Tristan, Maïwenn et le marais maudit. Conte

Bonjour et bonne année 2023 à chacun! Cela faisait longtemps que je souhaitais écrire un conte sur un sujet délicat et parfois difficile à aborder. Je le publie aujourd’hui sur cette page avec l’espoir qu’il sera lu et utilisé comme base de discussion, de partage et de prévention dans les familles, les couples, les groupes de jeunes… N’hésitez donc pas à le partager. Je demande seulement que son intégralité soit respectée et que mon nom d’auteur soit mentionné. J’ai repris l’univers du Royaume au-delà des Montagnes. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu les livres pour comprendre le conte. Bonne lecture!

Tristan, Maïwenn et le marais maudit.

Par un soir d’hiver où les nuits sont longues et les soirées propices aux récits des anciens, Elija rassembla quelques jeunes garçons dans la Maison du Pain.

C’était avant les grands événements qui devaient bouleverser la vie en Haute Lande et conduire au retour d’Aedan, le roi tant attendu.

Mais ce soir-là, les jeunes auditeurs, à la frontière entre l’enfance et l’âge d’homme, attardaient leur regard sur le feu crépitant dans l’âtre. Le vieux sage de la Compagnie des Écoutants y jeta quelques branches de sapin qui embaumèrent la salle cossue, où les habitants de Landemiel aimaient à se rassembler. Dans les yeux gris du vieillard, on lisait cette bienveillance que tout le monde lui connaissait, mais aussi le souci d’un homme qui avait vu beaucoup de victoires et de défaites au cours de sa longue vie.

« Laissez-moi vous conter l’histoire d’un jeune homme que j’ai bien connu jadis, et qui arpentait, comme vous, les sentiers des hauts plateaux où poussent les bruyères et coulent les ruisseaux.

C’était un soldat du roi, un homme vaillant. Il ne craignait pas les longues veillées de garde pour assurer la protection des villageois contre les raids ennemis. Nous l’appellerons Tristan. Il avait épousé une fille du village, dont il était tombé amoureux. Je l’appellerai Maïwenn, le temps que durera notre conte. Pour elle, il avait construit une bonne maison de bois au toit herbeux, un peu à l’écart du village, mais suffisamment proche pour qu’elle puisse rendre visite à sa famille quand il partait en mission.

Aux yeux de Maïwenn, Tristan était un prince. Peu lui importait qu’il fût un simple soldat. Elle s’était donnée à lui, de tout son cœur. Je me souviens encore de la noce et des guirlandes de fleurs. Je les revois danser sous la lune au son des flûtes et des tambours. Ils s’étaient promis l’un à l’autre avec toute la candeur des gens qui s’aiment et qui ne doutent pas qu’il en soit toujours ainsi.

Quand il partait patrouiller le long de la frontière, Maïwenn le guettait depuis la corniche qui surplombait leur maison. Elle tremblait pour lui, guettait son retour, et se nourrissait de la pensée de leurs étreintes et des mots tendres qu’il chuchotait à son oreille.

Tristan parcourait les chemins de ronde avec le souvenir de sa bien-aimée et il se hâtait de rentrer, dès sa mission terminée, pour retrouver celle qui avait ravi son cœur. Il évitait de passer trop de temps avec les autres soldats du Roi, une fois le devoir fini. S’il s’arrêtait en route, c’était pour lui ramener un petit cadeau, comme un gage de son amour pour elle.

Pourtant, un jour, le départ de Tristan fut assombri par une stupide querelle comme en ont tous les couples. D’ordinaire, les jeunes gens se réconciliaient avant la nuit tombée, et en tous les cas avant le départ de Tristan. Mais ce jour-là, il en fut autrement. Maïwenn était d’humeur chagrine et s’était sentie blessée par une remarque de Tristan. Elle lui tournait le dos, enroulée dans une couverture et faisant mine de dormir. Tristan comprit qu’elle n’avait pas envie de lui parler. Piqué, il boucla son ceinturon, se saisit de sa besace et de ses armes, puis sortit sans un mot, dans la brume du petit matin.

Il était parfois fatigué par ce qu’il appelait les « sensibleries » de sa femme, et il était bien décidé à lui donner une petite leçon. »

Quelques rires sous capes répondirent au récit du vieil Elija. Le conteur aux yeux rieurs se doutait bien que son histoire n’était pas de nature à capter l’attention des jeunes garçons qui attendaient sans doute une bataille ou un fait d’armes, dignes d’un soldat de valeur. Mais il poursuivit son récit sans ciller.

« Au fur et à mesure que les heures s’écoulaient, Tristan sentait monter en lui la tension qui tient le soldat aux aguets, mais celle-ci était renforcée par le sentiment d’être injustement traité, quand il prenait tant de risques pour assurer la sécurité des Hautes Landes. Il se demandait si sa femme était encore à se plaindre d’une remarque sans importance, à l’abri d’une maison qu’il avait construite de ses mains, tandis qu’il chevauchait dans un défilé obscur où l’ennemi pouvait surgir à tout moment. Et plus le temps passait, plus cette amertume l’irritait, et moins il souhaitait rentrer chez lui. Aussi, quand le soleil déclina derrière les crêtes des montagnes, Tristan décida de faire un détour pour profiter un peu de la douceur d’un soir d’été et d’un moment de solitude.Son chef le remercia pour son rapport détaillé et lui souhaita « paix et bienfaits », ainsi qu’un bon retour chez lui.

Le cavalier suivit la piste, dont il connaissait tous les contours et les moindres détails, et qui devait le ramener chez lui. Maïwenn le guettait sur la corniche, comme elle le faisait chaque soir, encore toute alourdie par ce départ sans adieux qui avait terni sa journée. Elle regrettait de ne pas s’être levée pour partager le moment qu’ils avaient coutume de passer ensemble de bonne heure. Elle avait redoublé d’efforts pour compenser sa froideur par un travail acharné, où tout ce qu’elle entreprenait était empreint d’amour profond.

Tristan se demandait comment prolonger un peu ce moment d’éloignement qui exprimait mieux que des mots sa colère mêlée de tristesse. Quelque chose lui disait de galoper vers elle et de la prendre dans ses bras. Mais il y avait autre chose qui s’y opposait, quelque chose de plus obscur et d’étranger, qui exerçait sur lui une attraction étrange à laquelle, pour une fois, il avait envie de céder.

Alors il tira sur la bride de son cheval et suivit le sentier à peine visible qui coupe par la prairie, et mène en dehors des Hautes Landes, à ce marécage insalubre dont nous n’aimons pas évoquer le nom. »

Cette fois, Elija vit passer un malaise sur le visage des jeunes gens. Quelques-uns baissèrent les yeux, d’autres froncèrent les sourcils. Jamais le vieux conteur n’avait évoqué l’existence de ce marécage dans ses récits d’aventure.

