que de m’attarder sur les éléments qui ont été par la suite interrogés par les Réformateurs et tous ceux qui les ont suivis.

Willibald, Ermitage de Gallus, automne 613

Un royaume sans frontières ethniques

Pour faire suite à mon dernier article (intitulé  » En solidarité avec nos frères juifs », j’aimerais parler des Hautes Landes, la terre promise d’Alaunos, que l’on retrouve au fil des trois volumes de la trilogie fantastique: Le Royaume au-delà des montagnes. Et cela aura un lien direct avec notre actualité. Il faudra, pour cela, naviguer entre le monde de six nations et celui que nous connaissons bien: notre bonne vieille Terre. Afin de mieux comprendre les temps dans lesquels nous vivons et leurs enjeux, je vous propose une escale à Landemiel, la capitale des Hautes Landes. Accrochez vos ceintures et mettons le cap sur les Hautes Landes.

Nichée au pied de la chaîne montagneuse qui sépare le Royaume immortel du monde des hommes, Les Hautes Landes sont la terre promise par l’Ancien à Alaunos et sa descendance dont nous avons parlé dans l’article précédent. C’est là que va se développer le peuple dissident avec lequel l’Ancien a fait alliance. C’est une terre « mise à part » pour une vocation particulière, celle d’accueillir tous ceux qui choisissent de quitter les royaumes de Myr, d’Illiac, des Côtes Blanches ou encore des royaumes du Sud.

Le hameau du Lac au Nord de Landemiel, en Hautes Landes

Un terre, un choix du coeur

Dès le début, les Hautes Landes rassemble des hommes et des femmes de différentes ethnies. Leur point commun est le ralliement à un appel intérieur et la volonté de se détacher de l’influence du Félon qui siège en Astériath et dont l’ambition est d’asservir les fils d’Orbios en tissant des pactes avec les peuples auxquels ils appartiennent.

Dans le tome 2 de la trilogie, les Héritiers d’Aedan, les habitants de Landemiel, ce petit village au cœur des Hautes Landes, se trouvent pourtant confrontés à une situation épineuse. En raison d’une guerre qui déchire le Royaume de Myr et le Royaume d’Illiac, un afflux de réfugiés va chercher asile dans cette vallée à l’abri des troubles de la plaine. Cette fois, les nouveaux arrivants ne sont pas simplement des dissidents qui cherchent à faire alliance avec le Roi, mais des hommes, des femmes et des enfants fuyant la tragédie d’une guerre pour trouver un refuge. Les citoyens de Landemiel sont, pour la première fois, confrontés à l’immigration de masse avec tous les risques que cela comprend. En effet, si leur désir est de prendre soin de ceux qui sont dans le besoin, ils n’ignorent pas le risque élevé de laisser rentrer dans leur territoire des agents du Prince Noir et de s’exposer à la terreur. Un meurtre commis en Hautes Landes va profondément diviser ceux qui pensent qu’il faut d’abord assurer la sécurité de cette terre promise et ceux qui pensent qu’il faut faire confiance et accueillir sans discrimination tous les réfugiés. Aedan est depuis longtemps reparti sur les terres immortelles. Ses héritiers regrettent son absence à un moment où ils auraient tant besoin de savoir ce qu’il ferait dans cette situation difficile.

Retour sur notre versant du monde. A l’époque où j’ai écrit ce roman, l’Europe faisait face à l’immigration des Syriens fuyant les conflits sanglants du Moyen-Orient. Pour de nombreux pays, et également pour la communauté de ceux qui se réclament de Jésus-Christ, le dilemme n’était pas facile. Il y avait d’un côté la misère de familles souhaitant fuir des régimes autocratiques et violents, et de l’autre un risque réel de laisser entrer des islamistes dangereux. Je n’ai pas voulu trancher la question politique pour laquelle je n’ai pas de réponse définitive.