« Lorsqu’il revint chez lui, plus tard que de coutume, la belle Maïwenn était pétrie d’inquiétude, mais elle éprouva un tel soulagement, qu’elle ne fit aucun reproche à son bien-aimé. Elle se blottit dans ses bras, heureuse de retrouver la chaleur de son corps et elle lui demanda pardon pour cette stupide querelle et son attitude qu’elle regrettait vivement.

A la vue de sa femme, si belle et si tendre, il passa doucement sa main dans sa longue chevelure et murmura à son tour qu’il était désolé. Il laissa son regard se promener dans la petite pièce où elle avait allumé des chandelles et disposé des bouquets de fleurs cueillies autour de la maison. Il réalisa qu’il était rentré les mains vides, quand il aurait pu lui apporter une attention pour lui témoigner son amour. Mais l’amertume avait si bien étouffé sa tendresse qu’il était forcé d’admettre qu’il n’y avait pas pensé. Au lieu de cela, il rentrait tard, les bottes boueuses, et même s’il tentait de donner le change, il savait bien d’où il revenait.

Bien qu’elle sentît l’odeur âcre qu’il ramenait avec lui, elle ne fit aucune remarque et s’enquit de sa journée qu’il raconta dans les moindres détails, sans évoquer le détour tardif au marécage. C’était la première fois qu’il lui cachait quelque chose. Et cela lui fut pénible.

Les jours suivants, il fit de son mieux pour rentrer de bonne heure et répondre à ses attentions. Elle était belle, Maïwenn, belle et pure comme un ciel d’été, même avec ses orages, ses larmes et ses mystères. Cependant ce n’était plus tout à fait comme avant. Ce détour par les marécages avait changé quelque chose dans le regard de Tristan. Il se demandait si elle s’en apercevait. Il se disait qu’on peut toujours se tromper de chemin et que cela n’a pas de réelles conséquences tant qu’on retrouve la route de la maison.

Il y avait bien ce sentiment de dégoût pour ce lieu glauque, si éloigné de ce qui faisait la beauté des Hautes Landes. Il avait besoin de se convaincre qu’il n’était pas affecté et qu’il n’y avait pas de quoi en faire toute une histoire… D’ailleurs il était bien notoire qu’en dépit du fait que personne ne prononçait jamais le nom du marécage, ceux qui s’y rendaient à l’insu de tous n’étaient pas rares. Il avait même reconnu quelques silhouettes familières, et parmi elles des gens à l’abri de tout soupçon. S’ils s’y rendaient en cachette, tout en maintenant leur rang, leur image et leur réputation, c’est qu’il n’était pas pire que les autres. « Les autres » devinrent cet argument rassurant qui lui fit baisser la garde.

L’odeur âcre du marécage exerçait sur ses sens une attraction qu’il ne s’expliquait pas vraiment, un mélange de dégoût pour l’insalubrité et une délectation envoûtante parce que le marécage offrait précisément l’image opposée de tout ce pour quoi il vivait. Il y retourna un jour où il avait essuyé une défaite et se sentait découragé. Puis il céda le jour suivant, et à chaque fois, le mépris qu’il éprouvait pour lui-même était doublé d’une sorte de résignation face à ce qu’il appelait maintenant « sa faiblesse ».

Maïwenn restait silencieuse, mais elle sentait bien que quelque chose avait changé. Il y avait cette odeur désagréable qu’il tentait de dissimuler, et qui pourtant collait à sa peau. La pestilence du marais le suivait jusque dans l’intimité de leur chambre à coucher. Elle lui fit remarquer une odeur inhabituelle et désagréable qu’elle ne s’expliquait pas. Il contourna la question en lui parlant des risques de son métier de soldat, des territoire hostiles et parfois nauséabonds, qu’il était forcé de traverser pour assurer leur sécurité à tous. Elle y crut d’abord, mettant l’humeur maussade de son mari et la distance qu’il marquait entre eux, sur le compte des préoccupations d’un époux dévoué et d’un soldat fatigué.

Pourtant, plus le temps passait, plus elle était hantée par une sourde angoisse. Des pensées lui venaient, qu’elle ne voulait pas accueillir, car le soupçon que son bien-aimé puisse lui mentir ou trahir leur amour lui paraissait odieux. Elle se sentait terriblement coupable de ses doutes et faisait son possible pour trouver des explications à ses gestes plus brusques, son désintérêt pour elle, ses effluves repoussantes qui émanaient de sa personne. Parfois, il les compensait par un excès soudain d’attentions et de mots tendres qui la rassuraient momentanément. Alors elle éprouvait du remord à se faire des idées mensongères au sujet de celui qu’elle regardait comme un prince des Hautes Landes.

Mais les femmes sentent les choses », continua le vieux conteur en jetant un regard oblique au couple qui était entré depuis quelques instants dans la Maison du Pain, afin de s’y réchauffer en bonne compagnie.

« Les nuits de Maïwenn étaient agitées par des cauchemars pleins d’ombres furtives et de dangers menaçants. Son ventre se nouait à tout moment. Son âme n’avait plus de repos. Elle avait beau faire le ménage, laver les draps, décrotter ses bottes, l’odeur fétide imprégnait leur maison et elle savait , au fond d’elle-même, d’où venaient ces relents qui lui donnaient la nausée.

Un jour, n’y tenant plus, elle le suivit, de loin, dans la pénombre du crépuscule. C’était la fin de l’automne. Ses pas la conduisirent sur le chemin qu’elle redoutait, hors des frontières des Hautes Landes.

Son cœur battait à tout rompre. Elle espérait encore se tromper. Elle souhaitait de toutes ses forces qu’il ait une bonne raison de venir jusqu’à ce marais maudit, dont elle avait entendu parler sans jamais y être allée.

Mais ce qu’elle vit la glaça. Le marais était aussi sordide que les rues basses d’Astériath. Dans les eaux troubles du marécage, des créatures, hommes et femmes, se donnaient en spectacle sans pudeur ni respect de soi. Maïwenn avait entendu dire que les créatures du marais étaient parfois des esclaves embourbés dans les sols mouvants d’un lieu où ils étaient enchaînés de force. Mais il y avait aussi ceux qui s’y trouvaient de plein gré et qui rivalisaient d’une bestialité repoussante.

Elle le vit, au bord de l’étang, les yeux rivés sur ce spectacle dont il ne faisait aucun doute qu’il exerçait sur une lui une fascination malsaine. Maïwenn ne regardait pas le marais, elle le regardait lui, ce prince englué dans la boue, et ce qu’elle vit sur son visage et dans ses yeux lui rappela ces regards qu’elle ne lui connaissait pas jadis, et qui l’avaient transformé, au fil des semaines. Il lui sembla soudain que le prince était devenu un crapaud pour lequel elle éprouvait une répulsion aussi soudaine que violente.

Maïwenn se détourna et courut dans la nuit, perdue, anéantie. »

Les jeunes compagnons d’Elija écoutaient ce récit qui heurtaient les uns et embarrassaient les autres.

L’homme, qui était entré avec sa femme, lui fit remarquer qu’Elija racontait là une histoire sans éclat ni intérêt, et il s’empressa de la pousser dehors, car il en avait assez entendu.

Comme le vieil homme, fatigué, marquait une longe pause, l’un des garçons l’interpella.

– Si Tristan était allé au marais avant de devoir rendre des comptes à sa femme, cela n’aurait dérangé personne, affirma-t-il hardiment.

– Plusieurs des jeunes rassemblés tournèrent vers Elija des yeux inquisiteurs. Ce dernier perçut parfaitement l’enjeu de la question. Il avait choisi de leur partager cette histoire précisément parce qu’il devinaient l’attrait que le marais maudit exerçait sur certains d’entre eux et il en connaissait les dangers.

– Si Tristan y était allé avant de connaître Maïwenn, il n’aurait pas trahi sa confiance, mais il aurait traîné avec lui cette odeur qui imprègne peu à peu les vêtements et qui surtout salit le regard et les pensées. Quand le marais s’installe dans ta tête, il est difficile de s’en défaire. Les puissances d’Astériath le savent et c’est bien ce qu’elles espèrent : enchaîner des hommes, les avilir et détruire leur idée de l’amour.

– Et transformer des princes en crapauds, ajouta le plus jeune. Comme Elija lui souriait, il se risqua à demander la suite de l’histoire.

Maïwenn ne rentra pas chez elle cette nuit-là, reprit Elija. Le lendemain, elle brûla tout ce qui était souillé, et elle confronta Tristan lorsqu’il revint au petit matin. Tristan était bouleversé. Il lui jura qu’il n’avait rien fait d’autre que de regarder ce spectacle navrant. Il était désolé et visiblement honteux. Il ne sentait plus digne de se rendre à la Maison du Pain. Il avait l’impression de traîner avec lui les effluves pestilentielles de ce marais qu’il aurait voulu ne jamais connaître. Il sentait combien il avait blessé Maïwenn. Il implora son pardon, avec un air de chien battu, mais elle ne pouvait plus le regarder comme avant. Elle se sentait trahie et elle souffrait. Tristan tenta de lui dire qu’elle était plus belle et plus pure que tout ce qu’il avait jamais vu et qu’il ne fallait pas qu’elle se croie moindre à ses yeux. Il lui dit qu’il ne s’expliquait pas vraiment cette fascination pour le marécage et ses créatures. La jeune femme, qui l’avait toujours aimé passionnément, se surprit à se demander ce qu’elle avait pu faire pour lui déplaire. Fallait-il qu’elle lui prouve son amour en lui donnant elle-même ce qu’il allait chercher dans cet endroit sordide ? N’avait-elle pas tout donné ? Mais elle comprenait que pour le satisfaire, elle devrait se renier elle-même et s’avilir. Car Tristan ne venait pas chercher davantage de beauté, mais bien l’étrange sensation que lui procurait la perversité des ombres du marécage. Elle ne pouvait pas, elle ne voulait pas le conquérir sur ce terrain glissant. Tout ce qui avait fait le charme et la beauté de leur intimité avait maintenant un arrière-goût malsain qui la repoussait. Comme il ne trouvait plus chez elle cette admiration éperdue et qu’il se sentait mis à nu, Tristan devint aigre et revendicateur. Il se mit à reprocher au roi, Aedan, les coups reçus au combat, les échecs et les blessures qui avaient fait de lui un soldat fatigué, en proie à la faiblesse. Il l’accusa elle, de ne pas avoir su le retenir, et il lui fit des reproches continuels sur tout ce qu’elle faisait de travers, comme s’il avait besoin de lui faire sentir qu’elle ne valait guère mieux que lui. Elle resta hésitante à se demander que faire. La honte et le chagrin la repliaient sur elle-même. Finalement, elle vint frapper à notre porte. Ma chère femme, qui était encore sur ce versant du monde, passa de longues heures à l’écouter et à la réconforter. Quant à moi, je suis allé trouver Tristan et nous avons parlé un peu. Je savais que tous les discours ne serviraient à rien, car j’avais déjà vu plusieurs de ses semblables s’endurcir au point de ne plus vouloir vivre en Hautes Landes. Alors, j’ai demandé à Tristan s’il voulait m’accompagner aux frontières du Royaume sans Nuit. Je savais qu’Aedan y viendrait. Il fallait qu’il le voie, qu’il lui parle, et qu’il retrouve le goût des terres de beauté.

– Est-ce que Tristan t’a écouté ? demanda un garçon aux cheveux en bataille, qui s’impatientait de connaître la fin du récit.

– Toutes les histoires ont les fins qu’on leur donne, répliqua le vieux maître. On ne choisit pas les événements qui nous frappent, mais on choisit la manière dont on les traverse. Tiens, Robin, voici deux clés. Chacune d’elles ouvre une porte, soit vers la lumière, soit vers les ténèbres. Choisis-en une et nous verrons. Perplexe, Robin désigna l’une des clés. Elija saisit un codex des annales des Hautes Landes et glissa la petite clé dans la serrure qui scellait le livre. Il y trouva des lignes tracées par la main d’un scribe, dont l’office était de tenir des comptes précis de tout ce qui touchait les habitants de Landemiel. Le vieux conteur entreprit de les lire. « Tristan répondit qu’il n’était pas prêt à un tel voyage. Il se sentait indigne de rencontrer son Roi. J’eus beau lui dire que le Roi serait heureux de le revoir, il remit la visite à plus tard et chaque fois que je lui adressais une invitation, il se rebiffait poliment derrière une nouvelle excuse. On avait besoin de lui aux frontières. Il était fatigué. Le marais avait perdu de son attrait, pourquoi aller déranger le Roi ? Sa femme ne comprendrait pas son absence. En réalité, Tristan ne voulait pas de cette rencontre avec un Roi dont il n’était plus sûr d’être encore le sujet. Maïwenn le pressa de m’accompagner aux frontières du Royaume au-delà des montagnes. Il n’en fit rien. Il se fit plus froid, jusqu’au jour où il lui fit comprendre qu’il n’était plus question de lui parler de son royaume et de son roi. Elle comprit ce jour-là qu’il était devenu étranger aux Hautes Landes et qu’il y vivait encore sans y être de son plein gré. Lui qui avait été l’un des sentinelles d’Aedan, lui qui protégeait les terres contre les incursions du Prince Noir et de ses troupes, il en était venu à nier le danger qu’ils représentaient. Ce n’était plus seulement le marécage et ses relents qui dressaient entre eux des tranchées profondes, mais la manière dont ils vivaient leur allégeance ou leur rébellion au Roi. Ils finirent pas se séparer.