Tandis que les citoyens des Hautes Landes confrontaient leurs opinions sans parvenir à trancher, un réfugié dissimulé sous un vieux manteau et mêlé à la foule des affamés attend de recevoir le bol de soupe qui va lui être servi. Un homme le suspecte d’être un agent infiltré et le rudoie, lorsque le mystérieux personnage se défait de sa pèlerine. Tous reconnaissent Aedan, le Roi et tombent à genou. Ce dernier leur révèle qu’il est s’est mêlé à la foule des nécessiteux afin de voir comment son peuple traiterait les nouveaux arrivants. Sans leur reprocher leur vigilance nécessaire, le Roi leur rappelle que tout ce qu’ils font pour l’un de ces réfugiés. c’est à lui-même qu’il le font.

Aujourd’hui, dans notre monde, les dissidents qui ont fait alliance avec le Créateur, appartiennent à une terre promise que Jésus-Christ appelle le Royaume de Dieu. C’est un lieu sans frontière physique, ni ethnique, qui regroupe tous ceux qui reconnaissent sa royauté. En même temps, les Hautes Landes sont aussi une figure allégorique de la terre d’Israël, terre promise à Abraham et à ses descendants. Cette terre-ci a des frontières concrètes et elle a été donnée à un peuple en particulier, le peuple d’Israël. Dans l’actualité dramatique de ce mois d’octobre 2023, dont je ne sais pas ce qu’il adviendra, il faut reconnaître que se jouent des enjeux à plusieurs niveaux. L’un est politique, l’autre spirituel. Ils sont pourtant intimement liés. Nos pays occidentaux sont également en prise avec ces deux réalités, même si la plupart des gens n’en sont pas conscients.

En Hautes Landes, les guerres entre les peuples avaient une face cachée. Le Félon excitait les peuples les uns contre les autres afin de diviser pour mieux régner. Le Prince de ce monde cherche encore à dresser les ethnies les unes contre les autres. En ce moment, nous assistons à une résurgence de l’antisémitisme et parmi ceux qui descendent dans la rue brandir le drapeau palestinien, beaucoup croient choisir le camp du faible contre un État fort. Mais souvenons nous de l’alliance du Créateur avec le peuple Juif, et par extension avec tous ceux qui mettent leur confiance en Jésus de Nazareth, le Messie. Le Félon, que la Bible appelle Satan, ou l’Ennemi, connaît les projets merveilleux et éternels de Dieu pour l’humanité et il continue de faire tout ce qui est en son pouvoir pour les faire échouer, que ce soit à l’échelle des peuples ou de nos vies personnelles. Nous sommes appelés à discerner que nous ne sommes pas appelés à « combattre la chair et le sang, » mais bien des puissances spirituelles. Il y a à la fois une réponse nécessaire et armée du peuple d’Israël qui doit pouvoir garantir sa survie et la protection de sa population, et une guerre qui se livre sur le terrain et de la prière et des actes d’amour pour les personnes en souffrance, quelle que soit leur origine ethnique. Choisir uniquement la voie de la défense armée ne résoudra pas le fond du conflit, ni la haine du Félon pour le peuple de l’Alliance, et d’ailleurs pour les hommes de toutes les nations. La misère dans laquelle le peuple palestinien se trouve aujourd’hui est d’abord due à la dureté de ses propres chefs et des peuples qui n’ont pas voulu leur offrir leur hospitalité. Pourquoi? Parce que ces derniers sont animés de l’espirt du Félon qui par nature asservit et fait du mal. Au milieu de ce peuple, il y a des gens qui ont choisi le Royaume de Dieu et qui se trouvent aujourd’hui tiraillés de toutes parts. ils sont aussi nos frères.

Du côté d’Israël, on trouve cette même tension: D’un côté ceux qui perçoivent la nature spirituelle du combat. Ils comprennent que l’ Ennemi qui veut leur peau s’incarne sous les traits du Hamas comme il l’a fait en les personnes d’Hitler, de Staline et même de l’Église institutionnelle chaque fois qu’elle s’est éloignée du Christ.