Maïwenn en éprouva de la tristesse, mais aussi un soulagement. Cependant sa confiance avait été profondément meurtrie. Il lui fallut beaucoup de temps pour la retrouver. Elle quitta cette maison qui avait été construite avec amour et dans laquelle elle ne pouvait plus vivre désormais. Tristan s’éloigna de Landemiel, avec un mélange de regrets et d’amertume. Les annales racontent qu’il serait en Astériath. Je ne doute pas que le Roi Aedan continue de le chercher, car il n’est pas trop tard pour rebrousser chemin. Mais il a perdu Maïwenn. Elle a rencontré un homme des Hautes Landes qui lui a redonné courage et l’a épousée. Ils s’aiment et vivent dans un hameau non loin d’ici. Maïwenn est heureuse, mais il lui a fallu beaucoup de temps pour retrouver la confiance brisée. Il y a des blessures qui mettent du temps à cicatriser. »

– Et l’autre clé, qu’ouvre-t-elle ? demanda un autre garçon intrigué.

Elija ouvrit le deuxième codex. Celui-ci est d’un blanc immaculé, comme une page nouvelle où les ratures du passé sont effacées au fur et à mesure que l’histoire est écrite avec Aedan. Un sourire se dessina sur les lèvres du vieux conteur. Il reprit le récit là où il s’était arrêté, au moment où il avait invité Tristan à l’accompagner pour aller à la rencontre du Roi.

– Laquelle de ces fins ont-ils choisi de vivre ? se risqua le plus jeunes des garçons.

– J’ai connu bien des Maïwenn et des Tristan, répondit Elija. Leurs chemins ont été différents. Mais la vraie question, chers amis, c’est ce que vous ferez, vous.

Elija se releva avec un peu de peine, car son vieux corps était engourdi par les douleurs de l’âge. Il se calfeutra dans son épais manteau et ouvrit la porte de la Maison du Pain. Le vent froid et la neige s’engouffraient dans les ruelles de Landemiel. Le vieil homme se retourna et regarda ses jeunes amis qui le remerciaient pour cette histoire étrange aux deux versants.

– Le mieux, dit-il, c’est de garder votre cœur. Ne vous éloignez pas du Roi. Je ne l’ai jamais regretté.

Et il disparut au détour du chemin.

Un conte de Nathania Clark ( publiée précédemment sous le nom Nathania Boschung)

Communauté d’Aedan, bonjour! Quête 3

Chapitre 4 Alauda

Alauda, « petite alouette », une Aria débordante de vie.

Ce chapitre a été assez difficile à écrire puisqu’il met en scène la chute tragique d’Alauda, une jeune Aria proche du roi au-delà des montagnes avec lequel elle a des liens si forts qu’ils sont ceux d’une relation rêvée entre un père bienveillant et une Aria qu’il considère comme sa fille. En tant que romancière, il m’était pénible de donner la vie à une jeune Aria féconde de vie et attachante et de devoir l’abîmer, en décrivant les mécanismes de sa perte, pour enfin la transformer en ce monstre cynique qu’elle devient au fil des chapitres et des livres. Et je me suis dite que nos éloignements, nos errances et nos rébellions sont aussi source de peine et de souffrance pour ceux qui nous ont donné la vie, aimé, laissé grandir. Pourtant, au commencement, il n’y avait aucune ombre au tableau… L’Aria grandit avec l’assurance parfaite d’être aimée.

Intriguée par le monde des hommes, elle demande la permission de porter au-delà des montagnes le chant d’éveil du printemps inspiré par la bienveillance du Souverain.

«  Qu’elle était belle et pure, Alauda, le jour où elle laissa derrière elle les vallées fertiles de sa patrie ! Le Souverain lui confia Adalwin, son fidèle coursier, afin qu’elle traverse les montagnes sans se fatiguer. L’herbe des prairies ondoyait sous la brise et les arbres frémissaient de plaisir à son approche, car elle était vive comme un ruisseau des collines et son chant était doux. » (p.53)

Comment décririez-vous Alauda lorsqu’elle se met en route ? Quelles sont ses motivations ? Comment comprend-elle son rôle ?

Vulnérable, mais pourtant invicible

« A l’approche de la frontière, elle sentit le vent fraîchir. Ce n’était plus le souffle bienveillant de son pays, mais un vent glacé qui venait de la plaine en aval. (…) Pour la première fois de sa longue vie, Alauda se sentit gagnée par un sentiment étrange qui lui glaçait le coeur et nouait ses entrailles. Elle était seule, loin de son peuple, loin de son roi. »(p.54)

Le sentiment de crainte qui pourrait l’envahir est refoulé par sa confiance. « Car j’emporte avec moi la chaleur de mon pays, car je porte sur moi l’empreinte de ma patrie. Dans le froid de l’hiver, je murmure un chant qui me vient de mon père et réveille le printemps ».

Alauda est de fait invulnérable. Du moins tant qu’elle demeure dans cette attitude de fidélité à son souverain. Lors de sa première rencontre avec le Félon, elle a le pouvoir de le repousser, aussi s’éloigne-t-il sans pouvoir lui faire de mal. Pourquoi ? Quels sont les garants de sa protection ?

Le Chant d’Alauda

https://youtu.be/i_6vroads3U

Du premier faux-pas au point de non-retour.

Mais vient le moment où Alauda, émue par la dévotion des hommes, s’attarde un peu trop longtemps… Son destin est sur le point de basculer. Cet échange avec le Félon illustre bien l’enjeu :

Alauda:- Je ne suis pas une traîtresse à la maison du roi. J’ai seuelement commis un écart de conduite, mais je compte rentrer à l’aube.

Le Prince Noir : – Bien sûr… Tu es venue chercher une dernière fois le frisson de la gloire. Oh Alauda, ce serait tellement dommage de t’en aller sans avoir goûté à l’adoration absolue…

Alauda : -Ils me vénèrent… Ils ne devraient pas, mais ils m’aiment comme si j’étais une déesse. »

Quels sont les choix qui vont la conduire à perdre la protection du roi et à se perdre ?

Quel sentiment la pousse à se laisser « voir » et convoiter ?

Si vous deviez définir par un mot la racine de sa chute, quel serait-il ?

Pouvez-vous voir une similitude entre la chute du Grand Chantre qui devient le Prince Noir ( Dubumaglos) et celle d’Alauda ? Et quelles sont leurs différence ?

Alauda aurait-elle pu se ressaisir et regagner sa patrie ? A quel moment son destin est-il joué ?

Qu’est-ce qui l’empêche de rentrer et de demander pardon au roi dans l’espoir de retrouver le Royaume de beauté ?

Alauda change de nom pour marquer le changement de son identité profonde. Le Félon lui donne le nom d’Archane. Le subtil désir d’être admirée, presque innocent la première fois où elle rencontre un regard admiratif, se mue en une soif de domination qui la ronge. Et son sentiment d’injustice après que le Félon l’ait abusée se transforme en une amertume source de violences.

Archane, Alauda des années après sa rébellion.

Dans l’intimité de votre jardin secret…

Dans l’intimité de votre jardin secret, vous pourriez prendre un moment pour réfléchir à ces mécanismes dans votre existence. Y a -t-il eu des blessures non guéries qui engendrent un peu d’amertume ? Vous arrive-t-il de prendre conscience que cette amertume vous contrôle par moments ? Y a t-il un besoin peut-être légitime, d’être reconnu(e) ? Ou même adulé(e), admiré(e) et que cela est devenu si important qu’il vous est nécessaire ? Et si vous pouviez rebrousser chemin et rentrer à la « maison », retrouver l’innocence perdue, non par un retour à l’enfance, mais par le pardon et la guérison intérieure ?

« On raconte qu’Archane ne s’est jamais remise de sa folie. Elle est déchirée entre la soif de domination et l’amertume d’avoir dilapidé son héritage pour une illusion. Quant à savoir si elle regrette l’Ancien et le royaume de beauté, je ne saurais le dire. Il y a là un mystère si noir que je ne puis le percer, Au-delà des montagnes, on a pleuré la mort d’Alauda, Mais Archane ne cessera jamais d’être une ennemie et je sais, pour ma part, quelle peut être sa cruauté ».

Communauté d’Aedan, bonjour! Quête 2

Chapitre 3 La fondation d’Astériath

Le temps a passé depuis l’exil d’Orbios et de Sentice. Leurs enfants ont eu des enfants et les hommes se multiplient au cours des générations jusqu’à former 6 royaumes : Le peuple d’Illiac, le peuple de Myr, le peuple des Côtes Blanches, les royaumes du Sud des rois Malik, Hahn et Azir. Ce sont les trois premiers peuples qui vont être les plus présents dans la trilogie du Royaume au-delà des montagnes. Ces royaumes commercent entre eux, mais se livrent aussi des guerres incessantes. Néanmoins, les six rois s’accordent une trêve une fois l’an et se rencontrent au cercle de pierres pour négocier la paix.

C’est au cours de l’un de ces sommets que Baïtos, roi d’Illiac, propose une union durable :

« Ennemis, nous avons gravi la colline. Nos armes étant déposées à l’extérieur du cercle, nous passons le seuil sans intention belliqueuse. Je viens vous proposer davantage qu’une trêve : je vous propose un rêve qui fédérera nos six royaumes. Nous pourrions sortir du cercle en étant durablement unis. Nos peuples connaîtraient la prospérité et nous serions les rois les plus puissants que le monde ait connus. Cessons de pleurer sur la perte d’Aiucumba. Nous gardons la nostalgie de la combe d’éternité , mais nous serions bien à plaindre si nous devions rester prostrés sur un souvenir qui tient de la légende. Nous devons porter nos regards sur l’avenir et nous montrer assez courageux pour le forger nous-mêmes. » ( p.36-37)

Une alliance contre nature

Cette alliance, acceptée à l’unanimité, sera pourtant plus difficile à mettre en œuvre. Quelles sont les motivations qui réunissent ces rois ennemis autour d’un projet commun ?

Trouvez-vous, dans notre Histoire et à l’heure actuelle, des alliances similaires ? Quelles en sont les traits principaux ? Comment les définir ?

Devant la taille ambitieuse des projets de Baïtos, les rois ressentent le besoin d’une confirmation par un oracle. C’est précisément là qu’intervient ce mystérieux messager providentiel. (p.37 et suivantes). Il livre une sorte de prophétie qui va mener les rois à entreprendre la construction de la forteresse d’Astériath à l’endroit précis désigné par lui-même. Baïtos, plus malin que les autres, va chercher à percer l’identité du messager, mais il n’en sera pas moins berné.

A la lecture de ce chapitre, que pensez-vous de cet oracle (le messager)  ? Que cherche-t-il à faire ?

La tour d’Astériath

Au cœur de la forteresse, se dresse la tour construite par les six rois. A quoi cet édifice vous fait-il penser, au propre comme au figuré ? Y a-t-il dans notre Histoire ou nos mythes, des événements similaires ?

Arrêtez-vous un instant sur la description de la tour ( fin de la page 44 et p.45) : L’intérieur de l’édifice était destiné à recevoir les membres des délégations des six nations. La base était un cellier où s’entreposaient les réserves de vivres et les matériaux nécessaires à la construction, On y trouvait également les salles où s’entassaient les esclaves quand le froid ne permettait pas de les maintenir dehors avec les bestiaux. Les étages suivants étaient réservés à l’armurerie et au corps des gardes. Ceux-ci devaient s’assurer que nul ne pouvait atteindre un étage supérieur é celui de sa caste. Puis venaient les salles dédiées aux artisans, aux maîtres-artisans, aux architectes, astrologues et autres savants, de même qu’aux nobles guerriers liés de près à la royauté. Le passage d’une chambre à l’autre devait s’effectuer selon un rituel très réglementé sur lequel Baïtos travaillait d’arrache-pied. Il fallait éviter que des conspirations ne prissent naissance dans cet univers clos rassemblant des hommes de haute et de basse extraction. Mieux encore, il fallait éviter qu’ils puissent se côtoyer. Ainsi avait-on aménagé des portes et des escaliers d’évitement…. »

Que peut-on dire de cette organisation ? Quels sont les objectifs du système ? Cela vous fait-il penser à des organisations ou systèmes culturels de notre monde ? Lesquels ?

Un cuisant échec doublé d’une effrayante réalité

Ce prestigieux projet ne sera jamais complètement achevé. Quelles en sont les raisons ?

(p.46-47) Pourrait-il y avoir un lien entre la fin du projet tel que rêvé par Baïtos et la nature de l’alliance qui unit les rois des six royaume ?

La fin tragique de Baïtos est perçue comme une folie par les autres rois. Mais dans sa folie, Baïtos ouvre enfin les yeux. Qu’a-t-il compris et pourquoi perd-il espoir ? Quelle était la nature du pacte qui le liait au messager? Quel était l’identité de ce dernier? Est-il possible de vivre une priise de conscience semblable à celle de Baïtos sur notre versant du monde?

Communauté d’Aedan, bonjour ! Quête 1

L’un des objectifs de ce blog est d’offrir à chacun des lecteurs, familles, groupes de jeunes, etc… qui s’aventurent dans le monde des six royaumes, une possibilité d’approfondir la lecture par une quête de sens sous la forme d’une chasse au trésor. Comme partagé avec vous dans mes articles dédiés au rapport entre fiction et réalité, on peut lire les livres de la trilogie fantastique comme une aventure épique, ou augmenter l’expérience en pénétrant plus profondément dans le récit pour y chercher des indices qui nous renvoient à notre réalité, notre vie, notre monde. C’est là que j’attends les curieux ! Armez-vous de perspicacité et d’intuition et partons ensemble en quête se sens. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à utiliser les commentaires pour les poser et j’y répondrai dès que possible. Vous êtes prêts ?