Alors quel espoir pour notre monde pris dans les filets d’une humanité meurtrie et meurtrière? Seule une intimité avec le Roi permet de comprendre et d’agir comme il l’aurait fait. son Esprit, qui vit en nous, va nous inspirer la bonne attitude. Sa parole, La Bible, nous donner l’instruction nécessaire pour connaître sa pensée. Notre solidarité avec le peuple juif est une évidence. Cela ne veut pas dire que nous devons cautionner tout ce que fait l’Etat d’Israël sur le plan politique. Mais il est important de discerner les manœuvres du Félon. Jésus disait qu’on reconnaît un arbre à ses fruit. Cela devrait faire partie de notre observation. Ensuite, prions pour que le Prince de Paix se révèle à tous ceux qui cherchent la vérité. Un jour, il reviendra établir un royaume de paix et soumettre les nations. En attendant, la Bible nous dit qu’il est comme une épée à deux tranchants. Il n’apporte pas une paix factice, celle qui évite les conflits et prétend mettre tout le monde d’accord. Au contraire, il sépare ce qui appartient au Félon et ce qui lui appartient. Jusqu’au fond de nous même, cette épée va trancher ce qui vient de lui et ce qui s’élève contre lui. Il arrive que nous ne soyons pas en paix et que cela soit salutaire car c’est l’Esprit de Dieu qui nous montre que quelque chose en nous appartient encore au Félon et qu’il faut trancher le lien pour être libres.

Nous voyons déjà l’accomplissement des prophéties anciennes se réaliser avec une précision époustouflante. Nous pouvons dès lors mettre notre confiance dans le dénouement salutaire qu’elles annoncent.

Pour terminer, j’aimerais vous inviter à regarder le témoignage d’un homme qui était un activiste du Hezbollah. (La vidéo étant en anglais, je vous donne un résumé ci-dessous. Le lien se trouve un peu plus bas. Afshin Javid haïssait les Juifs sans pourtant les avoir rencontrés. Il était assidu à la lecture du Coran, la prière et croyait véritablement plaire à Allah, y compris dans ses actions djihadistes violentes. Mais un jour, alors qu’il était en prison en Malaisie, un homme éclatant de lumière est entré dans sa cellule. Il a su instantanément que cet homme était saint. Sa présence lui a révélé l’horreur de sa propre condition. Il se réfugia dans le fond de sa cellule, le visage caché entre ses mains, pensant qu’il allait mourir. « Pardonne-moi, pardonne-moi « , implora-t-il. L’homme s’est approché et a posé sa main sur son épaule. « Je te pardonne », lui a-t-il dit. Puis l’homme s’est présenté comme le Chemin, la Vérité et la Vie. Ne comprenant pas ce que cela signifiait, le condamné a compris qu’il devait être Dieu pour pouvoir ainsi lui pardonner. Mais ce Dieu-là n’était pas semblable au dieu qu’il croyait servir. Alors l’homme de lumière lui a dit: « Je suis Jésus-Christ ». Cette rencontre a radicalement transformé la vie de cet islamiste violent. Aujourd’hui, plus de dix ans après cette rencontre, il fait partie du peuple des « Hautes Landes,. » Il a fait alliance avec le Dieu d’Israël et l’un des fruits de cette rencontre, c’ est qu’il aime les Juifs et les arabes. Il a compris qui son véritable ennemi et il le combat désormais sans autre arme que la vérité, la foi et l’amour.

ttps://www.youtube.com/watch?v=upTofuSIcVM

Cette histoire n’est pas un cas isolé. La question qui se pose pour chacun d’entre nous aujourd’hui est la suivante: As-tu rencontré le Roi? As-tu choisi de faire dissidence pour faire alliance avec Jésus-Christ? Le Royaume au-delà des Montagnes est à portée de main. Il suffit de le choisir avec son cœur.