1. Alors commençons par le commencement : Les Fils d’Orbios, chapitres 1 & 2 .

« Tout a commencé longtemps avant que le premier homme ne foule notre terre. En fait, je doute fort qu’il y ait eu un commencement. La mesure du temps est une chose bien curieuse qui régit la vie des hommes et suit la course des astres. Or en ce temps-là, elle n’avait pas lieu pas d’être. Les Arios immortels peuplaient le Royaume sans nuit où la lumière demeure même après le coucher du soleil. Ils ne connaissaient ni la peur de mourir, ni la crainte de vieillir. La vie jaillissait comme une source intarissable dont il n’y avait pas lieu de douter. C’était un âge béni. » (Les Fils d’Orbios, p. 12) Les Arios sont des seigneurs immortels. Leur nom est tiré d’une langue celtique et signifie « seigneur ou homme libre ». Le féminin est Aria.

C’est ainsi que débute le récit qui raconte la genèse, ou le début, de l’histoire des six royaumes, du peuple des Hautes Landes et du Royaume au-delà des montagnes.

A quoi vous font penser ces deux premiers chapitres ? Y a -t-il d’autres textes connus qui vous viennent à l’esprit ? Et si, pour quelles raisons ?

Le récit des Fils d’Orbios débute bien avant la venue au monde du premier homme, Orbios. Nous sommes projetés dans un Royaume sans nuit, où le temps n’a pas cours puisqu’il n’est pas marqué par le rythme des jours et nuits, des astres et des saisons. C’est un monde hors du temps mesurable.

Comment décririez-vous la qualité de vie ? Quelles sont les relations entre l’Ancien qui est le souverain de ce royaume de beauté et le prince héritier, son fils ? ( Les indices sont à la page 15)

Arios du Royaume sans nuit

2. Un jour, quelque chose d’inattendu se produit.

« …jusqu’au jour où le vent rapporta un murmure plus doux que tout ce que le prince et son père avaient chuchoté jusque-là.

Il y eut un grand silence dans le peuple, comme si l’on était à l’aube d’une ère nouvelle. Le souverain suprême allait parler. Il était sur le point de créer son chef d’œuvre, et le prince héritier, qui était dans la confidence, était au comble de la joie. Chacun se demandait quel pouvait être l’objet de tant de passion. On avait entendu que l’Ancien choisirait quelqu’un qui puisse régner avec lui et son propre fils. » (p.15) A votre avis, de quoi s’agit-il ?

Que penser d’un souverain qui collabore en parfaite harmonie avec son fils dans le but de donner la vie à une créature avec qui partager son royaume ? Est-ce courant de voir un roi vouloir associer ses sujets à son règne ? Comment comprenez-vous ce désir et ce projet ?

Nous allons assister dans ce chapitre et le suivant à la création d’Orbios, le premier homme de la terre des six royaumes, et de Sentice, la première femme.

Dans l’histoire de l’humanité, beaucoup de visions s’affrontent pour expliquer et donner du sens à l’apparition de l’être humain sur terre. Pour les uns, c’est une suite accidentelle de mutations dues à la sélection naturelle, sans but ni projet, sans acte créateur.

Aujourd’hui, un courant scientifique important admet l’idée d’un dessein intelligent ( Intelligent Design) comme beaucoup plus probable qu’une suite d’événements et de sélections aléatoires.

Les peuples et civilisations ont tous de récits et des légendes au sujet de la création du monde. La foi judéo-chrétienne se fonde sur l’idée d’un Créateur qui prend plaisir à ce qu’il fait et se réjouit de sa création à l’image d’un artiste heureux d’avoir engendré une œuvre (cf Genèse chapitre 1 & 2). Y aurait-il quelque chose de cet ordre dans le récit des Fils d’Orbios ?

3. Le mystère de l’ombre.

Mais… le magnifique projet de l’Ancien et de son fils ne plaît pas à tout le monde. En fait il provoque la jalousie d’un Arios appelé le Grand Chantre. Ce personnage, qui portera plusieurs noms au cours de la trilogie (Dubumaglos, le Prince Noir, le Félon, l’Astre Eteint), est à l’origine un fervent adorateur de l’Ancien. Comment décririez-vous le changement qui s’opère en lui et le mène à une rébellion ouverte ? Quelle en est la raison selon vous ? Cela aurait-il pu être éviter ?

«  Mais par un mystère que je ne puis qu’entrevoir, il laissa l’ombre le toucher avant de l’engloutir dans l’obscurité la plus totale » p. 16. Comment comprendre cela ? Les indices se trouvent dans les p.16 et 17.

Orbios et Sentice commencent leur existence dans une combe abritée des vents, un jardin luxuriant, nommé Aiucumba, la combe d’éternité. Quel est le thème évoqué ici ? A quoi cela vous fait-il penser ?

Ils jouissent d’une vie agréable sous la protection de l’Ancien. Le territoire est vaste et permet d’y faire de nombreuses découvertes. Le souverain leur permet de jouir de tout en toute liberté mais il place une limite : ne pas franchir la porte d’Aiucumba sous peine d’y perdre la vie.

Survient le Félon, le Grand Chantre déchu de sa position après s’être ouvertement rebellé. Comment tente-t-il de convaincre Orbios et Sentice de franchir la porte ? Quels sont ses arguments et comment sème-t-il le doute sur les intentions bienveillantes de l’Ancien ? Votre terrain d’exploration se trouve aux pages 26 et 27. Qu’en pensez-vous ?

Le Félon est exilé, mais c’est lui qui consomme sa rébellion et choisit de se faire l’ennemi de le l’Ancien. Il tente d’entraîner avec lui les créatures qu’il abhorre. Orbios et Sentice ont leur libre arbitre et font un choix qui va leur coûter cher. Une fois la porte passée, la désillusion les attend. « Désormais, leur amour oscillait entre confiance et défiance, leurs paroles entre miel et fiel. »

Le Grand Chantre leur avait menti en prétendant qu’ils n’étaient que des créatures apprivoisées : « Souhaitez-vous servir de divertissement à un seigneur qui vous regarde comme de vulgaires animaux de compagnie ? » Maintenant qu’ils avaient pu franchir la porte d’Aiucumba de leur plein gré, Orbios et Sentice comprenaient qu’ils avaient été réellement libres, mais trop tard.

Dilico, entre mythes et quête d’un paradis perdu.

IIIe partie du thème réalité versus monde virtuel

Bonjour,

Pour cette troisième et dernière partie du thème consacré au rapport entre réalité et imaginaire, je vous invite à suivre Dilico, le jeune conteur originaire du royaume d’Illiac et narrateur de la deuxième partie des Fils d’Orbios. Formé par son maître Dallo, aveugle mais d’une grande clairvoyance, Dilico entreprend le voyage qui le mène en Hautes Landes auprès du peuple dissident d’Alaunos. Ce dernier avait conclu jadis une alliance avec le Souverain des terres immortelles. Dilico est résolu à découvrir Aiucumba, la Combe d’éternité, qui a vu la naissance d’Orbios et de Sentice, les premières créatures du Souverain bienveillant. Ce paradis perdu par leur obstination à écouter le Félon plutôt que leur père, était une terre abritée et luxuriante. Son souvenir laisse dans le cœur des hommes une indicible tristesse.

Dilico entreprend une exploration des Hautes Landes en se basant sur le descriptif des anciens chants et poèmes relatés par les scribes depuis la nuit des temps. Mais après de longues recherches infructueuses, il commence à perdre espoir quand il découvre l’entrée du gouffre de Berreth Um, l’antre d’une sorcière bannie par le peuple des Hautes Landes. Cette dernière l’assure que le paradis perdu d’Aiucumba existe bel et bien et qu’elle a le moyen de l’y faire entrer, moyennant sa bourse. Méfiant, Dilico l’interroge tout en goûtant à la soupe de champignons que lui sert la maîtresse des lieux.

Une fois franchie la porte de ce monde hors du temps, Dilico est en extase : « Les couleurs vives de ce monde enchanteur m’éclaboussaient les yeux. Les chants d’oiseaux tombaient en pluie comme autant de gouttes scintillantes que je recueillais dans mes paumes ouvertes. Comme je comprenais le regret d’Orbios et de Sentice ! (…) Je me laissais glisser dans les herbes hautes et m’abandonnais à la caresse du vent sur ma peau nue. Sous une lune bleue, les joncs frissonnaient doucement. J’étais l’un d’eux. J’entendais leur musique, je la comprenais. Elle me transperçait l’âme. J’étais entre douleur et ravissement, J’étais le ruisseau qui s’écoule et qui s’oublie, le cerf dont le brame enveloppe la nuit, J’étais la libellule à fleur d’eau, le loup hurlant solitaire, le roi d’un monde sans ennemi . » Mais soudain son pouls s’accélère, son corps s’engourdit. Dilico est poussé vers la sortie et s’éveille dans la caverne nauséabonde de la sorcière de Berreth Um. « Était-ce réel ? », demande-t-il ? « Tu l’as vécu, c’est donc réel », répond la vieille ensorceleuse. Dilico comprend rapidement qu’il a été le jouet d’une illusion magnifique produite par les champignons hallucinogènes qu’il a payés de sa bourse. L’attraction est si forte qu’il pourrait se laisser prendre à la dépendance de ce voyage, mais son bon sens lui commande de fuir pour ne pas finir comme l’une de ces épaves qui vient mendier un voyage illusoire à l’entrée de la grotte.

«  Le retour avait un goût amer, car j’étais profondément déçu de n’avoir rien trouvé d’autre qu’un reflet du monde que je cherchais. Mais il fallait se soumettre à l’évidence : le seul moyen de combler ce vide immense d’une âme inassouvie était de se procurer du rêve, sans perdre pied.  (…) J’allais me rendre maître de mes rêves et en tirer profit. J’allais étudier les mythes des Hautes Landes pour ce qu’ils étaient : des fables fantastiques, irréelles, mais si belles qu’il valait la peine de faire semblant d’y croire.»

C’est sur ce constat triste et cynique que Dilico repart sans intention de ne jamais revenir en Hautes Landes.

Quelles sont nos aspirations profondes ? Notre soif de reconnecter avec la conviction intime d’un paradis perdu, d’un lieu de sécurité et de beauté pure qui puisse répondre à cette faim existentielle? Dilico, déçu de ne pas avoir découvert Aiucumba en conclut que cette terre appartient aux fables des scribes eux-mêmes mystifiés ou créateurs de mythes.

Où en suis-je dans ma quête de sens ? Y aurait-il une réalité qui puisse combler mon cœur profond ? Une sorte de Combe d’éternité, dont je porte l’empreinte sans l’avoir jamais connue ?Suis-je désabusé, fatigué par des années de recherches sans réponse ?

C’est pourtant un épisode marquant qu’il a vécu à son arrivée en Haute Landes qui va rappeler à Dilico qu’il existe bien une réalité à découvrir. Sa déception avait presque étouffé la force de ce qu’il avait vu de si près. A bien y réfléchir, nous lui ressemblons parfois. Nous sommes les témoins de l’irruption du surnaturel et de la vérité qui vient d’une dimension autre, éternelle et profondément bienveillante et nous doutons d’elle quand la réalité matérielle de ce versant du monde est par trop oppressante. Heureusement, Dilico se remettra en marche, trois sans plus tard, pour découvrir qu’il se trompe de quête, en fouillant le passé, mais que la réalité est infiniment plus belle, plus puissante et plus proche qu’il ne se l’imagine pour l’heure. Cette réalité capable d’assouvir son âme assoiffée d’éternité aura un nom et un visage. C’est une personne, non un paradis perdu. N’est-il pas temps de se remettre en route, avec lui ? De sortir de nos cavernes et de leurs illusions pour partir à sa recherche ? Et comment reconnaître, entre les mythes et les légendes, les traditions culturelles et spirituelles, celle qui saura ouvrir le passage vers les terres de beauté ? « L’univers a l’accent de la vérité chaque fois que vous le mettez loyalement à l’épreuve », écrivait CS Lewis.

Même s’il est encore loin de trouver la raison de sa quête, Dilico va poursuivre ses recherches, se tromper, persévérer jusqu’au jour où il saura qu’il a trouvé ce qu’il cherchait depuis toujours, non dans un monde de substitution, mais bien dans sa réalité.

Prochainement, je reprendrai chronologiquement certains des thèmes de la trilogie fantastique pour poser quelques balises aux compagnons de la Communauté d’Aedan.

Paix et Bienfaits !

Mondes virtuels versus réalité, partie II

Bonjour,

Pour faire suite à l’article « Le récit épique/ fantastique comme une quête pour appréhender la réalité, je reviens comme annoncé, sur les échappées belles ou échappatoires à la réalité. Vous l’aurez compris, tout dépend du point de vue où l’ont se place, la visite d’un univers différent du nôtre suscite des réactions contrastées. Du point de vue artistique, l’envolée imaginaire, poétique, est le signe d’un esprit fécond, qui ne se soumet pas aux règles rigides d’une société par trop régulée et perçue comme monotone ou comme lieu de souffrance. De Baudelaire et ses Fleurs du mal aux groupes de musique psychédélique, de nombreux artistes s’extirpent de la réalité quotidienne et recourent parfois aux drogues pour exacerber leurs sens et leur créativité. C’est aussi Peter Pan, l’orphelin meurtri, qui refuse de grandir et se réfugie dans le Pays imaginaire, un métavers peuplé de pirates et d’enfants perdus, où la seule règle est de ne pas grandir. On parle d’ailleurs du syndrome de Peter Pan pour évoquer cette esquive de la réalité et du monde des adultes.

Et ces derniers, justement, s’inquiètent des fuites de l’adolescent dans ces univers de rêve souvent chronophages et peuplés d’illusions. Il faut, comme Wendy qui prend conscience qu’elle doit désormais se préparer à sa vie de femme, revenir du Pays imaginaire et ne garder au fond de soi que ces quelques grains de poudre de fée pour oser rêver, de temps en temps.

Jusque-là, tout le monde s’entend ou presque pour dire que l’imaginaire participe à la construction de l’enfant, mais qu’il lui faut en même temps apprendre à se développer dans le monde réel.