En solidarité avec nos frères Juifs

A l’heure où j’écris ces lignes, le 11 octobre 2023, le peuple israélien vient de subir des attaques terroriste sans précédent sur son territoire: des personnes âgées, parfois survivantes de la Shoah, enlevées et traînées hors de leur logement. Des enfants pris en otages et subissant les jeux cruels de leurs ravisseurs. Des centaines de personnes assassinées. Des femmes violées et mises à mort. Des bébés arrachés à leurs parents et décapités. L’indicible se produit sous nos yeux et les voix qui s’élèvent pour dénoncer un massacre rappelant les pogroms des siècles derniers restent étonnamment rares… L’indécence de ce silence semble irrationnel car nul désaccord avec la politique d’Israël ne saurait être une excuse.

Tout ceci m’amène à une réflexion en lien avec le roman ( Tome III) de la trilogie fantastique : Le Royaume au-delà des montagnes. Vous vous souvenez sans doute de l’histoire du peuple des Hautes Landes, mené par la figure héroïque d’Alaunos, le dissident. Homme droit, assoiffé de justice et de vérité, Alaunos avait pressenti le dessin funeste du Félon qui avait su séduire Orbios et Sentice. Par ses mensonges et sa ruse, il avait éloigné leur descendance de leur Créateur, le Seigneur du Royaume au-delà des montagnes. La figure allégorique d’Alaunos fait bien évidemment référence aux pères fondateurs du Judaïsme que sont Abraham et Moïse (voir Les Fils d’Orbios). Le peuple des Hautes Landes est dès lors un peuple dissident, vivant sur les contreforts de la chaîne montagneuse séparant le monde des hommes des terres immortelles. C’est un peuple mis à part, au bénéfice d’une alliance avec le Seigneur des terres de beauté. Dès sa fondation, ce peuple va devenir l’objet de la haine du Prince Noir, le Félon, appelé aussi Dubumaglos à l’époque des anciens. Ce dernier s’acharne contre lui pour détruire cette nation qui se tourne résolument vers le Souverain des Montagnes et qui fait alliance avec lui.

Lors de la venue d’Aedan, le peuple des Hautes Landes s’interroge et se divise quant à l’identité de ce jeune homme qui dit venir du Royaume au-delà des Montagnes . Certains voient en lui le fils du Souverain Suprême et d’autres un usurpateur. La figure messianique d’Aedan va chambouler la vie en Hautes Landes.

Aedan, le Roi venu du Royaume au-delà des montagnes

Suite à des événements politiques, une partie des dissidents des Hautes Landes va se disperser dans les six nations des peuples environnants, gardant au plus profond d’eux-mêmes, l’attente du secours du Souverain Créateur.

Les siècles passent et l’histoire des Hautes Landes est marquée par les exploits de ceux qui restent attachés à Aedan le Roi et les dérives de ceux qui prétendent agir en son nom, mais le discréditent à cause de leurs motivations obscures ( voir Les Héritiers d’Aedan). Finalement, après une période de faste en Astériath durant laquelle le Félon masqué règne en coulisse sous l’identité du Grand Chambellan, la vraie nature de ce dernier apparaît. Il entame une guerre sans répit contre les alliés du Roi et les descendants des dissidents des Hautes Landes.

Au chapitre « Résistance » du Royaume au-delà des Montagnes, Joachim, le personnage principal du livre, est jeté dans un chachot obscur en attendant sa mise à mort. C’est là qu’il rencontre Ian, fils de Michaïl, un descendant exilé d’Alaunos. Dans l’obscurité du cachot, une amitié indéfectible va naître entre Joachim, pêcheurs des Côtes Blanches, devenu un ami proche du Roi et Ian, qui jusqu’ici ne pouvait reconnaître Aedan comme l’Envoyé promis par le Souverain des Montagnes. Ensemble, ils sont devenus la cible des attaques du Félon car tous deux sont porteurs d’une alliance avec le Souverain des terres immortelles. Ensemble, ils se tournent vers lui dans un moment si sombre qu’il semble n’y avoir plus d’espoir. Ensemble, ils placent leur attente dans la bonté du Souverain qui ne saurait les avoir oublié. C’est le chant de Joachim et de son compagnons Amnas qui va dévoiler leur identité. Ian reconnaît ce chant écrit par ancien roi des Hautes Landes.

Joachim des Hautes Landes

Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de penser que dans l’obscurité des temps que nous vivons, caractérisés par une emprise de plus en plus ouvertement vindicative du Félon que la Bible appelle le Prince de ce monde, nous allons voir le rapprochement des descendants d’Abraham et des disciples de Jésus de Nazareth. Les seconds, je l’espère, se tiendront aux côtés des premiers, conscients des enjeux spirituels. Comme dans le récit allégorique, le Félon cherche à empêcher les fils d’Adam de retrouver leur vocation de fils de Dieu. Il veut les voir mordre la poussière. Il leur offre des pains et des jeux pour calmer la souffrance existentielle des hommes, des femmes et des enfants coupés de leur Père et de leur vraie destinée. Ma prière est que les fils d’Abraham, ébahis par le silence coupable d’une grande partie de l’opinion publique, blessés par les injures une fois encore, puissent en venir à se rassembler autour de celui que nous reconnaissons comme le Messie, Jésus (Yeshua en hébreux) de Nazareth. Comme Aedan, il se révèlera à eux:  » Soyez les bienvenus en Hautes Landes », disait ce dernier. « Je vous ai attendu depuis le premier jour et j’ai langui après vous ».

Malgré les ténèbres, le jour du Grand Pardon est proche. La terre des Hautes Landes va réunir sous une même bannière les descendants d’Alaunos et ceux qui sont venus des nations voisines se rassembler autour du Roi.

Spotted Horse Trading Post

Des activités ludiques pour découvrir les Amérindiens d’une manière authentique

Comme nous travaillons au projet depuis un bout de temps, c’est avec joie et reconnaissance que nous vous annonçons l’ouverture de notre Spotted Horse Trading Post. Nous avons enfin trouvé le lieu idéal pour proposer des activités destinées aux enfants les mercredis après-midi, sur le thème de la découverte des Amérindiens. Cela se passe au Ranch du Bois d’Archan, près de l’Abbaye de Montheron, au nord de Lausanne, en pleine campagne. Notre vision est de faire connaître les peuples autochtones d’Amérique du Nord d’une manière ludique, mais pertinente, loin des clichés habituels. Cest aussi l’occasion de faire de l’artisanant, de la cuisine, des jeux et de jouer autour de valeurs telles que le respect, le partage, la réconciliation.

En marge de ce projet, nous restons disponibles pour organiser des animations dans les écoles, UAPE, institutions, groupes de jeunes, anniversaires, églises, etc… Pour les animations de groupe telles que décrites ci-dessus, merci de prendre contact avec nous . Les tarifs de groupe peuvent varier selon les activités car nous préparerons un projet avec vous.

Et maintenant, il ne reste plus qu’à découvrir la palettes des animations des mercredi saprès-midi au Ranch du Bois d’Archan, voilà le programme! (ci-dessous)

Infos et inscriptions par mail: nathaniaclarkbesse@gmail.com ou par téléphone au 078 880 11 69. Visitez le site internet: http://www.spottedhorsetradepost.com

recto du flyer
verso du flyer

Installé dans la galerie qui surplombe le manège, notre Trading Post est presque totalement aménagé et sera prêt à accueillir les enfants dès le 17 mai.

Il n’est malheureusement pas accessible aux enfants et adultes à mobilité réduite, car il y a un escalier étroit pour y accédrer. Cependant, nous pourrions éventuellement avoir l’occasion d’utiliser le « saloon » si nécessaire. Nous nous déplaçons volontiers dans les institutions pour permettre aux jeunes limités dans leurs mouvements de pouvoir profiter d’animations adaptées à leurs besoins. Une animation dans un refuge serait aussi tout-à-fait possible. N’hésitez donc surtout pas à nous contacter!

Le cadre du ranch permet aussi de voir les chevaux et de découvrir les cours proposés pour ceux qui le désirent.