Or c’est au moment où se créée une dépendance au monde parallèle que survient le problème. Jusqu’à maintenant, les dérives étaient minoritaires. L’addiction aux jeux et leurs univers fantastiques, l’usage de drogues vous projetant dans un voyage étourdissant suivi d’un retour brutal, tout ceci restait en marge de l’échappée divertissante à laquelle nous avons tous goûté. Mais le monde change… Facebook, rebaptisée Meta, travaille d’arrache-pied à la construction d’un métavers (ou metaverse) qui devrait vous permettre de mener une vie numérique parallèle à votre vie objective. Il suffira d’enfiler votre casque de réalité virtuelle et vous voilà projeté dans un ailleurs qui n’a plus grand chose à voir avec votre petit deux pièces donnant sur une rue bruyante.

Vous pourrez créer votre univers de rêve, la maison de bord de mer dont vous rêvez, et c’est votre avatar, que vous aurez soigneusement configuré, qui vous permettra de rencontrer des amis, partir pour une escapade virtuelle en plein confinement, et passer un entretien d’embauche dont l’issue sera, elle, bien réelle. Vous ferez du commerce, proposerez des produits à la vente avec un revenu concret. Si vous tombez amoureux dans le métavers, vous aurez le choix de poursuivre votre histoire parallèle, peut-être en marge de votre vie de famille réelle, ou de franchir le pas d’une rencontre en personne. Vous saisissez l’enjeu ? Y aura-t-il encore de vie réelle, objective ou les deux univers seront-ils à ce point entremêlés que la ligne entre imaginaire et réalité sera de plus en plus floue ? Pour Fanny Parise, anthropologue et chercheuse associée à l’université de Lausanne, le curseur de la vie réelle se déplace inéluctablement vers le numérique. « Pour l’individu, le metaverse va créer une extension de soi dans le virtuel. Toute la question sera, alors, de trouver une harmonie entre nos différentes identités. Certains, par exemple, pourraient très bien se retrouver bloqués entre une réalité qui ne leur convient pas et un monde virtuel qu’ils préfèrent, » explique-t-elle dans une interview accordée à Libération. https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/ce-qui-minquiete-cest-que-le-metaverse-soit-preempte-par-des-entreprises-20210814_BMASKRPFF5HQLC7Z5FWOK6UOJI/

Le Dr David Reid, professeur d’Intelligence artificielle et d’informatique spatiale à l’universté « Hope » de Liverpool, est très clair à ce sujet : « Parce que si vous réfléchissez à la manière dont cela fonctionne, le but ultime du métavers n’est pas simplement la réalité virtuelle, affirme-t-il, ni une réalité augmentée, c’est une réalité mixte. C’est la fusion du digital et du monde réel. Finalement, ce mélange risque d’être si bon et si envahissant qu’on ne pourra plus discerner ce qui est virtuel ou réel. » https://techxplore.com/news/2021-11-metaverse-poses-dangers-academic.html

Si les possibilités technologiques fascinent et semblent en effet apporter certaines réponses à des situations d’isolement telles que nous les avons connues, elles posent bon nombre de questions à vous donner le vertige, au point que certains psychologues et politiques souhaitent ne jamais voir se réaliser de tels projets. Les prémisses de ce genre de tentatives connaissent, hélas, déjà des dérives. Le métavers en construction de Mark Zuckerberg n’en est encore qu’à des balbutiements, mais avec les avancées phénoménales de l’intelligence artificielle (IA), la frontière entre notre réalité et le monde virtuel qui verrait le jour pourrait modifier en profondeur notre rapport à la vie, à nous-mêmes et aux autres. Le Dr David Reid estime que l’impact du métavers sera comparable à celui des avancée de l’IA .

Sans entrer trop trop avant dans les projections d’avenir, mettez ces possibilités en lien avec le « Great Reset » et la quatrième révolution industrielle, et vous verrez les effets tentaculaires qui pourraient en découler. Si notre société devait passer par des temps difficiles, que ce soit sur le plan économique, politique ou autres, et que la réalité devienne trop pénible, avec de possibles pertes de liberté, les métavers tomberaient à pic pour divertir la population, endormir les consciences et offrir cet « opium du peuple » que Marx attribuait alors à la religion. Le père du marxisme reprochait aux religions d’endormir les masses par des promesses de félicité éternelle alors qu’il appelait de ses vœux la révolte ouvrière. Demain, « l’opium » distillé par la réalité virtuelle offrira une sorte de satisfaction immédiate. Cela suffira-t-il à garder les foules sous contrôle, comme le pain et les jeux de l’Empire romain ? Ou vivrons-nous les révoltes sociales à la fois dans le monde réel et le métavers ? Paradoxalement, cet opium virtuel risque bien de détourner l’attention des questions spirituelles et de leur portée éternelle, qui, n’en déplaise à Karl et ses héritiers spirituels, sont les vrais enjeux de l’humanité . Qu’en sera-t-il des croyances ? De la foi ? Y aura-t-il des adhésions idéologiques ou spirituelles dans un monde numérique qui auront le pouvoir de transformer un avatar sans toucher l’être qui l’anime ? Y aura-t-il des pêcheurs d’hommes dans le métavers et leurs églises virtuelles ? Quels gourous, quels chefs politiques promettront le salut à des foules d’avatars galvanisés tandis que l’homme ou la femme réels, happés par une réalité virtuelle, passeront leur existence loin des vrais enjeux, des choix à ne pas manquer, loin de leur prochain, loin de leur Créateur ?

Mon prochain post vous emmènera, sur les traces de Dilico, en quête de la terre perdue d’Aiucumba, ( les Fils d’Orbios). A la recherche d’un paradis perdu, le jeune barde va tenter de démêler le mythe de la réalité, le réel du virtuel. Et il nous emmènera, à travers son questionnement, vers une prise de conscience qui va transformer sa vie.

Retour aux sources

Déjà quinze ans que germait dans mon esprit l’idée d’un conte de Noël, comme j’en écrivais presque chaque année pour ma famille. De l’esquisse d’un conte va naître mon premier roman, un récit épique et fantastique, avec une dimension allégorique en miroir à notre monde.

Je me souviens des paysages enneigés de ma région qui ont inspiré la forêt de Chesnecombes et le village de Cornevieille. Alors que je traversais la campagne endormie et les vallons embellis par le givre, ou encore les montagnes de roc et de neige, l’histoire prenait forme dans mon esprit et sous ma plume. Plus encore, je me souviens de ce souffle inspirant, avec l’impression qu’il me poussait doucement dans le dos pour écrire ces pages. A en croire les récits de lecteurs, elles ont encouragé plusieur sur leur chemin de vie entre notre Astériath et le royaume au-delà des montagnes.

J’étais alors loin d’imaginer qu’il serait le premier de huit romans publiés dans des genres différents et le tome 3 de ce qui deviendra la trilogie fantastique. Ce roman peut se lire indépendamment des deux autres tomes et forme un récit complet. (Voir le descriptif sur ce site.)